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    Politique Internationale

    Une ville, l'été : Essaouira imperturbable

    Par L'Economiste | Edition N°:143 Le 01/09/1994 | Partager

    Une belle plage, des monuments, tout l'art de la marqueterie, beaucoup d'histoire... n'ont pas fait d'Essaouira un pôle touristique. La ville continue de vivre à son rythme. Dans la quiétude. Dignement.

    La première image qui frappe le visiteur d'Essaouira est cette impression de quiétude. Rien ne paraît pouvoir perturber cette ville, entourée de forêts et présentant 13 kilomètres de côtes. Si le développement anarchique a eu raison de l'harmonie de Safi ou d'El Jadida, Essaouira, par un pur hasard, en a été préservée. Si les nouvelles constructions n'ont aucune innovation architecturale, elles ne déparent pas le centre-ville et la Sqala, vieux quartier portugais.

    Pourtant cette ville aurait pu connaître le sort de ses jumelles côtières, ou, pire, être défigurée par le tourisme. Car dans les années 70, Diabat, plage d'Essaouira, était la Mecque des Baba-cool. Beaucoup de quadras d'aujourd'hui allaient l'été se déniaiser dans cette ville au contact d'Occidentaux, bravant les interdits.

    Mais si ce tourisme-là rapportait peu économiquement à la ville, il avait un avantage : il lui a permis de sauvegarder son cachet. 20 ans après, on peut même estimer que la ville en fait trop dans l'immobilisme, les chaussées sont encore moins bien entretenues et rien n'a évolué.

    Dans les cafés, comme partout au Maroc, la sono marche à fond. La concentration de ces lieux de "passage de temps" crée la cacophonie usuelle de nos cités.

    Le Raï n'a pas pris

    Mais, surprise divine, les tempos du Raï sont rarissimes. Par contre, les nostalgiques pourront réécouter les "Pink Floyd", "Mister Tambourine Man" ou "My Lady d'Arbanville", avec plaisir et curiosité.

    Pourtant, en matière de musique, Essaouira n'a pas besoin d'importer. La musique sacrée l'a élue capitale par le fait de l'histoire. Gardienne de la musique gnaouie pour l'éternité, elle est aussi "hantée" par les Hmadcha et Aïssaoua. Musique andalouse, malhoun et aïta y cohabitent comme traces des multiples métissages et influences régionales. La musique des Gnaoua à Essaouira a été sauvegardée des différentes influences qui l'ont défigurée à Marrakech. Ici point de tintamarre des "krakab" (claquettes) pour épater des touristes en mal d'exotisme. Le mâalem avec son "sentir" joue des mélodies profondes. Sur le rythme de l'un des 7 melks plusieurs fois séculiers, il lui appartient de "peindre" (zouak). Paca (Nass El Ghiwane) est le plus médiatisé des mâalems souiris. Mais les amateurs locaux ne jurent que par Mahmoud, la nouvelle étoile. Dans sa musique, le "cousinage" avec cette autre forme “d'art nègre", le jazz, est évident.

    Des peintres à gogo

    Mais la musique n'est pas l'unique mode d'expression artistique de cette ville. Nulle part il n'y a une telle concentration de galeries d'art. Face à la mer, sur trois cents mètres carrés, il n'y a pas moins de 7 galeries. Les peintres souiris fort nombreux y accueillent aussi ceux de Safi et de Marrakech privés d'espace d'exposition.

    Sanoussi, Miloudi et Harabida sont les peintres souiris les plus connus. Mais cette ville a produit un nombre impressionnant de "plasticiens" dont la qualité des oeuvres est évidemment inégale. Pourtant l'art naïf souiri mériterait une plus grande attention de la part des spécialistes. Certains critiques avaient fait le parallèle entre les peintres souiris et leurs homologues haïtiens. Les deux subissent l'influence du sacré, Vaudou pour les uns, une nuée de confréries pour les autres.

    Car l'influence des confréries sur la vie de la baie d'Essaouira est réelle. Gnaoua, Hmadcha, Aïssaoua, mais aussi Regraga sont omniprésents dans l'imaginaire collectif de la ville. Pourtant nulle part ne transpire un charlatanisme quelconque, cette ville est décidément fermée aux altérations. Les Souiris vivent leur “tariqa” respective comme un art de vivre. La douceur du climat éternellement tempéré, avec forte présence de vents, a déteint sur les citoyens. Le calme ambiant est assuré même pour le touriste : nulle trace de harcèlement. Ville pauvre, aux activités limitées, Essaouira cache sa misère. Les mendiants sont très rares et les clochards invisibles. Pourtant nul cache-misère tel "El Hank" n'est utilisé. Essaouira est restée une ville digne tout simplement. La curiosité d'Essaouira reste "El Haïk", ce vêtement féminin qui a résisté aux siècles. Mais les yeux malicieux, les regards parfois appuyés, souvent sensuels, évitent tout rapprochement avec le "hijab".

    Essaouira a été chantée par de nombreux poètes. Jean-Pierre Chambon écrit à son propos :

    Dans le crépuscule de ses ombres
    Elle conserve le digne visage d'aube.
    Que voulut contempler le Sultan.

    J.B.

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