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Politique Internationale

Une maladie de cadres : Stress: La rançon de la réussite

Par L'Economiste | Edition N°:67 Le 18/02/1993 | Partager

Réputé urbain, lié à l'entreprise, au poids des responsabilités, au rythme de vie, le stress devient l'excuse et la justification du manque de disponibilité, de la fatigue. Il développe une forme de pathologie attachée à la fonction de manager et de tous ceux qui exercent des responsabilités. Des cadres de l'industrie, des finances, de l'administration, les médecins généralistes et psychiatres évoquent l'avancée et les formes de cette nouvelle maladie du siècle" au Maroc.

Un cadre d'une multinationale, affirme que le Maroc subit en fait le stress européen, provoquant une rupture entre l'entreprise et un environnement qui n'est pas prêt à intégrer les normes étrangères de la vie professionnelle. Il désignait ainsi, nommément, une difficulté certaine d'organisation rationnelle dans l'entreprise, soumise à une conception du temps tiraille entre la nécessité des décisions rapides, le respect des délais et une léthargie ambiante liée au manque de moyens et de réalisme. "On promet toujours plus qu'on ne peut tenir", disait-il, "les décisions les plus simples sont compliquées par des considérations secondaires, on passe un temps précieux à résoudre de faux problèmes, et on n'avance pas".

Equilibre entre tension

Parler de stress, ce serait donc évoquer la nécessité de s'adapter aux mutations rapides de l'économie et de la société, à l'efficacité essentielle qu'elles exigent. Ce serait aussi, dans le cadre du Maroc, devoir trouver constamment un équilibre entre les tensions professionnelles, les lenteurs de l'environnement administratif, la conjoncture internationale, l'ignorance, la démotivation, ou la mauvaise foi des collaborateurs, les conflits de pouvoir à l'intérieur de l'entreprise, les horaires distordus. La plupart des cadres rencontrés accusent en particulier Casablanca de prédisposer au stress: concentration industrielle, surpopulation, bruit, distances à parcourir entre les quartiers industriels de plus en plus éloignés à la périphérie de la ville, alors que les bureaux, banques, etc, se trouvent au centre, problèmes de circulation automobile... La liste serait longue.

Le cadre est stressé par le poids des responsabilités qui l'accablent, sa difficulté à déléguer, l'impossibilité de trouver parfois à qui déléguer. Mais qu'est-ce qui le pousse à prendre ou accepter à son corps défendant ces responsabilités, au-delà de ses limites? Les réponses fournies, qu'elles évoquent les contraintes de l'environnement, l'entreprise, la famille, la conscience professionnelle, ne sont pas complètement satisfaisantes.

On peut invoquer un type particulier de personnalité, à rythme cyclique. On allègue aussi parfois, dans une certaine approche psychanalytique, l'intervention d'un désir latent autodestructeur, présent chez tous, canalisé dans le dévouement, dynamisant parfois les adeptes du "tout ou rien" suicidaire à certains moments.

La réaction aurait lieu en fonction du dépit inconscient soit d'un échec (supposé définitif) dans la vie professionnelle, soit d'une réussite qui ne correspond pas aux capacités affectives profondes de l'individu. Atteignant alors ce que le Pr Moussaoui appelle son "seuil d'incompétence", et pouvant atteindre l'accident grave de santé, de la route, du travail.

Le poids de l'affectif

Sans aller jusqu'aux interprétations psychanalytiques, le Dr Lahlou-Bouflet (médecin généraliste et du travail à Casablanca) considère que les problèmes personnels sont inducteurs de troubles psychosomatiques, plutôt que les problèmes professionnels eux-mêmes, jouant souvent le rôle de simples prétextes. La charge de travail est beaucoup mieux supportée que les conflits internes ayant trait aux relations dans l'entreprise, car ceux-ci touchent l'identité des ressources humaines. Le Dr Lahlou-Bouflet évoque en particulier les problèmes de couples, souvent générateurs de troubles plus que le stress lui-même: le cadre est poussé par sa famille, son épouse, à réussir très vite, à procurer un bien-être, puis un luxe que les difficultés de la vie moderne ne permettent pas facilement. Lorsque l'épouse travaille, de nouvelles exigences apparaissent, et chacun peut se sentir mal à l'aise dans un style de vie qui ne correspond pas, ou plus, à ses besoins affectifs et sociaux. Parallèlement, la pratique médicale prouverait que les femmes craquent devant le stress plus rapidement que les hommes, étant doublement soumises aux tensions professionnelles et familiales (deux fois plus de femmes que d'hommes sont déprimées, dit le Dr Battas, du CHU Ibn Rochd de Casablanca). Des médecins n'hésitent pas à préciser que cette forme de stress engendrerait en partie une crise de la société marocaine, s'exprimant à travers l'augmentation du taux des divorces, particulièrement à Casablanca. Un rythme de travail endiablé à un moment se compense par une gestion plus méthodique à un autre, une plus grande expérience. Les voyages fréquents fatiguent, effacent par frustration la disponibilité affective de l'entourage familial qui devient indifférent ou agressif. Le cadre qui s'investit trop dans les responsabilités professionnelles en arrive à oublier les éléments nécessaires à son équilibre (tout en en ressentant le manque), et souvent se laisse aller au sentiment d'une incompréhension
Une maladie de cadres qui finit par devenir réelle. "Chez moi je ne suis plus qu'un carnet de chèques", soupire un directeur d'entreprise. Alors qu'un autre, dans des circonstances similaires, proteste: "Que me veulent encore mes enfants? Ils ont tout ce qu'ils désirent: le chauffeur, la voiture, les vacances, l'ordinateur...".

Il semblerait d'ailleurs qu'un niveau d'études élevé, un sens spontané des responsabilités (lié souvent à un sentiment inconscient de culpabilité), confèrent à la personne ambitieuse une conscience aiguë des obstacles infranchissables ou inévitables, des opportunités à saisir, des attentes, des espoirs, des déceptions à vivre, et par là-même engendrerait l'anxiété.

Les conséquences des conflits

Les cadres rencontrent ainsi dans leur environnement professionnel, familial et social des conflits qu'à un moment donné ils ne supportent plus. Des changements de présidence ou de direction générale sont souvent décisifs: le responsable dont les méthodes de travail étaient appréciées jusqu'à présent peut se sentir tout à coup obsolète devant un directeur plus autoritaire ou plus extraverti, avec des compétences différentes. Sa raison de vivre se noie dans une remise en question de ses capacités. Une promotion espérée peut tomber. L'épouse est moins disponible un enfant essuie des échecs scolaires. L'édifice construit pendant des années menace de s'écrouler.

On constate également que le stress frapperait surtout les cadres entre 45 et 50 ans: les Drs Amal Semchaoui Assem (psychiatre à Casablanca) et Battas insistent sur l'importance de l'accumulation de fatigue à cet âge de la vie, où l'énergie et l'enthousiasme de la jeunesse s'estompent pour faire place à une certaine érosion morale et physique. C'est peut-être aussi le temps des remises en cause, des amertumes. Le Pr Moussaoui précise qu'il existe chez certaines personnes à cette période de leur vie une "fringale d'action", par peur du vieillissement et de la mort. A tort, semble-t-il, car il ajoute que l'être humain est programmé génétiquement pour vivre 120 ans - à condition de gérer son fonctionnement sans excès.

Pas de secteur privilégie

Y a-t-il des secteurs plus sensibles que d'autres? En fonction de leur clientèle, certains médecins estiment que les cadres d'industrie constitueraient une population à risque, étant souvent très seuls dans la gestion d'entreprises de production, et soumis à des déplacements, des horaires, des tensions professionnelles épuisants: souci de faire vivre des familles entières, d'assurer une qualité et un rendement dans des délais précis, malgré et avec les freins de l'environnement. D'autres voient plutôt des responsables d'organismes financiers et commerciaux, exténués par le poids de décisions impératives pour les autres secteurs de l'économie: le choix est difficile entre refuser un crédit, ne pas honorer des engagements, intenter une action en recouvrement... En fin de compte, il n'y aurait pas de domaine privilégié du stress, mais des formes d'apparition différentes. Il est d'autant plus complexe de limiter le phénomène, par défaut d'études, que peu de cadres stressés consultent en fonction des vrais problèmes, d'ordre psychique, qu'ils vivent. S'ils le font, les hauts responsables prétextent de vacances ou d'un voyage d'affaires à l'étranger pour séjourner dans une clinique, européenne de préférence, et se rétablir. Les psychiatres marocains disent recevoir entre 5 et 10% de leur clientèle pour des troubles dus au stress. Le chiffre peut paraître faible et ils l'estiment inférieur aux besoins réels des cadres sous pression. Ils déplorent le coût du stress, particulièrement lourd même si, cette fois encore, il reste difficile à chiffrer par manque de moyens. Ils parlent de coût humain en termes de carrières et d'individus parfois brisés, ou à tout le moins vivant dans le malaise, de familles dispersées, d'un épanouissement personnel et professionnel compromis par abus de toutes sortes, agissant à plus ou moins long terme sur la santé et le rendement individuels. Ils notent aussi le coût financier: la valeur "argent" qui remplace l'affection, mais également le "salaire" de l'anxiété, tenant aux frais de maladie, des soins, des accidents, d'hospitalisation, d'arrêts de travail, d'erreurs évitables que chaque ménage, chaque entreprise, compte pour elle-même (le coût en France s'élèverait de 6 à 10 milliards de Francs, a titre indicatif).

Les remèdes : Paroles et plaisirs

Y aurait il un remède contre ce mal inévitable?
La société marocaine, entend-on, disposerait encore de structures familiales rassurantes, de possibilités de détente appréciables. Il y a toujours ici quelqu'un prêt à vous écouter", dit un médecin. "On sort, on voyage, la vie n'est pas réglementée". Le stress ne serait alors qu'une expérience exceptionnelle, une notion utilisée par mimétisme, et la société s'en trouverait à l'abri dans son ensemble. Les cadres profiteraient des loisirs - dans les clubs par exemples - souvent inaccessibles à la moyenne de la population, et compenseraient ainsi les tensions inévitables.

Il n'en demeure pas moins que les transformations sociales sont patentes et "fabriquent" du stress. Certains jeunes cadres neutralisent leur anxiété et leur solitude en se consacrant, de plus en plus, à leurs enfants, affirme le Dr Lahlou-Bouflet. Deviendraient-ils les promoteurs d'un nouveau style de père et de famille? Pratiquer un sport ou un hobby est important, ajoute le Pr Moussaoui, à condition de ne pas chercher à suivre une mode ou à changer un
loisir en moyen de relations sociales. Le tennis n'est pas forcément adéquat pour tous, une occupation peut impliquer un effort de compétition nuisible. Retrouver ses collègues ou son patron au club ne procure pas nécessairement la détente souhaitée. La relaxation s'avère efficace, de même que la joie de se laisser vivre, tout simplement, en prenant du plaisir, sans contraintes ni excès.

La meilleure méthode de prévention revient à une attitude personnelle, en adaptant ses ambitions, ses responsabilités à ses possibilités et à celles de l'environnement. Le stress est inévitable. Lorsque l'on reconnaît qu'il va se transformer de signal d'adaptation nécessaire en symptôme d'impuissance, il faudrait pouvoir se poser la question des priorités à respecter, en tenant compte à la fois de la vie privée et de la vie professionnelle, des autres et de soi-même.

L'individu stressé a plus besoin d'être écouté que de répondre rapidement aux questions s'engendrant à l'infini, même s'il privilégie l'efficacité. Dire la complexité d'une situation la rationalise, la dédramatise, permet de la percevoir autrement, surtout si l'aide extérieure ne s'implique pas, mène à en réaménager différemment les éléments inéluctables, de manière plus satisfaisante.

Le stress: Définition

Conscient de l'utilisation souvent trop vague du terme "stress", le Pr Moussaoui (CHU Ibn Roch de Casablanca) fait le point en reprenant la définition du stress, qu'il concrétise par des exemples significatifs. Le stress, explique-t-il, est "la réaction d'un individu au traumatisme" porté par la nécessité d'une adaptation rapide aux changements du monde extérieur. Ainsi, tout événement qui ne s'inscrit pas dans la ligne de nos attentes, et a fortiori crée l'obligation d'un revirement brusque, parfois incontournable, constitue une violence qui nous est faite, et nous oblige à un processus plus ou moins possible et réussi d'adaptation. C'est un choc auquel il faut répondre, quelque fois très rapidement, de manière efficace, pour rétablir un équilibre compromis, sans garantie de succès, en inventant les moyens d'un nouvel équilibre. Le changement induit peut être bénéfique, ou non: le stress traduit la capacité d'un individu de s'adapter au traumatisme, et l'angoisse qui en découle. A ce titre il fait partie de la vie et de ses turbulences. Il frappe le paysan dont la subsistance est subordonnée aux intempéries, l'ouvrier rejeté dans les habitats sous-intégrés, impuissant devant la délinquance de ses enfants, le chômeur désarmé devant un avenir raté, aussi bien que le cadre jouissant de moyens manquant à d'autres catégories de la population. Le stress ne serait donc ni une maladie des managers, ni le mal de la fin du XXème siècle, industrialisé et urbain.

Il existerait partout, toujours, sans spécificité culturelle, dans toutes les catégories sociales. Pourtant certains l'expriment plus distinctement que d'autres, qui n'ont que leur résignation, la violence, la maladie pour le dire. "Si les cadres s'en plaignent plus que les autres, dit le Pr. Mousoaoui, c'est parce qu'ils ont la parole, l'accès aux médias, au contraire de la masse silencieuse". Que dit cette parole de cadre? Comment et pourquoi se libère-t-elle? Elle s'impose lentement depuis une vingtaine d'années. Aux Etats-Unis, dans les années 70, le suicide d'un cadre supérieur d'entreprise, pourtant récompensé pour une carrière brillante, sans défaut, vivant dans un apparent confort affectif et matériel, pose brutalement le problème: comment un homme qui réussit peut-il être amené à s'auto-détruire? Les études qui ont suivi font l'objet d'un livre, "les cadres sous pression'(1).

En Europe, aujourd'hui, on se penche de plus en plus sur le "coût de l'excellence" (titre d'un ouvrage de Nicole Aubert et Vincent de Gaulejac). En France, des statistiques récentes montrent qu'un Français sur trois prend des tranquillisants pour trouver un semblant de sérénité. Olivier Mongin, directeur d'édition au Seuil, auteur de "La peur du vide" (1992), estime qu'en même temps qu'il intègre l'individu, le travail le renvoie à la peur du chômage". Pour lui, l'entreprise est devenue un lieu brutal, broyeur d'énergies. Au Maroc, aucune étude n'a pratiquement été faite jusqu'à présent, dans ce domaine, et l'on ne dispose pas de données quantifiables (contrairement à ce qui se passe en Tunisie, où un groupe de psychiatres a mené une enquête méthodique confirmant les constatations des médecins au Maroc). Pourtant on commence à se pencher vers ce qui constitue une nouvelle donne de la société marocaine, de la vie à Casablanca en particulier, et l'on peut tenir compte d'un certain nombre d'observations minutieuses.

(1)Harry Levinson: Les cadres sous pressions". Ed d'organisation - 1973

Les symptômes du stress

Le stress aboutirait à une pathologie plus ou moins visible . Il est aussi ce que l'on désigne, la plupart du temps, comme provoquant des troubles plus ou moins graves, attachés, directement ou non, aux turbulences de la vie professionnelle, aux inadaptations de la société, à la personnalité des individus qui en sont victimes. Le stress se traduit alors par des troubles du sommeil, du caractère (irritabilité, crises de colère ou d'angoisse), du comportement sexuel, par des somatisations portant surtout - les médecins sont unanimes sur ce point - sur les systèmes digestif (ulcères gastro-duodénaux, colopathies) et cardiaque. On a pu dire à ce sujet que l'ulcère d'estomac et l'infarctus du myocarde se révèlent être des maladies de cadres. Le stress peut mener à la dépression franche, à l'accident de la route ou du travail. On l'accuse de certaines morts subites. Si "zéro défaut" égale "zéro répit", l'excellence se paie aussi de l'anxiété, du "mal-être" des responsables, à la limite de leur santé psychique et physique. En général, le cadre accepte mal l'expression pathologique de son angoisse: il se sent agressé, se défend contre l'environnement. Parfois il "flanche", mais le cache le plus longtemps possible, à ses propres yeux, car il le vit comme un effondrement individuel. Il montre, pour le psychiatre, un narcissisme fragile, qui compense sa faiblesse par la force de son investissement professionnel. Dans des circonstances exceptionnelles ou dans les difficultés quotidiennes, chacun va réagir à la peur naturelle soit par la fuite, soit par la dépréciation de soi, soit par l'agressivité vis-à-vis de l'environnement, en dramatisant les réactions de défense, normales chez tout individu: nervosité, sentiment de malaise générateur de tensions (attitude d'anxiété permanente, de refus de collaboration, de froideur), dépression avec ses manifestations psychiques et somatiques, réactions de retrait, d'abandon, d'hostilité (une des plus difficiles à surmonter car elle attire l'agressivité de l'entourage et s'en nourrit), réactions physiques accompagnées de souffrances corporelles (migraines, ulcères, problèmes cardiaques, etc...), changement de comportement (réactions d'immaturité, d'impulsivité, d'égocentrisme, de défi inutile, d'inaptitude...).

Autant de symptômes d'inadaptation et de mises en garde contre un danger visant le cadre concerné. Un grand nombre de cadres fonctionnent sur ce rythme. Leur investissement est tellement décisif que les médecins constatent, sans pour autant citer de chiffres précis dont ils ne disposent pas, que beaucoup de cadres, en bonne santé physique au moment de leur retraite, développent rapidement des cancers dans les mois qui le suivent. Une autre manifestation du stress gagne de plus en plus dans les milieux de l'encadrement au Maroc, confient les médecins: l'abus du tabac, du café, l'alcoolisme - un cadre admet en être arrivé à démarrer la journée au whisky -, l'utilisation de plus en plus fréquente et non contrôlée d'anxiolytiques, sur laquelle les médecins sont en désaccord, mais qui cache la peur d'une véritable médication antidépressive, d'un arrêt de travail, d'un virage personnel ou professionnel à prendre.

Thérèse BENJELLOUN

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