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Economie

Une journée en classe
Ils ont «tuer» nos élèves

Par L'Economiste | Edition N°:1938 Le 14/01/2005 | Partager

. L’Education nationale crétinise pour des années encore. Cas d’école: une classe d’histoire-géoIl est 14h15 en ce mardi de janvier et il fait un froid de canard. Le cours devait commencer dix minutes plus tôt. Mais le professeur doit aller chercher ses élèves qui, avec l’insouciance de leur âge, virevoltent dans la cour de ce grand lycée de la capitale, situé dans un quartier populaire. «Les horaires ne sont jamais respectés. Il faut toujours aller les chercher», grommelle-t-il. Il sort de la classe, interpelle un groupe, et tout le monde suit. C’est un cours d’histoire-géographie, sur la civilisation islamique, plus exactement. Les lycéens sont à la première année du secondaire. Ils sont trente et un, dont dix-sept filles, tous entre 15 et 16 ans. Dans cette salle grise, sombre et froide, partout, sur les murs, les chaises, les tables, les graffitis honorent le Real Madrid, Zidane, le WAC, Ronaldo, Raul, Owen, Eminem, etc. Les lycéens entrent en silence. Le professeur a l’air d’être sévère avec eux. Plus tard, il confirmera. «J’ai dû sévir d’une manière que vous ne comprendrez jamais, pour qu’ils me respectent et respectent ce qu’ils étudient et ce n’est pas gagné», dit-il l’air désabusé. Aucun de ces jeunes n’a enlevé son manteau durant la séance (une heure et demie), il faisait trop froid. Le professeur commence son cours (dispensé en arabe classique) en demandant aux élèves de lui faire une synthèse du cours précédent, qui portait sur l’organisation administrative, politique et militaire de la civilisation musulmane. Silence. Et dans ce silence, le froid est encore plus froid. . Pas une étincelleLe professeur reprend par l’interrogation, et dit avec une voix forte: «Qui a mis en place l’Etat?». Deux ou trois têtes répondent mollement: «le Prophète». Mais sur la question de la légitimité de ce noyau de l’Etat, personne ne répondra. Excepté ce typique»1er de la classe» assis à la 1re table du rang (forcément!) le plus proche du bureau du professeur, l’air attentif et appliqué. Il débite une longue phrase hachée et inaudible. Le prof reformule la question: «La légitimité est donc basée sur la conscience, n’est-ce pas?» Re-silence, Sur le tableau, le professeur inscrit les différentes étapes de l’organisation en quelques points seulement. Il préfère le débat qui n’aura pas lieu.Ainsi se déroulera tout le cours: l’échange est unilatéral malgré les efforts de l’enseignant pour stimuler les élèves et les pousser à poser la problématique. «Qu’est-ce qu’une organisation? Vous venez de l’étudier en mathématiques. Donnez-moi un exemple». Quelques lycéens étouffent des rires et sourires. Des jeunes filles, coquettement habillées, passent en revue leurs ongles. L’une regarde dans un petit miroir si sa coiffure tient toujours. Toujours pas de réponse. Garçons et filles sont majoritairement habillés «à la mode». Certains ont la coupe «Patxi» et le gel sur les cheveux à la Iglesias du temps de toute sa splendeur.L’enseignant voulait que les élèves arrivent eux-mêmes à la conclusion selon laquelle le succès de l’Islam n’est pas lié aux conflits politiques et de pouvoirs mais plutôt à ses principes éthiques. Encore un échec.. «Repeat after me…»Il a finalement toutes les réponses et les conclusions. Ils devront juste apprendre par cœur. Par contre, ils adorent les questions à trous. Celles qui consistent à terminer la phrase du professeur en donnant le bon mot, la bonne expression. La cacophonie qui s’en suit a au moins le mérite de rendre le cours vivant. «Le développement se fait grâce aux infrastructures, aux infrastructures…?», demande le professeur. «Routières et maritimes!», répondent en chœur les élèves. Mais «si je repose deux mêmes questions à intervalles différents, les élèves sont perdus», explique-t-il. Mais ni les principes de la Choura, parente de la démocratie hellénique, comme la contradiction entre la lutte pour le pouvoir politique (après la crise califale), et le succès de l’Islam dans d’autres terres (Asie), ne viendront à bout de cette passivité. Il y a juste un rude silence qui disait: «Mon Dieu, pourvu que passe vite la séance».Pourtant, l’âge de l’impertinence est, dit-on chez les psychologues, très enclin aux grandes interrogations et à la recherche de sens. Le sujet s’y prête parfaitement. Mais le rêve de l’enseignant ne se réalisera pas. «De toutes façons, j’ai abandonné mes rêves. Il faut plus qu’un miracle, et non pas une réforme». Dans sa classe, plus de 70% des lycéens n’ont pas la moyenne, même avec l’habitude de noter un peu plus que le niveau réel, pour «minimiser les profondes lacunes». Mouna KADIRI

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