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International

Une Europe sans tête aux petits bras
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3156 Le 25/11/2009 | Partager

En 2002 et 2003, Valéry Giscard d’Estaing a présidé la Convention chargée de doter l’Union européenne (UE) d’institutions adaptées. Après bien des péripéties, il en est résulté le traité de Lisbonne. Interrogé par Le Monde(1), l’ancien président français constate l’incapacité des Européens à trouver leur George Washington. Et pour cause! Quand les Américains de Philadelphie ont cherché une personnalité pour diriger leur nouvel Etat, ils ont choisi le vainqueur respecté de la guerre d’indépendance, une personnalité brillante, rompue aux jeux politiques, et de surcroît connue. L’Europe, elle, via ses chefs d’Etat et de gouvernement réunis en conclave, a désigné deux personnalités, certes respectables, peut-être douées pour les fonctions qui vont être les leurs, mais aussi peu connues que l’est leur éventuel projet politique. Cela était sans doute inévitable car dans la nature des choses.L’Europe va demeurer plusieurs lustres encore un semblant de confédération dotée d’un embryon d’armée. Cela ne surprendra personne!

L’Europe comme le Liban
L’Europe ressemble au Liban, un pays désuni mais sans coups d’Etat. Pourquoi? Parce qu’un général ou un politique libanais qui voudrait s’emparer du pouvoir par des moyens peu recommandables souffrirait d’emblée d’un défaut rédhibitoire, son appartenance à une communauté. Il serait certes de nationalité libanaise mais il serait aussi musulman ou bien chrétien, sunnite ou bien chiite, maronite ou bien druze… De quoi faire se dresser sur sa route les autres communautés, unies contre cette rupture du Pacte de 1943(2). En Europe, tout candidat à sa présidence a le défaut de son passeport, sa communauté se nomme nationalité. Et il doit être accepté par tous les autres européens. D’où le choix d’un homme, réputé réservé, amateur de compromis, originaire d’un pays modeste, profondément divisé, le contraire d’un Etat-nation, la Belgique. D’où la volonté de Londres, finalement admise, de placer son candidat au poste de Haut représentant pour les affaires étrangères, une femme parce qu’il en fallait une, une Britannique parce que les Anglais comptent sur elle pour ne pas céder à l’influence conjointe de Paris et de Berlin, une madame Ashton, parce que les «petits» pays, nonobstant le soutien apporté par les travaillistes d’outre-Manche à la guerre d’Irak, espèrent équilibrer le poids considérable du couple franco-allemand en Europe quand il ne se dispute pas. Ces choix sont le fruit d’un compromis; rien ne dit qu’il ne sera pas fructueux, tout assure qu’il ne mènera pas l’Europe à tenir sa juste place dans le concert des très grandes puissances, aux côtés des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine,…
Une défense européenne pourtant
Une grande puissance n’en est une(3) que si elle est capable de se défendre contre n’importe quelle autre prise isolément. Or, l’Europe de la Défense est encore en gestation. Et pourtant! Les budgets additionnés de la Défense des 27 pays de l’Union représentent 40% de celui des Etats-Unis: de quoi assurer la sécurité d’un continent non menacé d’invasion et peu désireux de se bâtir un empire. Malheureusement, chaque pays membre de l’UE a ses états-majors, ses armées, ses écoles; chacun défend bec et ongles ses entreprises. L’Europe, ce sont dix types de blindés, trois ou quatre modèles d’avions de combat, trois ou quatre chantiers navals capables de construire des sous-marins. Surtout, l’Europe doit être unanime dès lors qu’il s’agit de porter le fer quelque part. A 27, un tel consensus relève de l’illusion. La Défense européenne n’est pourtant pas une illusion mais ses ambitions demeurent limitées. Approuvée en décembre 2000 par le traité de Nice, la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) constitue un pas substantiel vers une défense européenne autonome. Conçue sur un mode de fonctionnement exclusivement intergouvernemental et bien que disposant de moyens théoriquement disponibles pour concevoir, planifier et lancer des opérations, la PESD a subi des restrictions quant au niveau de ses engagements. Si l’objectif d’Helsinki (voir encadré) mentionne des opérations engageant 60.000 hommes pour une durée d’un an maximum, il paraît difficile d’imaginer que l’UE puisse lancer une intervention de plus de 10.000 soldats, en l’état actuel des structures. Hors du territoire de l’UE, l’éventail des missions se limite à la gestion de crise. Faire la guerre paraît exclu. Les capacités de l’Union sont volontairement contraintes. Ainsi n’existe-t-il pas de chaîne permanente de commandement susceptible de diriger des opérations. Motif: il ne faut pas dupliquer l’Otan! Depuis 10 ans, toutefois, l’Europe de la Défense a prouvé le mouvement en marchant. Elle a lancé plus de vingt opérations de différents types et formats, sur quatre continents, souvent en coopération avec l’ONU, l’Otan, l’Union africaine, l’OSCE,… L’UE est devenue un acteur de sécurité reconnu sur la scène internationale; elle est de plus en plus souvent sollicitée pour stabiliser des régions en crise. Quelques progrès ont même été réalisés en ce qui concerne les instruments de la PESD. Une stratégie européenne de sécurité a été définie en 2003. Des structures ont été mises sur pied pour favoriser un traitement global des crises, notamment la coopération civilo-militaire à partir de 2005. Une direction de la planification stratégique intégrée au secrétariat du Conseil européen est en cours de mise au point. Un concept de Groupements tactiques de 1.500 hommes a été admis, une Force de gendarmerie européenne, prête à intervenir en moins d’un mois, a été créée. Un centre de commandement est opérationnel depuis 2007. Aux yeux des Etats-Unis, l’Europe a démontré son utilité. Privée d’effectifs suffisants, aux prises avec deux guerres, en Irak et en Afghanistan, militairement diminuée en raison d’une armée de terre très affaiblie par des années d’interventions et un recrutement hasardeux, l’Amérique compte sur les Européens pour remplir des tâches subalternes. Là réside le problème de l’Europe: doit-elle constituer une entité politique et militaire souveraine, ou jouer seulement le rôle de piétaille pour des Etats-Unis, toujours à la recherche de «forces amies» capables d’agir pour leur compte et par procuration?A cet égard, essentiel, l’UE reste partagée. S’agissant de la Défense, il n’est pas rare d’entendre certains représentants d’Etats européens fustiger la faiblesse militaire de l’UE et l’indigence des budgets de la Défense. Ce sont toutefois souvent ces mêmes pays que l’on voit s’opposer au renforcement des moyens de la Défense européenne. Sans doute, ne faut-il pas compter sur le nouveau président du Conseil européen et sur la personnalité chargée de conduire la politique étrangère, pour que l’UE, en même temps qu’elle demeurerait l’alliée fidèle des Etats-Unis, se voudrait libre de prendre ses décisions en toute souveraineté. Un immense pas serait pourtant accompli dans cette direction si l’Otan était dissoute. Il n’en est, pour l’heure, pas question!

Quelques étapes de la «Défense européenne»
En décembre 1998, le sommet franco-britannique marque un véritable tournant dans la constitution de l’Europe de la Défense, avec le revirement des Britanniques. Le Premier ministre, Tony Blair, souhaitait que le Royaume-Uni, qui ne participe pas à l’euro, demeure partie prenante du processus européen.A l’époque, Britanniques et Français ont été capables de formuler des propositions communes. La France montrait sur le terrain des Balkans qu’elle avait su dépasser la contradiction entre Défense européenne et Otan et prenait acte du rôle essentiel que l’Alliance continuerait à jouer dans la défense européenne. De son côté le Royaume-Uni, qui était le plus opposé à l’idée d’une défense européenne autonome, faisait un mouvement décisif en levant son veto à l’évocation des questions de défense au sein de l’UE. Cette double évolution a permis la déclaration de Saint Malo qui, pour la première fois, évoquait une «capacité d’action autonome» de l’UE à gérer les crises, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux progrès. (Source: Ministère français de la Défense, automne 2000, www.defense.gouv.fr)En décembre 1999, la conférence d’Helsinki se prononce sur les moyens militaires que l’Union européenne pourra déployer en 2003, une force d’action rapide de 50 à 60.000 hommes, dotées des capacités nécessaires de commandement, de contrôle et de renseignement. Le 21 novembre 2000, à Bruxelles, l’Europe, pour la première fois de son histoire, se dote officiellement d’une force d’intervention de 100.000 hommes, 400 avions de combat, 100 bâtiments de guerre…(Source: www.rfi.fr) --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) «M. Giscard d’Estaing: «On a choisi un conciliateur», in Le Monde, 21 novembre 2009, p. 11.(2) La Pacte dit de 1943, parce qu’adopté cette année là, répartit les hautes fonctions de l’Etat et même les moins hautes, en fonction des religions des postulants et du nombre relatif des coreligionnaires dans le pays. Les maronites étant à l’époque les plus nombreux se voyaient attribuer la présidence de la République et le commandement de l’Armée, les sunnites avaient le poste de Premier ministre et celui de directeur de la gendarmerie, les chiites celui de président de l’Assemblée nationale, etc.(3) J. B. Duroselle, «Tout empire finira», Paris, Armand Colin, 1992.

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