Economie

Une enquête sur le risque-Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:2411 Le 29/11/2006 | Partager

Sur le plan sectoriel, quel est le positionnement du Maroc sur les secteurs les plus importants et leur perspective d’évolution future? Le livre enquête de Tarik El Malki relève une série d’obstacles qui retardent le développement de certains secteurs. Ainsi l’offshoring connaît quelques lacunes au niveau du marché des ressources humaines qui souffre de l’absence de candidats qualifiés et prêts à l’emploi. D’ailleurs, le plan national de formation de 10.000 ingénieurs d’ici 2010, lancé par le gouvernement, vise à répondre à ce besoin. Il n’empêche que les perspectives d’évolution sont globalement bonnes, notamment dans les filières fonctionnelles (services clients, comptabilité, ressources humaines, etc.), les filières dites sectorielles (banque, assurance), et les filières des technologies de l’information (gestion d’application, etc.).. Textile: Quelle perspective d’évolution?Sur le plan sectoriel, et en rapport avec le positionnement du Maroc sur les secteurs les plus importants et leur perspective d’évolution, l’enquête menée par Tarik El Malki en retient cinq. Le secteur textile dont les principaux avantages comparatifs que possède le Maroc sont surtout la proximité avec l’Europe. Une situation qui, selon El Malki, «fait que le Maroc est depuis longtemps déjà une plate-forme d’exportation pour un certain nombre de PME européennes désireuses de limiter leurs coûts de production».L’expérience que le Maroc a su capitaliser au fil des années dans la confection de vêtements à l’export ainsi que la panoplie d’incitatifs, dédiés à ce secteur que propose le Fonds Hassan II pour le développement économique et social, en sont des attractions. A noter que, via ce fonds, l’Etat s’engage à des exonérations partielles de certaines dépenses dont l’acquisition du terrain, les dépenses d’infrastructures externes et les dépenses de formation professionnelle. Par contre, l’enquête révèle une grosse faiblesse: les coûts salariaux, face à des pays d’Asie du sud, essentiellement la Chine et l’Inde. Pour El Malki, «le Maroc doit revoir son positionnement stratégique en développant le «multi-skilling», c’est-à-dire la multiplicité de la technicité (diversification de la gamme de production) par opposition à la spécialisation, de même que la spécialisation sur des niches à forte valeur ajoutée (haut de gamme)» pour rester compétitif. . Tourisme: Un déficit de formation professionnelleLe Maroc veut faire du tourisme le fer de lance de son développement économique. D’où l’ambitieux objectif fixé d’attirer 10 millions de touristes d’ici 2010, basé sur un programme, non moins ambitieux, de relance du secteur, le Plan Azur. Pour réussir ce pari, le gouvernement a entrepris de créer les conditions pour que d’importants groupes touristiques mondiaux viennent investir au Maroc. En plus des atouts naturels évidents, le Maroc a mis en place un système incitatif en vue d’attirer les investisseurs étrangers dans ce secteur. Notons l’exonération de la TVA et des droits de douane, les conventions d’investissement signées entre l’Etat et les opérateurs, la participation des autorités à la construction de certaines infrastructures (hors site), l’ouverture du secteur aérien... Mais en marge de ces atouts, le livre-enquête de Tarik El Malki révèle un certain nombre de lacunes, et pas des moindres: un déficit de formation professionnelle, une fiscalité qui pose un certain nombre de problèmes liés essentiellement à la cohérence et la transparence du système fiscal. Une nuance tout de même: «le Maroc a pris la mesure de ces problèmes et entrepris une révision assez profonde de la fiscalité locale dans le sens d’une simplification et rationalisation des procédures. De la même manière, des actions en faveur d’une amélioration de la qualification sont entreprises, avec la création d’académies régionales de formation». . Offshoring: Cœur de cible de la stratégie industrielleL’offshoring est au centre de la nouvelle stratégie industrielle mise en place par le Maroc, dans le cadre du programme «Emergence». En effet, le Maroc y dispose de nombreux atouts qui font dire à l’auteur de cette enquête qu’ «à terme, l’offshoring devrait être le centre névralgique de toute politique d’attraction de l’IDE au Maroc». Les arguments fusent: «en plus de l’existence d’une main-d’œuvre qualifiée, souvent polyglotte, le Maroc a accompli des progrès notables sur le plan de la mise à niveau de ses infrastructures (mise en place du réseau de voix numérisé, Internet ADSL, accès au foncier, etc.) et de la fiscalité afin d’attirer de manière pérenne les investisseurs potentiels». Pour El Malki, il n’y a pas de doute, «ces derniers reconnaissent d’ailleurs volontiers la position concurrentielle du Maroc qui, couplée avec la proximité géographique, fait du pays une destination privilégiée». De plus, le gouvernement a lancé d’importantes initiatives dont le plan national de formation de 10.000 ingénieurs d’ici 2010, pour répondre aux besoins de ce secteur. Bien sûr, sur la faisabilité de cette initiative, Tarik El Malki n’en dit mot. Il défend que «globalement, on peut dire que les perspectives d’évolution sont bonnes, essentiellement dans les filières dites fonctionnelles: services clients, comptabilité, ressources humaines; les filières dites sectorielles: banque, assurance; et les filières des technologies de l’information: gestion d’application» . L’agroalimentaire: Des atouts spécifiques! Les résultats de l’enquête sont sans équivoque. Les points faibles du Maroc se situent essentiellement au niveau de l’accès aux matières premières, la fragmentation et la faible productivité du secteur. En revanche, soutient l’auteur de l’enquête, «le Maroc dispose dans ce secteur d’atouts spécifiques tels que la présence d’une gamme importante de matières premières, et l’émergence d’une classe moyenne dotée d’un pouvoir d’achat en progression». Cette classe moyenne, urbaine en majorité, «se caractérise par un changement dans son mode de vie, donc de ses habitudes alimentaires». D’ailleurs, c’est pour cela que les autorités, dans le cadre du programme «Emergence», ont entrepris de repositionner le secteur agroalimentaire national vers la transformation des produits agricoles en général, ceux de la mer en particulier.Pour le volet agro, il ressort également de cette enquête que «le potentiel se situe au niveau des filières des fruits et légumes et celles des corps gras (développement des produits bio et des plats cuisinés, huile d’argan, etc.)». Ce développement dépend, entre autres, de la mise en place de circuits de distribution modernes, et la mis en place de stratégies de promotion efficaces et agressives.. Sous-traitance: A la recherche du modèleLe secteur des composantes automobiles jouit d’une attention particulière de la part des autorités marocaines eu égard à l’intérêt particulier qui lui a été accordé dans le cadre du programme «Emergence». Le Maroc dispose d’un certain nombre d’atouts naturels et non naturels dans ce secteur, à savoir la disponibilité d’une main-d’œuvre jeune, flexible et relativement technique; la disponibilité d’infrastructures d’accueil (Tanger Zone Franche); la diversification de l’offre de sous-traitance; l’existence d’un système incitatif (subventions étatiques, etc.). Mais «le principal handicap du pays dans ce secteur, selon Tarik El Malki, réside dans l’étroitesse du marché intérieur et la faiblesse de la demande, ce qui rend impossible l’implantation des constructeurs pour satisfaire ce seul marché». Conséquence: «le Maroc a tout intérêt à développer le sous-secteur de la sous-traitance axée sur les équipements en l’occurrence, mais avec une orientation export». Pour cela, l’enquête propose deux opportunités. 1): la mise en place de nouveaux sites de production automobile en Europe du Sud (Espagne, Portugal). 2): profiter de la nouvelle stratégie de Renault qui cherche à mettre en place un site de production en Afrique du Nord. A l’instar du Mexique, le Maroc pourrait articuler son développement industriel autour du concept de «maquiladoras» ou quelque chose d’approchant, dans la région de Tanger, dans cette branche et dans d’autres également (électronique, aéronautique), conseille l’auteur de l’enquête. Il confirme les opportunités intéressantes pour le Maroc quant à la sous-traitance électronique. Selon lui, celle-ci présente des caractéristiques favorables dans l’électronique de spécialité qui englobe le prototypage, l’électronique industrielle et de défense. Par contre, en ce qui concerne l’électronique de masse, fabrication de micro-ordinateurs, produits dits «bruns», le Maroc est soumis à la concurrence féroce, surtout de la Chine et de l’Inde. Aujourd’hui cependant, le concept des maquiladoras semble remis en cause.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc