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    Economie Internationale

    Une dame de fer au Tribunal Pénal International

    Par L'Economiste | Edition N°:598 Le 20/09/1999 | Partager

    · Agée de 52 ans, Mme Carla del Ponte est connue pour son expérience dans les dossiers de crimes organisés

    avec Carla del Ponte, magistrate de choc, ne dédaignant pas tirer l'interprétation du droit jusqu'à ses limites, sachant se servir des médias, le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas entériné le choix d'une personnalité lisse pour succéder aujourd'hui à Louise Arbour comme procureur du Tribunal Pénal International sur l'ex-Yougoslavie (TPI) et le Rwanda (TPR). Dans une Suisse influencée par le droit germanique et habituée aux "juges arbitres", Carla del Ponte appartient à la race très minoritaire des procureurs "justiciers", de type latin, comme les Falcone, Garzon ou Bruguières.
    Avocate de formation, cette Tessinoise de 52 ans a été nommée procureur de la Confédération helvétique en 1994. Elle donne très rapidement une véritable consistance à cette fonction, jusqu'ici réservée à des notables assoupis. Ses cibles: le crime organisé, le blanchiment d'argent sale, les circuits de narco-trafiquants. Elle perquisitionne en personne dans des sociétés russes où plane l'ombre du Kremlin, s'attaque au frère d'un ancien Président mexicain, Raoul Salinas, accusé de tremper dans le recyclage de l'argent de la drogue, gèle des comptes bancaires appartenant au clan pakistanais Bhutto, déclare que la pègre russe a déjà infiltré 300 sociétés suisses. Parfois, "sa spontanéité la fait déborder", constate un juriste. A une ou deux reprises, le Tribunal fédéral la réprimande, jugeant qu'elle a outrepassé ses droits. Elle agace la gauche lorsqu'elle met des journaux sur écoute pour identifier l'origine "d'une fuite" dans la fonction publique.
    "Carla del Ponte est de la trempe des croisés", affirme un universitaire. Sa détermination à lutter contre les mafias est profondément liée à son expérience italienne. Elle voue, dit-on, une admiration illimitée à Giovanni Falcone, le juge antimafia qui a payé de sa vie son combat. "Il fut son saint laïc, son maître à penser", note un juriste. "Intellectuellement et émotionnellement, elle a été profondément marquée par cette rencontre. Il y a eu un avant et après Falcone", affirme Jean Ziegler, écrivain et député socialiste qui ne cache pas "son respect pour Carla". En 1988, en compagnie de Falcone, elle échappe en Sicile à un attentat de la mafia. Sa détermination ne faiblit pas. A Berne, où les ministres prennent parfois encore le bus, elle passe de sa Mercedes blindée à son jogging, accompagnée de ses gardes du corps. "Lorsqu'elle a un but, elle fonce comme un char d'assaut", avait dit d'elle le procureur tessinois, Piergiorgio Mordasini.


    Soutien américain


    Carla del Ponte doit en partie sa nomination au fait d'être Suisse, alors que la Confédération helvétique est le seul Etat de la planète à n'être toujours pas membre des Nations Unies. Après l'intervention aérienne au Kosovo, les Russes ne voulaient pas d'un ressortissant d'un pays de l'OTAN pour succéder à Louise Arbour. Le gouvernement helvétique a fait campagne pour elle, pour compenser son absence à l'ONU. Il a rencontré le soutien des Américains, sensibles au côté "super-procureur" de Carla del Ponte.

    Pierre HAZAN Syndication L'Economiste-Libération (France)

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