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    Politique Internationale

    Une biographie à travers les yeux d'Ahmad Rami : Oum Kalsoum en affaires et en amour

    Par L'Economiste | Edition N°:156 Le 01/12/1994 | Partager

    L'Etoile de l'Orient continue de faire vibrer les foules arabes, 20 ans après sa mort. Sélim Nassib, Libanais installé à Paris, vient de publier une biographie. Le 2ème personnage est Ahmad Rami, qui l'a aimée 50 ans durant.

    "Oum", de Sélim Nassib,
    Balland, Paris, 312 pages

    SELIM Nassib convie le lecteur à un voyage autour de la vie de la chanteuse, mais par un biais inhabituel: il a choisi d'endosser la personnalité de son poète favori, Ahmad Rami. Un artifice qu'on oublie vite, tant l'incroyable destin de la petite paysanne de Tamaye-el-Zaharia fascine dès la première page.

    Après avoir commencé à chanter dans les fêtes de villages et de familles, accompagnant son père et son frère qui y psalmodient les versets du Coran, Oum Kalsoum doit un jour remplacer son frère au pied levé. Le public s'enthousiasmera pour elle, mais elle mettra encore du temps avant d'atteindre la gloire, la vraie, celle que seul Le Caire peut lui offrir.

    Relation charnelle

    Ce n'est plus une enfant quand elle devient célèbre, et donne dans la capitale égyptienne son premier concert payant. Elle a vingt-quatre ans, mais le piété rigoriste de son père lui a imposé de chanter vêtue en garçon. Elle ne se défera que plus tard de ce déguisement. Entourée par les meilleurs maîtres, dont Abou-el-Ela qui n'a pas voulu laisser passer un tel talent sans l'abriter sous son aile, Oum Kalsoum va prendre son envol vers une renommée que jamais personne n'égalera. Sa voix, puissante et d'une étendue peu banale, recouvre toute la tessiture du luth. Ce n'est pourtant pas la seule explication de son phénoménal succès. Il tient bien davantage dans la relation quasi-charnelle qu'elle instaurera entre elle-même et ses auditeurs; le paradoxe est là: alors qu'elle est l'image physique de la vertu et de la bienséance, la sensualité vibrante de son chant, les variations qu'elle sait faire subir aux textes et aux musiques qu'elle interprète mettent ses auditoires à genoux.

    Sélim Nassib raconte comment, non contente d'avoir eu l'audace de chanter dans une langue populaire alors interdite aux artistes de qualité, elle demanda une fois à Ahmad Rami de lui écrire une chanson un peu leste, pour concurrencer sa rivale Mounira Al-Mahdia, qu'elle voulait vaincre au point de la concurrencer sur son propre terrain. La polémique qui s'ensuivit fut immense! son cher poète, Ahmad Rami toujours, qui lui écrira 137 de ses 283 chansons, vit dans sa chair ces contradictions. Alors que leur relation sera, durant cinquante ans, d'une force et d'une intensité inouïes, Oum Kalsoum ne lui cédera jamais...

    Déjà immensément célèbre avant la seconde guerre mondiale, il n'est pas un homme puissant du monde arabe, souverain, homme d'affaires ou artiste qui ne veuille compter Oum Kalsoum parmi les plus beaux ornements de ses fêtes. Elle exige des cachets démesurés, qu'elle obtient, et se met également à tourner pour le cinéma.

    Le livre raconte d'ailleurs une anecdote cocasse, concernant la négociation rugueuse qu'elle mène avec un producteur de cinéma qui entend obtenir d'elle qu'elle embrasse son partenaire à l'écran. Elle n'y consentira pas, mais parviendra à arracher 40% des recettes du film. Un cachet qu'aucun prince d'Hollywood n'obtiendra jamais, mais qui démontre que la chanteuse était dure en affaires, au point de constituer une fortune comme en voit peu.

    Responsable de la défaite?

    Mais le véritable révolution, ce fut la radio. Le roi Fouad, en son temps, lui avait demandé d'inaugurer La Voix du Caire, la première station de radio qui pouvait atteindre toutes les régions de l'Egypte. Mais c'est avec Nasser, et la fameuse radio La Voix des Arabes, audible de Damas à Khartoum, de Bagdad à Casablanca, que Oum Kalsoum atteignit les sommets de sa popularité.

    Tous les premiers jeudis du mois, à 22 heures, la vie des auditeurs s'arrêtait. Dans les cafés, dans les maisons, la radio devenait pour quelques heures le centre exclusif de la vie collective, dans une vénération totale pour l'idole de toute la Nation arabe. L'a-t-elle subjuguée, endormie, au point de lui faire perdre le sens des réalités, au point même d'être en partie responsable de la défaite militaire lors de la Guerre des Six Jours? C'est une accusation qui fut portée contre elle, et qu'elle dut combattre comme une insupportable injustice qu'on lui infligeait. Comme l'écrivait alors un journal,

    cité par l'auteur. "comment un peuple pourrait-il se préparer à la guerre s'il reste jusqu'à quatre heures du matin à écouter une chanteuse à la radio?"

    Oum Kalsoum responsable de la défaite? L'accusation fit sur elle l'effet d'un électrochoc, et elle se lança dans une très longue tournée dans tout le Monde arabe, qui dura un an, afin de lever des fonds pour l'effort militaire. Elle, qui avait donné tant de bonheur à son peuple, termina ensuite sa carrière et se retira. Il reste d'elle aujourd'hui une gloire et un succès qui ne paraissent pas près de se démentir.

    Jean GUISNEL Correspondant à Paris

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