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Un "gouvernement global" de la planète est nécessaire

Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

Les problèmes écologiques ne peuvent pas être résolus au niveau national. Ils exigent un "gouvernement global" de la planète. Le développement durable, idée née de la Conférence de Rio de 1992, exige une meilleure prise de conscience de l'état de la planète par les gouvernements et les individus et suppose qu'ils soient prêts à sacrifier un peu de leur confort à une meilleure gestion des ressources terrestres.


Question: Croyez-vous à l'idée, développée à la Conférence de Rio, d'un "développement durable"?
Réponse: Il est la seule alternative. Voyez ce qui se passe avec le changement climatique. En 1991, nous avions donné l'alerte, mais cela impliquait la transformation radicale des formes d'organisation de vie, des systèmes de production d'énergie et de transport. Cela impliquait également le changement des régimes fiscaux, avec un allégement des charges fiscales sur le travail et une augmentation sur l'énergie. Jusqu'à présent, ces options n'ont pas été retenues. Résultat: le dernier rapport sur les changements climatiques souligne pour la première fois la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement global de l'atmosphère. Nous devons prendre des mesures.

- Comment une association de politiciens telle que Globe peut-elle agir?
- L'avantage de cette association est qu'elle réunit des hommes politiques qui appartiennent au "mainstream" de près de trente pays d'Europe, des Verts allemands aux Conservateurs britanniques. Elle ne se contente pas de rester en marge du système.
Auparavant, il y avait d'un côté les organisations non gouvernementales (O.N.G.) pour agiter et mobiliser l'opinion publique. De l'autre, le pouvoir établi, par nature réactionnaire et soumis à l'inertie. Il n'est qu'à prendre l'exemple des dernières conférences internationales où presque rien n'a été décidé. Organisés en réseau international, les parlementaires de Globe acquièrent une capacité d'intervention qui leur faisait défaut avant.

- Comment le monde occidental développé et riche peut-il imposer aux pays en développement des normes d'émissions de gaz ou de préservation de la forêt?
- C'est une question fondamentale. D'autant plus que les pays développés profitent bien du non-respect des règles de base par les pays en développement. Des bois précieux sont importés de Russie, alors que l'on sait que les forêts de Sibérie sont en voie de destruction et que leur régénération est impossible. De même, ce sont des entreprises occidentales qui détruisent les forêts de Papouasie-Nouvelle Guinée.
Il faut rompre avec l'idée que le progrès est toujours positif, en termes matériels. Soyons clairs, l'Inde n'a pas les moyens de créer une société de bien-être comme la Suisse sans créer des ruptures successives dans les réseaux des eaux et des égouts des villes. Elle exploserait. C'est pour cela qu'il faut avoir le courage de penser d'une manière différente. En prêtant de petites sommes d'argent à des femmes asiatiques, la banque Blank a provoqué de véritables changements sociologiques. Cette expérience montre qu'il existe d'autres chemins.

- Globe a-t-elle déjà pu traduire ses objectifs en législation?
- Nous perdons certaines batailles, nous en gagnons d'autres. Nous avons combattu pendant six ans contre l'exportation de déchets toxiques en dehors des pays de l'OCDE. Cela a permis de modifier la Convention de Lomé et abouti à la définition d'un protocole additionnel à la Convention de Brasilia. Nous avons remporté une autre bataille en obtenant la création d'une réserve naturelle en Antarctique, là où certains voulaient exploiter une mine. Enfin, nous avons obtenu la création d'un comité spécial pour l'environnement et le commerce dans le cadre de l'Uruguay Round et ce, alors qu'aucune clause sur l'environnement n'y était initialement prévue.

- Les Occidentaux doivent-ils renoncer à leurs maisons surchauffées, à leurs voitures puissantes et ainsi de suite?
- Le vrai problème est que les gens ne paient pas pour les dégradations entraînées par leur style de vie. Prenons cet exemple: le consommateur qui achète un détergent avec des phosphates ne paie pas plus cher que celui qui achète un détergent écologique. Et pourtant, le détergent avec phosphates entraîne ensuite un coût puisqu'il pollue des cours d'eau en aval. Il nous faut introduire le coût de l'environnement dans le prix des biens et des services.

- Pensez-vous que cela soit possible en période de crise économique et de chômage exorbitant?
- Mais l'environnement est créateur d'emplois. Comprenez-moi bien: nous ne défendons pas une augmentation de la charge fiscale globale. Nous prônons un transfert massif de la charge fiscale et parafiscale vers tout ce qui cause des dommages à l'environnement, c'est ce que nous appelons les écotaxes. Cette idée rencontre une large opposition dans l'establishment" car elle bouleverserait les règles du jeu, avec de nouveaux gagnants et de nouveaux perdants.

- En dehors de Globe, les hauts dirigeants politiques sont-ils déjà suffisamment imprégnés des idées écologistes pour que votre action soit efficace?
- Pas encore, mais en vingt ans nous avons beaucoup avancé. Des programmes scolaires ont été modifiés, des ministères de l'environnement ont été créés et un cadre législatif important a été édifié. Le problème est que la destruction de l'environnement est beaucoup plus rapide que toute cette évolution. Cela explique le pessimisme des écologistes: ils ont la sensation de s'acharner à mener une guerre qui chaque année est un peu plus irrémédiablement perdue. Et pourtant cela vaut la peine de lutter.

- Alors, que faire?
- Seul un "gouvernement global" de la planète pourra résoudre les problèmes de l'environnement. Cette idée va naturellement à l'encontre du principe de souveraineté nationale et tant que les pays n'auront pas accepté son caractère vital, la catastrophe nous guettera.
Prenons pour exemple la pollution des océans. Cette année, deux baleines mortes se sont échouées sur la côte belge. A l'analyse, les niveaux de substances toxiques dans leur chair étaient si élevés que les baleines ont dû être incinérées comme déchets toxiques.
Le changement climatique et l'extinction des espèces sont tout aussi préoccupants. Est-ce le monde que nous souhaitons?

Propos recueillis par José Manuel Fernandes (Publico).


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