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Tribune

Un projet de société nouvelle pour le Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:273 Le 27/03/1997 | Partager

par Abdelaziz BOUAMI*

L'accord d'association entre le Maroc et l'Union Européenne (UE) constitue, de par ses implications économiques et sociales, un événement de grande importance. Les défis sont aussi bien macro que micro-économiques.

L'engagement résolu des pouvoirs publics n'a emporté que difficilement l'adhésion des opérateurs économiques. Mais le citoyen, bien qu'intéressé par les débats qui ont dominé les médias, assiste en spectateur impuissant et médusé au déroulement des négociations qui, au fond, le concernent directement et lourdement.
En effet, cet accord d'association, à la différences des précédents de 1969 et 1976, a une portée stratégique puisqu'il tend, en l'an 2010, à placer le Maroc dans un espace économique déprotégé de la concurrence impitoyable d'industries européennes beaucoup plus performantes que l'industrie marocaine.
Il lie deux partenaires de forces très inégales et de dynamiques disproportionnées. Est-ce à dire que l'accord est préjudiciable au Maroc?

L'agro-alimentaire, grand perdant


La zone de libre-échange prévue en 2010 pour l'ensemble euro-méditerranéen pose au Maroc de grands défis. On peut les cerner à deux niveaux: micro et macro-économique.
Au niveau micro-économique, les entreprises marocaines auront à faire face à des entreprises européennes et même de l'Est de la Méditerranée beaucoup plus performantes. On a estimé que le tiers des entreprises marocaines ne résistera pas à la concurrence et sombrera, un tiers nécessitera de grands moyens pour subsister et seul un tiers pourra tirer son épingle du jeu libre-échangiste de l'espace euro-méditerranéen. Des études ont identifié les IAA (industries agro-alimentaires) comme devant être parmi les plus grandes perdantes du désarmement douanier. L'entreprise marocaine doit donc se préparer à l'échéance fatidique en exploitant au mieux ses atouts et en essayant de dépasser ses handicaps.
Les atouts, c'est surtout une main-d'oeuvre bon marché qui représente l'avantage comparatif le plus important, la compétitivité de certaines productions agricoles et un gain sur les frais de transport par la proximité géographique de l'Europe. Mais ces atouts, on les retrouve chez d'autres PSEM (Pays du Sud et de l'Est de la Méditerranéen) qui essayeront, à n'en pas douter, d'améliorer leurs parts de marché en Europe. Les handicaps sont nombreux et touchent aussi bien la sphère de production que la sphère de distribution et de vente.
Concernant la production, il est relevé une sous-capitalisation des compétences et une faiblesse de la formation professionnelle, donc incapacité d'utiliser rationnellement les équipements. Ce double décalage est caractéristique d'une situation où est absente toute vision stratégique et où la mobilité de la main-d'oeuvre entre les entreprises est très réduite.

Il y a lieu donc d'opérer une remise en cause radicale par une modernisation régulière des équipements, par le recrutement des compétences appropriés pour une utilisation rationnelle de ces équipements. Un recours accru à l'informatique pour une conception assistée par ordinateur (CAO), une gestion informatique etc. L'utilisation de l'instrument informatique doit être performante et contribuer à plus de célérité dans les délais de réalisation de la production.
L'approvisionnement et la gestion des stocks doivent être mieux maîtrisés. La recherche de la qualité totale (zéro panne, zéro faute, zéro délai) est souhaitable.
Pour la sphère de vente, il faut investir des créneaux, voire des niches porteurs, au niveau de l'ensemble euro-méditerranéen pour lesquels le Maroc dispose d'avantages indéniables.
Il est également préconisé d'améliorer les délais de livraison, le conditionnement, d'adopter les normes européennes et de cultiver l'agressivité commerciale reposant sur l'amélioration du rapport qualité/prix pour gagner des parts de marché.
Force est de reconnaître que les défis que les entreprises doivent relever sont grands, nécessitent de grands moyens financiers pour leur mise à niveau.

Lourdeur, incohérence...


Les besoins financiers sont donc très importants, mais ce qui l'est encore plus c'est l'environnement de l'entreprise.
Au niveau macro-économique, c'est donc d'environnement de l'entreprise (le cadre administratif, le cadre juridique, l'infrastructure, le système de formation et d'enseignement) qu'il s'agit.
Cet environnement doit s'adapter aux mutations de l'économie marocaine. Il doit évoluer et devenir un instrument au service du développement économique. Malheureusement à l'heure actuelle les choses sont tout à fait l'opposé de ce qui est souhaité. La Banque Mondiale, comme tout le monde le sait, a relevé les affres de notre administration et de notre système d'enseignement et de formation.
- L'Administration marocaine, par sa lourdeur, ses incohérences, est un facteur de blocage de la croissance. Le temps recquis pour l'instruction d'un dossier d'investissement est trop long et décourage les investisseurs étrangers particulièrement. L'Administration, par ses effectifs pléthoriques, surgonflés, est une charge de plus en plus insupportable pour le budget de l'Etat et donc sur les impôts que paie les contribuables que nous sommes.
Le fonctionnement effectif du guichet unique est un élément important pour attirer les capitaux étrangers. La réforme de l'Administration est nécessaire et urgente.

- Le système d'enseignement et de formation est caractérisé par la faiblesse de ses rendements, ses incohérences et son décalage par rapport aux besoins de l'économie. Une réforme profonde du système d'enseignement et de formation est nécessaire pour qu'il devienne le vecteur de génération et de diffusion des connaissances, d'amélioration de la productivité et le vivier approprié pour répondre de manière adéquate aux besoins des entreprises en cadres de haut niveau.
Le système d'enseignement doit mettre l'accent, comme le précise le rapport de la Banque Mondiale, sur la promotion des "facultés adaptatives et analytiques".
- Le cadre juridique doit évoluer pour faire adapter les règles juridiques au nouveau contexte économique en gestation. Dans ce domaine, les mutations sont en cours.
- L'infrastructure doit être mieux développée, et particulièrement les télécommunications, pour mettre les entreprises marocaines au fait des développements technologiques dans le monde, le déroulement des affaires et informer en temps réel l'entrepreneur pour qu'il puisse agir à temps.
Au vu de l'ampleur des mutations que doit entreprendre le pays, force est de reconnaître que les efforts à consentir sont colossaux et sans commune mesure avec tout ce qui a été entrepris jusqu'à maintenant. Ce programme des mutations ne peut réussir que s'il est soutenu par le citoyen, mais un citoyen doté d'un nouvel état d'esprit, ouvert sur l'avenir, la modernité, la compétitivité. D'ailleurs, c'est à cet état d'esprit du citoyen que SM Le Roi a fait référence lors de l'ouverture de la 3ème législature du Parlement en disant que les Marocains doivent changer de mentalité.
En fait, il s'agit d'un projet de société nouvelle.


L'aide financière


L'enveloppe financière adoptée au conseil européen de Cannes (26-27 juin 1995) de 4.685 millions de Dollars d'Ecus représente une moyenne annuelle de 973 millions d'Ecus, soit environ 1,2 milliard de Dollars, à répartir entre 12 pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée (Maroc, Algérie, Tunisie, Liban, Israël, Autorité Palestinienne, Syrie, Jordanie, Chypre, Malte, Turquie) et une population globale d'environ 220 millions de personnes, c'est-à-dire une aide financière par an et par habitant d'environ 5,5 Dollars.. Lors de la visite du vice-président de la Commission Européenne, Manuel Marin, au Maroc les 3 et 4 avril 1996, le coup d'envoi a été donné au contenu de l'accord d'association par l'octroi au Maroc d'une enveloppe financière de 450 millions d'Ecus, soit environ 5 milliards de Dirhams, sous forme de dons et subventions dans le cadre du programme MEDA (programme de coopération avec la Méditerranée). 48% de ces fonds serviront à l'appui au processus de transition économique qui accompagne la modernisation et la mise à niveau de l'économie marocaine. Les ressources iront au financement des actions d'appui à l'ajustement structurel et des actions de mise à niveau des entreprises (appui aux PME, opération en faveur des micro-entreprises; actions touchant à la normalisation et la qualité, appui technique au secteur financier, appui technique aux opérations de privatisation, appui technique pour la promotion des exportations et des investissements et la mise à contribution de la technique de financement de capital-risque).

* Professeur à la Faculté de Droit de Casablanca




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