×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Dossiers

Un journal à Meknès, gratuit et sur Internet

Par L'Economiste | Edition N°:312 Le 08/01/1998 | Partager

Apparu à Meknès il y a quelques mois, le Guide de Meknès est aujourd'hui à son dix-huitième numéro. Lancée par trois jeunes managers, la publication se veut hebdomadaire régionale, gratuite et... en version électronique. L'idée en valait la chandelle.


L'information de proximité. Une grande idée pour exploiter de petites niches. Managers de la nouvelle génération, ces lauréats d'une école de commerce à Meknès ont créé Computer Team, société éditrice du Guide de Meknès. La passion est née, puisque le patron de l'école a également un journal.
Computer Team. Le ton est ainsi donné, en anglais et il se veut résolument tourné vers la modernité. Ses créateurs sont au nombre de trois: Hamid Taouabit, Anouar El Ajraoui et Kaoutar Nassir. Ils ont pu exploiter cette niche en s'appuyant sur une idée en rupture avec l'offre traditionnelle et répond à un besoin spécifique: informer la population de cette ville sur ce qui ce passe dans cette région et renseigner sur ses potentialités d'investissement. Et c'est l'idée du Guide de Meknès qui a été la principale motivation pour ces trois jeunes promoteurs.
Mais avoir une idée ne suffit pas. Une démarche volontariste est indispensable pour la transformer en un marché rentable. Les promoteurs du Guide de Meknès ont su imposer, du moins proposer, une signature différente. Grâce à sa formule, le premier hebdomadaire régional gratuit et également en version électronique se veut une publication unique dans son genre.

Derrière ses lunettes d'intello et avec son air de cadre... Hamid, le jeune directeur général de cette société, résume l'idée de départ à "des activités qui ont comme métier de base l'outil informatique à travers deux pôles: la micro-édition et les produits et services informatiques. Cependant, l'hebdomadaire reste l'idée maîtresse de la réflexion qui nous a menés à créer Computer Team".
"Le Guide de Meknès est purement et simplement une folle aventure, mais nous y croyons", a déclaré pour sa part M. Ahmed Elhabib Belmahdi, directeur de la publication "Guide de Meknès".
La folle aventure a commencé fin 96 et a reposé de surcroît sur un projet innovant. La ville de Meknès, elle qui ne se prête pas a priori à des innovations, est bel et bien assoupie sur sa belle histoire, ses beaux et anciens murailles et son activité économique principale: l'agro-industrie.
De toute manière, et ce n'est un secret pour personne, les entreprises innovantes, et surtout les PME, sont gourmandes en fonds propres. Or, ces jeunes entrepreneurs n'avaient pour seule richesse que leur matière grise, et un peu d'argent... Computer Team a démarré donc avec un capital de 200.000 DH. Kaoutar, la jeune directrice financière pleine de punch et observatrice attentive des écritures comptables de la société, se rappelle les premiers moments fatidiques de recherche des fonds nécessaires pour le démarrage: "Un jeune créateur d'entreprise a besoin du soutien de ses parents, d'autant plus qu'ils représentent les seules bailleurs de fonds".

Apportant chacun le tiers du capital, les créateurs du projet ont estimé qu'il fallait injecter davantage de fonds. L'entreprise a ainsi contracté un prêt auprès de la banque de 60.000 DH quatre mois après le lancement de la société.
Aujourd'hui, la machine tourne. Plus encore, elle recrute. Ce sont en effet 12 personnes qui travaillent dans l'entreprise: deux techniciens, deux commerciaux, six distributeurs, trois journalistes ainsi que le directeur de publication, hormis les trois associés.

La machine tourne


Pour l'instant, la publication n'a pas pu encore dégager des bénéfices substantiels. "C'est un véritable gouffre financier", déclarent ses promoteurs, qui tablent sur le long terme pour rentabiliser leur hebdomadaire. "Nous ne visons pas le profit immédiat", explique Hamid. Et de poursuivre: "Nous estimons d'ores et déjà que notre produit a percé dans la mesure où il apporte un avantage concurrentiel réel".
En tout cas, avec 25.000 DH comme charges hebdomadaires d'impression et quelque 30.000 DH par mois de charges mensuelles pour le loyer, les salaires... alors que la recette publicitaire, la seule ressource financière de l'hebdomadaire, ne dépasse pas les 4.000 DH par semaine, il faut bien continuer...
Dans le créneau de l'édition, l'éternel problème du financement revient comme un leitmotiv. Pour Anouar, directeur marketing de Computer Team, une conviction est bien établie: ne pas verser dans l'optimisme béat. "Autant nous croyons en notre produit, autant nous sommes convaincus que tant que notre entreprise n'aura pas atteint son point mort, elle sera toujours menacée". Le point mort, voilà bien à quoi sert d'étudier avant d'entreprendre...

Le choix d'implantation


Il faut relever également un problème de mentalités: les chefs d'entreprise à Meknès sont très réticents quand il s'agit d'un investissement publicitaire. D'après ces jeunes entrepreneurs, la prospection et le recouvrement de la publicité sont des casse-tête chinoix. Les patrons ne croient pas, mais vraiment pas, aux "vertus" du retour sur investissements publicitaires. En témoignent ces réponses clichées de certains chefs d'entreprise: «Ca fait trente ans que je vends mes produits sans pour autant recourir à la publicité. Je suis désolé». Ou encore: «Les gens ne sont pas venus me voir après mon insertion publicitaire».
Pour faire jaillir l'idée d'un hebdomadaire régional, il fallait renforcer sa connaissance du marché: "C'est pourquoi le choix de l'implantation n'était pas fortuit", explique Hamid. Et de continuer: "C'est surtout parce que nous connaissons mieux le tissu économique et peut-être même la structure socioculturelle des habitants que nous avons choisi la ville de Meknès. Cela nous a permis de gagner du temps".
Du côté de la concurrence, la société jouit d'une situation de monopole. Toujours est-il qu'une bonne idée faisant souvent des émules, le créateur d'une niche doit s'attendre à être rejoint par d'autres. Surtout si son activité -et c'est généralement le cas- est rentable. Elever les barrières à l'entrée du marché est la stratégie, parfois même implicite, du chef d'entreprise. Surtout quand celui-ci se positionne dans une niche, qui par définition est risquée.

Et c'est dans ce sens que Computer Team a développé un partenariat avec AIM (Autoroutes de l'Information Multimédia), le premier provider de la région de Meknès. Objectif: lancer une version électronique du Guide de Meknès permettant ainsi une plus grande diffusion de la publication. En effet, la bonne façon de se développer quand on est petit consiste à passer par des partenaires commerciaux.
L'accord conclu permettra ainsi aux deux entreprises de se faire connaître et d'assurer la commercialisation de leur produit respectif. "C'est un accord qui vise une complémentarité entre deux entreprises qui opèrent dans le créneau de l'édition -électronique et sur papier- aux niveaux local et régional", affirme M. Khalid Elfellah, président de AIM, avec son accent d'Américain converti, et un ton à la fois aimable et ferme.
Il faut d'abord rappeler un principe: plus un marché est petit et original, plus la promotion de l'activité est vitale. Le "marketing push" ou l'offre pousse la demande. Les deux entreprises ont en effet bien compris la leçon. Mieux, "c'est un véritable effet de synergie qu'on va opérer à travers notre accord", a déclaré Khalid: Permettre au Guide de Meknès de se faire connaître via Internet et à AIM de se faire connaître au niveau local à travers le Guide de Meknès. Small is beautiful. On l'aura compris. Les PME ne sont pas ces petites structures condamnées à rester petites, sinon à disparaître. Ces entreprises sont désormais au centre de toute politique de développement aussi bien nationale que régionale. Leur capacité de coller sur des niches inaccessibles pour les grandes entreprises, à innover également et à créer de l'emploi les a reléguées au premier plan d'analyse. Et l'on assiste même à des logiques d'alliances sous-tendues par des stratégies clairement formulées.

C'est ainsi que l'accord conclu avec la société AIM se traduit concrètement par des opérations de prospection pour des insertions publicitaires sur Internet. Le Guide de Meknès se chargera via son équipe commerciale de ce volet de la prospection, alors qu'AIM s'occupera d'héberger la publicité dans son site. Le profit de la publicité se partagera entre les deux entreprises. Mais encore faut-il que la publicité sur le journal atteigne sa vitesse de croisière. Ce qui n'est somme toute pas facile. La mentalité reste un facteur important de blocage au point que la vox populi affirme que "quand les "vacanciers" débarqueront, ils apporteront Internet avec eux, et à un prix beaucoup moins cher".


Le guide va essaimer


"C'est le plus beau jour de notre vie", se sont écriés Hamid, Anouar et Kaoutar, les trois jeunes créateurs du Guide de Meknès, lors de la parution du numéro 0 à la fin du mois d'août 1997. Car il a fallu attendre huit mois de préparation pour qu'une mouture soit mise au point.
"Hebdomadaire de la société moderne", tel est le slogan du Guide de Meknès. Les architectes de cette modernité passent à l'acte: une version électronique du Guide de Meknès sur Internet. Selon M. Elfellah, président de la société AIM, avec laquelle Computer Team a conclu un accord: "Il s'agit d'une alliance stratégique qui nous permettra à terme d'explorer tous les moyens de coopération".
Computer Team affiche à ce titre de grandes ambitions: D'abord, une mise à jour en temps réel des informations contenues dans l'hebdomadaire pour mieux accompagner les investisseurs potentiels dans leurs prospections. Ensuite, et à l'instar du Guide de Meknès, il est prévu de lancer plusieurs autres hebdomadaires dans d'autres régions: Le Guide de Fès, le Guide de Rabat, le Guide de Casablanca... et enfin le Guide du Maroc qui regroupera ainsi les différents guides régionaux. "Les publications régionales sont devenues incontournables. Et les habitants de la cité s'intéressent de prime abord à ce qui s'est passé au coin de leur habitation qu'à la capitale du Royaume", assure Hamid.

Hassan BOUCHACHIA

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc