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Economie

Un camion d'ordures en filature

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager



Notre "flair" nous guidera au quartier La Villette, Rue Ibn Hazm. Manifestement, le camion à ordures n'était pas encore passé. Une montagne de déchets faisant face au douar Si Ahmed, un bidonville, nous attendait. Habitat insalubre rime souvent avec décharges sauvages.

Après quelques "pérégrinations" dans les ruelles du quartier, nous retrouverons le "vrai" camion à jus d'ordures devant la Kissaria du Hay Mohammadi. Il était 9 heures 15. Notre camion était un simple véhicule couvert d'une bâche. De plus, il était dans un état pour le moins délabré. Un bulldozer chargeait la benne. La scène attire la curiosité de quelques badauds. A quelques encablures de là, les eaux de dégoûts débordaient devant l'école Imam Al Boukhari (s'il voyait ça), heureusement fermée en cette période de vacances. Pis encore, un dispensaire (hors service ce samedi) n'est pas très loin. Une fois bondé aux alentours de 10 heures 30, le camion démarre. Nous aussi, mais sans masque à gaz. Aussitôt des flots de jus d'ordures rafraîchissent la chaussée. Très faible au départ, le débit va s'intensifier sur le Boulevard de la Grande Ceinture. Et les odeurs avec. Au feu rouge, c'est la catastrophe. Des automobilistes se pincent le nez. D'autres conducteurs éclatent de rire à la vue du jus déversé par le camion. Les inconscients!

Difficile de passer inaperçu, d'autant plus qu'une partie de la "marchandise" reste sur la chaussée. Au Quartier Bournazel, des policiers postés à un barrage, probablement gênés par le parfum de la cargaison du véhicule, le laisseront passer en priorité. Voilà un tuyau pour qui voudrait traverser un barrage de police sans inquiétude.

Après une accalmie, la cascade de jus reprend à hauteur du Club Omnisports de Ben M'sick. Voilà pour ressourcer les sportifs à l'entraînement.

Un décor d'apocalypse


A la sortie de la route de Médiouna, un défilé de camions à ordures indique que la décharge n'était pas très loin. Reste à identifier laquelle. Au bout d'une dizaine de minutes, le camion arrive au terme de son périple: la décharge de Lissasfa. On ne la connaissait que de nom. Mais la réalité dépasse l'imagination. Cette décharge ne répond à aucun impératif d'hygiène ou de protection d'environnement. La poignée d'employés travaillant sur le site ne sont munis d'aucune tenue spéciale.

Un vrai décor d'apocalypse. A l'infini, des montagnes d'ordures évoque un spectacle lunaire. Il y a quelques années déjà (1989), la décharge avait été à l'origine de la pollution de puits d'eaux situés en aval. Quelques mois après la mise en service de la décharge, des puits d'eau situés en aval de la décharge ont commencé à produire une eau nauséabonde de couleur jaunâtre. Des analyses effectuées par l'Administration de l'hydraulique confirmèrent l'existence d'une pollution d'origine chimique et bactériologique au niveau de la nappe phréatique se situant au-dessous de la décharge. Et les risques que la décharge soit à l'origine d'une catastrophe écologique sont bien réels. L'océan d'immondices sert entre autres de nourriture au bétail. Une partie de ces déchets humides est revendue aux agriculteurs, révèle un "shemkar" rencontré sur le lieu. Sous la houlette du berger, elles s'en donnaient à coeur joie, les bêtes, en ce samedi 12 août. Leurs toisons, sales, s'étaient confondues au paysage. Reste à savoir quel goût aura la viande. Les bêtes s'engraissent très vite en ces lieux, nous expliquera le berger. En effet le "fourrage" est abondant, y compris en période de sécheresse. De plus, le menu est diversifié. Le cocktail de détritus a de quoi rendre dingue plus d'une vache.

Des gens vivent aussi du tri des déchets moyennant le versement de 20DH par semaine à "un responsable", nous déclarent des ramasseurs. Ces derniers n'ont droit qu'aux ordures humides. Le reste des déchets leur est interdit.

Mohamed BENABID
&Abashi SHAMAMBA

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