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    Culture

    ...Tu veux que je te fasse un dessin!

    Par L'Economiste | Edition N°:1111 Le 28/09/2001 | Partager

    . Dessins, graffitis, acronymes et slogans, souvent porteurs de messages, viennent pallier et contrecarrer les non-dits qui caractérisent notre sociétéTu veux que je te fasse un dessin! C'est exactement ce genre d'expression qu'on entend à chaque fois qu'il s'avère difficile de déchiffrer un message a priori complexe. Ainsi, dessins, tags, graffitis, illustrations... viennent souvent corroborer un message confus ou incomplet, voire lui donner forme ou signification.Ce phénomène est devenu un moyen d'expression à part entière. Pour preuve, il est omniprésent dans les grandes artères et les rues des quartiers surtout périphériques de nos villes.Pour Abderrahim Faridi, lauréat de l'Ecole des Beaux-Arts de Casablanca et diplômé en Arts Appliqués: “C'est une bonne initiative dans la mesure où on essaie de sortir l'art dans la rue. C'est le moyen de dépasser les murs des ateliers et écoles de beaux-arts, de manière à rendre l'art plus accessible et pas seulement l'apanage d'une élite”.D'aucuns taxent ces inscriptions de confuses et sans forme précise, de gribouillages; d'autres y voient une nouvelle forme d'art naïf qui est en train d'émerger, tendant vers l'abstraction et émanant d'un imaginaire qui déborde de créativité.Décidément, nos rues sont devenues des ateliers et laboratoires d'expériences diverses, dans la mesure où elles servent d'espace de défoulement, de liberté, voire parfois de révolte. En témoignent les différents messages que l'on voit inscrits de manière diffuse dans des espaces intersticiels tels que les bancs de jardin, les tables de classe, les troncs d'arbre, les toillettes de café, les sièges de bus, les couloirs et compartiments de train... Bref, beaucoup de messages çà et là qui révèlent que nous vivons dans une société où il y a beaucoup de non-dits. D'ailleurs, cela pourrait en intéresser plus d'un et correspondre à des sujets d'études et de recherches de sociologues, psychologues, universitaires, élus locaux, médias... Un énorme travail à faire. Pour Abdelbaqui Belfquih, professeur universitaire et chef de Département Animation Culturelle à l'Université Hassan II: “L'espace de la ville correspond à la peau d'un visage. Pour moi, ces figures peintes partout dans la ville correspondent à des cicatrices sur ce visage”. Et d'ajouter: “A force de peindre et dessiner sur les murs de la ville, cette dernière donne à voir plusieurs facettes amorphes... ” On dirait le cahier de brouillon d'un cancre ou le visage d'un clown amateur peint à outrance, voire celui d'une fille de moeurs légères portant des plaques de fond de teint, tellement cela est fait de mauvais goût. Doù des villes sales, sans aucune harmonie, sans goût, des couleurs criardes. “On dirait que tout ce qui est kitch est en vogue chez vous”, nous confie une touriste française spécialisée dans le graphisme, de passage à Casablanca.Mise à part la qualité esthétique de ces figures et formes d'expression qui laisse à désirer, celles-ci ont tendance à changer d'un quartier à un autre.Dans certains quartiers populaires de Casablanca par exemple, nous trouvons une pléthore de messages et slogans qui changent à chaque fois de registre. Les dessins de nu et messages virulents et crus, qui manquent souvent à la bienséance, sont légion. Pour certains, c'est le moyen par exellence de manifester leur ras-le-bol, pour marquer un espace qui est le leur, marquer leur passage et dire: “Nous sommes là... nous existons aussi”.. Kaléidoscope“C'est une notion de territorialité tout à fait légitime qui témoigne que ces jeunes ont aussi leur mot à dire. Et qu'il faudrait juste les prendre en charge par des structures ou ONG spécialisées, de manière à les orienter par des notions élémentaires de l'esthétique et canaliser leur verve et leur créativité”, assure un jeune issu d'un quartier où il y a beaucoup d'écrits sur les murs.Certains jeunes optent pour ce moyen parmi d'autres (le vestimentaire aussi) pour déranger: c'est une forme de défi, de révolte et parfois même de revanche vis-àvis d'un quartier, un environnement, voire un entourage qui fait semblant d'ignorer leurs préoccupations, et qu'ils renient ou du moins se résignent à accepter. Chez ces jeunes-là, l'aspect esthétique est souvent relégué au second plan. Sans prétendre aborder les tenants et aboutissants de ce phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur, le mieux serait à notre sens de canaliser ces efforts épars, fédérer des concepts en harmonie avec l'âme de chaque ville, de manière à la rendre plaisante et réjouissante.D'après Faridi: “Il faudrait élaborer des concepts clairs dans une thématique en conformité avec nos attentes et réalités socioculturelles”. Ici à juste titre, préfectures, communes et collectivités locales devraient être dotées de structures qui recrutent des créatifs, designers, urbanistes... de manière à encadrer ces jeunes désoeuvrés et prolixes et parler le même langage. Autrement dit, bifurquer vers une nouvelle culture visuelle et traduire une esthétique et un imaginaire artistiques harmonieux dans une sorte de kaléidoscope de sensations et impressions à même d'interpeller plus d'un.Amin Rboub

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