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    Trois groupes hôteliers dans le collimateur du CIH

    Par L'Economiste | Edition N°:309 Le 18/12/1997 | Partager

    Le CIH durcit le ton envers les mauvais payeurs dans l'hôtellerie. La banque a engagé la procédure de «mise en possession» à l'encontre de trois groupes: Salam Hôtels, Dounia-Hôtels et le Palmeraie Golf Palace. La décision du tribunal est attendue le 22 décembre.


    L'étau se resserre autour du trio des grands comptes du CIH qui sont aussi les trois grosses entreprises de l'hôtellerie nationale: Dounia-Hôtels, Salam Hôtels et Le Palmeraie Golf Palace. Pour ce dernier, des négociations sont en cours, et l'hypothèse d'une solution à l'amiable avec la banque est plus que plausible.
    Après des mises en demeure, le CIH vient de saisir la justice pour obtenir la mise en possession de ces unités hôtelières (les murs et le fonds de commerce).
    Sentant venir la menace, la Fédération Nationale de l'Industrie Hôtelière (FNIH) avait adressé un mémorandum au Premier ministre où elle demandait un effort supplémentaire à l'Etat. Il n'est pas sûr qu'elle obtienne un deuxième rééchelonnement ou la création d'un fonds de restructuration hôtelière, voire un abandon de créances comme le réclament certains dans la profession.
    Pour mémoire, il faut rappeler que ce n'est pas la première fois que le CIH recourt à la procédure de mise en possession. La seule nouveauté est que cette procédure concerne cette fois-ci de gros poissons. Par le passé, il y a eu le club Sangho et l'hôtel Sémiramis à Marrakech qui depuis ont connu un redressement spectaculaire. Ces deux unités remboursent à nouveau régulièrement leurs dettes (10 millions de DH pour le club Sangho cette année).

    Ce qui conforte le CIH dans l'idée que la source du problème tient d'abord au manage-ment de ces entreprises. Le CIH entend donc accroître la pression sur ces grands débiteurs pour les amener à passer à la caisse. La détermination de la banque à récupérer sa créance est indiscu-table, au besoin, en recourant aux moyens les plus efficaces prévus par la loi. Son président, Moulay Zine Zahidi, affirme avoir fait preuve de maximum de flexibilité et de souplesse dans ce dossier. «Lorsque toutes les solutions sont épuisées, la seule alternative consiste à faire jouer ses garanties», poursuit-il. «C'est tout de même l'argent du contribuable qui est en cause», dit-il.
    A eux seuls, Dounia PLM, Salam Hôtels et Le Palmeraie Golf Palace représentent près de 1,8 milliard de DH sur un total de 5,8 milliards de créances que détient le CIH dans l'hôtellerie. Ces engagements sont étalés sur une période de quinze ans, soit une échéance de 700 à 800 millions de DH/an.

    Un compromis encore possible


    L'an dernier, le CIH avait commencé à récolter les premiers fruits du plan de rééchelonnement du printemps 1995. La créance se stabilisait, voire régressait. Globalement, les protocoles d'accord étaient respectés, permettant ainsi à la banque de récupérer plus d'un milliard de DH. Selon M. Zahidi, le recul de la créance hôtelière se poursuivra en 1997. Deux tiers des créances en souffrance sont redevenues normales grâce au plan de restructuration, «qui s'est avéré au final une excellente opération».
    De toute évidence, ce sont les petites et moyennes unités qui tiennent leurs engagements. Alors que les gros débiteurs (du moins une partie d'entre eux) sont revenus à la case départ dix-huit mois après la signature du protocole. L'alibi de la guerre du Golfe ne tient plus. Sinon comment expliquer cette différence de situations alors que la reprise de l'activité est palpable, s'interroge-t-on au CIH. Le président y voit «une volonté délibérée de ne pas rembourser» et souligne au passage que c'est le même noyau d'opérateurs qui pose problème.

    Ce durcissement de ton de la banque ne signifie pas qu'elle ferme toutes les issues pour un ultime compromis. Au contraire, son président-directeur général indique que «la procédure peut être suspendue à tout moment dès lors qu'une solution acceptable est envisagée».
    «Des candidats à la reprise de ces hôtels, il n'en manque pas», prévient M. Zahidi, qui confirme les contacts de sa banque avec «plusieurs opérateurs nationaux et étrangers». Selon le PDG du CIH, «les propositions affluent via les représentations diplomatiques étrangères».
    Si la mise en possession est prononcée par le juge le 22 décembre, il reviendra au CIH d'apprécier l'opportunité de recourir à l'une des deux formules qu'il jugera rentable, à savoir le contrat de gestion ou la cession. Pour la banque, peu importe la formule retenue. «Ce qui est sûr, c'est qu'elle sera meilleure que la gestion actuelle».
    Cette procédure porte sur les murs et le fonds de commerce des hôtels. Deux options peuvent être distinguées: Premier cas de figure: la banque garde le contrôle de l'hôtel jusqu'à récupération intégrale de sa créance et restitue alors l'établissement à son propriétaire. Deuxième hypothèse, elle opte pour la cession. Dans ce cas, tous les autres créanciers devront être désintéressés. Si le prix de cession est supérieur à la créance, le propriétaire encaisse la soulte.


    Alami en première ligne


    Plus médiatisé et sans doute plus endetté que ses pairs propriétaires de groupes hôteliers débiteurs du CIH, M. Abdelhadi Alami de Dounia-Hôtels, également président d'honneur de la Fédération Hôtelière, apparaît en première ligne dans le lobbying auprès des pouvoirs publics.
    Dans une récente «lettre ouverte au ministre du Tourisme» dans un numéro de notre confrère «Libération», il dénonce la défaillance de l'Etat dans son contrat avec les professionnels du tourisme et conteste l'accusation de manque de professionnalisme des hôteliers nationaux. Il s'insurge contre l'Etat qui accepte de concéder des avantages aux groupes étrangers alors qu'il refuse les mêmes facilités aux opérateurs nationaux.
    Après avoir engagé des négociations avec le groupe Accor, il avait spectaculairement rompu en raison des «désaccords profonds entre les deux parties». Pourtant, Accor lui offrait une sortie honorable, regrette un opérateur.

    Les vertus de l'article 59


    Pour recouvrer ses créances, le CIH brandit l'habituel article 59 du décret de 17 décembre 1968. Il lui permet après une mise en demeure de 15 jours de prendre possession de l'immeuble.
    C'est le principe d'égalité devant la loi que MM. Abdelhadi Alami, président de Dounia Hôtels, Berrada, président de Palmeraie Golf Palace, et Belghimi, président de Salam Hôtels, découvrent. M. Alami ouvre «le bal».
    Cette fois-ci le Crédit Immobilier et Hôtelier est décidé, bien que quelque peu poussé par les pouvoirs publics. Par le biais de son avocat Me Amin Cherif, il a mis en demeure le 10 décembre M. Alami de la prise de possession dans les 15 jours du Dounia Hôtel par l'établissement financier. Cette décision est prise en vertu de l'article 59 du décret royal du 17 décembre 1968. Un texte que le CIH connaît bien, puisqu'il le brandit à chaque fois qu'un débiteur est défaillant. La procédure est enclenchée d'une manière quasiautomatique. Celle-ci s'effectue sur simple requête du président du tribunal, celui de Marrakech pour ce cas. Ce dernier a d'ailleurs l'habitude de ce type de dossiers. Il s'est déjà prononcé sur des situations identiques en ordonnant la mise en possession.
    Pour Me Cherif, le texte est clair. Si d'ici le 25 décembre M. Alami n'a pas remboursé ses dettes, il se trouvera dépossédé de son immeuble, et ce jusqu'à rembour-sement des montants dus.

    «La dépossession n'est pas la spoliation», explique Me Cherif. M. Alami reste propriétaire du Dounia Hôtel, sauf levée de l'hypothèque. Grâce à cette procédure, le CIH a la garantie de percevoir des revenus. Soit qu'il reprend la gestion du complexe immobilier, soit qu'il en confie la gestion à un professionnel.
    D'ici la quinzaine, des négociations peuvent intervenir. Néanmoins, seul un paiement conséquent peut suspendre la procédure. M. Alami doit également présenter à l'appui un plan de restructuration.
    La dette de son groupe à l'égard du CIH s'élève à 750 millions de DH.
    En fait, la procédure engagée contre les hôteliers prouve la volonté des pouvoirs publics de liquider les arriérés du secteur hôtelier.
    De plus, elle ouvre la voie à d'autres opérations aussi musclées à l'encontre d'autres mauvais payeurs.

    Fatima MOSSADEQ


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