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Economie

Très faible implication dans la vie politique

Par L'Economiste | Edition N°:720 Le 08/03/2000 | Partager

· C'est l'un des indicateurs les plus significatifs pour juger du poids de la femme dans la société

· Près de 70% des pauvres sont des femmes



C'est la Journée mondiale de la femme. D'après une étude de l'UIP (Union Interparlementaire) portant sur 118 parlements, les femmes ne représentent que 13% des sièges. Ceci signifie que la femme reste peu impliquée dans la vie politique. Ce débat d'actualité ne cesse d'attirer l'attention sur le rôle de la femme dans la vie politique. En effet, ce domaine reste l'un des indicateurs les plus significatifs pour juger du poids de la femme dans un pays.
La Scandinavie bat tous les records. En Suède par exemple, la femme occupe 42,7% des sièges parlementaires... presque à égalité avec les hommes. En bas de la liste, figurent les pays du Golfe comme l'Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats Arabes Unis ou des micro-Etats du Pacifique (Nauru, Tuvalu). Ces derniers ne comptent aucune femme dans leurs parlements.
Les parlementaires femmes de l'Europe de l'Ouest et de l'Est ne sont que 12,5%, pas loin des Américaines (13,3%). Dans les pays développés, la France fait mauvaise figure avec à peine plus de 10% de femmes parlementaires.
Côté économique, les pays de l'Union Européenne n'emploient pas assez de femmes. Cette situation pénalise économiquement le vieux continent face aux Etats-Unis. Cela montre la discrimination continue de la gent féminine sur le marché du travail européen. Ce continent emploie uniquement 50% des femmes en âge de travailler, contre 68% aux Etats-Unis.

Si la femme peut aujourd'hui piloter un avion dans certains pays, il n'en est pas de même pour d'autres. Loin de là, celle-ci ne peut même pas conduire une voiture dans les pays du Golfe. Elle n'est pas habilitée à passer un permis de conduire ni à exercer le métier de chauffeur.
Su le plan social, la femme est la plus touchée et près de 70% des pauvres dans le monde sont de sexe féminin. D'ailleurs, une marche des femmes contre la pauvreté et la violence est lancée aujourd'hui même à Montréal. Elle a pour objectif une sensibilisation accrue contre les malheurs des femmes. Au Maroc aussi, les femmes se joignent au mouvement et organisent une marche à Rabat.
Le Royaume, avec deux élues et deux femmes secrétaires d'Etat, connaît une situation meilleure que le Koweït où ces dernières n'ont toujours pas le droit de voter. Elles continuent d'être victimes de législations défavorables comme en Jordanie où les «crimes d'honneur» ne sont pas sévèrement punis. Une jeune femme mariée de 22 ans a été tuée il y a quelques jours par son frère, qui la soupçonnait de relations sexuelles extra-conjugales. Il s'agit du quatrième crime du genre enregistré depuis début janvier. En février, une fille de 14 ans a été tuée à Amman par son frère, pour l'avoir entendu parler au téléphone avec un jeune homme. Selon des données officielles, 25 femmes sont tuées chaque année en Jordanie pour des questions d'honneur, un chiffre considéré des plus élevés dans le monde par rapport au nombre d'habitants (4,8 millions).

Wissal SEGRAOUI


Mesdames, qu'avez-vous contre les phallocrates?


· Enceinte, Karima est à la fois heureuse et déçue d'avoir une fille

· Les femmes ne sont pas marginalisées, elles se sont automarginalisées


«L'échographie est claire, vous avez une fille». D'abord, surprise par l'assurance du médecin, Karima, enceinte de cinq mois, est heureuse de l'arrivée de son premier bébé, mais elle est crispée. Franchement, elle aurait préféré un garçon. Pas pour elle, ni pour son mari très «compréhensif», mais plutôt pour éviter les désagréables remarques de sa belle-famille. Elle voit déjà sa belle-mère froncer les sourcils et lancer son incontournable «ton mari préfère les garçons». Elle ne le sait que trop bien. Déjà dans le ventre de leur mère, les ennuis commencent pour les filles. Les remarques désobligeantes fusent de partout et ça commence dès l'infirmière qui lance un «désolée pour vous» qui se veut consolant.
Les parents les plus compréhensifs du monde n'y pourront rien changer, l'environnement au Maroc n'est vraiment pas fait pour les femmes.

Dixit la belle-mère


L'espace d'un bref instant, Karima envisage même un avortement pour éviter à sa fille ce qu'elle a déjà elle-même vécu. «Comme ça, les ennuis de ma fille se termineront bien assez tôt». Une idée stupide, elle le sait bien, mais les exemples de la vie quotidienne l'ont déjà affranchi. Les filles, et les femmes ensuite se font toujours «avoir». Et ça commence très tôt. Pas de vélo, pas de sorties, pas de copines... La vie des filles est plutôt dure.
Même si on l'entoure d'un cocon protecteur à la maison, il faudra toujours qu'elle sorte pour affronter le monde extérieur, ne serait-ce que pour aller à l'école. Comment lui éviter d'être draguée, harcelée et même parfois battue par les garçons du quartier. De retour à la maison, il faudra qu'elle se mette aux fourneaux pour apprendre la cuisine. C'est, dixit sa belle mère, indispensable pour pouvoir trouver un mari par la suite. L'exemple de sa belle-soeur est très probant. De retour de l'école, sa fille va faire le ménage pendant que son frère se met à la playstation sous la haute bénédiction parentale.
Alors que les parents sont plutôt ravis que leur fils ait une petite copine, c'est pour eux une catastrophe quand ils apprennent que leur fille sort avec un garçon. Pourtant, ce sont là les deux faces d'une même pièce.
La suite est aussi inégale. Lorsque les parents doivent payer des études supérieures, ce sera toujours le garçon qui est prioritaire, jamais la fille. «Ce n'est pas nécessaire, explique la belle-mère, la fille pourra toujours se marier». Et ça continue. Le garçon pourra toujours choisir sa femme, rarement la fille. «Quoi, la fille choisir? quelle idée! Moi, mon mari a demandé ma main sans que je l'aie vu une seule fois. Je ne m'en porte pas plus mal», poursuit la belle-mère. Au boulot ensuite, la phallocratie est toujours de mise. Dans la société d'assurances où travaille Karima, elle ne le vit que trop. A compétences égales, les hommes sont toujours favorisés. C'est que la femme est une victime, non seulement de la société, mais surtout d'elle-même.
Non, franchement, ce monde n'est pas fait pour les femmes. Ou alors, il faudra qu'il change beaucoup et rapidement. En sortant du cabinet médical, le regard de Karima est accroché par une banderole «8 mars, Journée mondiale de la femme». Les 365 autres jours de l'année 2000 sont ceux des hommes.

Ghassan KHABER

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