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    Transport aérien : L'affaire Air Liberté tourne à l'imbroglio

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    A J-5 de l'ouverture de la ligne Paris-Casa-Paris, Air Liberté ne sait toujours pas si ses avions décolleront d'Orly pour Casablanca. Alors que la compagnie parisienne venait de confirmer sa venue, le Ministère des Transports réplique par un communiqué contradictoire. Difficile de s'y retrouver.


    Lotfi Belhassine, le médiatique PDG d'Air Liberté, est décidément un as de la guerre psychologique. A moins d'une semaine de l'échéance annoncée pour l'ouverture de la ligne Paris-Casa-Paris par sa compagnie (20 février), et malgré qu'il n'ait obtenu à ce jour aucune autorisation du Ministère des Transports, il confirme bien l'arrivée d'Air Liberté à Casablanca. "La date d'ouverture de la ligne Paris-Casa-Paris par Air Liberté est toujours maintenue pour le 20 février, la compagnie n'ayant reçu aucune objection de la part des autorités aéronautiques civiles sur son programme déposé le 24 novembre 1995 et renouvelé le 3 janvier 1996", stipule le communiqué. L'objection est pourtant venue du ministre des Transports dans un communiqué où il est précisé "qu'aucune autorisation n'a été donnée jusqu'à présent à Air Liberté pour l'exécution de son programme déposé auprès des autorités".

    Des négociations sont en cours


    Depuis son bureau parisien, le PDG d'Air Liberté se dit surpris devant une situation qu'il qualifie d'inédite. Il nous confie: "si l'Administration voulait nous refuser notre droit légitime, elle aurait pu le faire avant. Nous n'avons pas à trouver une légitimité particulière, nous nous inscrivons tout simplement dans le cadre de l'accord bilatéral", précise-t-il. Les négociations sont en cours entre les administrations des deux pays pour régler ce problème, assure M. Belhassine. "Si demain l'on nous refusait le droit de venir à Casablanca, nous plaiderons notre dossier devant l'opinion publique marocaine".
    C'est à la suite d'une correspondance adressée par l'administration de l'aéronautique civile marocaine à son homologue française qu'Air Liberté a confirmé l'ouverture de ses dessertes vers la métropole marocaine. Bien plus, et malgré le démenti du Ministère, M. Belhassine confirme l'existence d'un accord avec la RAM concernant les horaires de passage et l'assistance à l'aéroport Mohammed V.
    Entre le communiqué d'Air Liberté et le démenti ministériel, personne ne sait vraiment où se situe la vraie version.

    En attendant, la tactique du patron de la compagnie à la devise "être pas cher mais pas cheap" a eu pour effet d'irriter M. Essaïd Ameskane, le ministre des Transports. Ce dernier avoue ne pas comprendre la démarche de M. Belhassine et en a d'ailleurs fait part à l'ambassadeur de France à Rabat. Qu'Air Liberté ait annoncé une date, nous déclare M. Ameskane, c'est son problème. "Tout ce que je sais, c'est que c'est l'autorité marocaine qui autorise une compagnie aérienne à desservir une ville du pays. Le Maroc n'est pas une colonie française". Le communiqué de la compagnie parisienne "relève donc du pur mensonge", selon le ministre.
    Le moins que l'on puisse dire est que le dossier Air Liberté étale au grand jour ce qui était devenu un secret de polichinelle: les divergences entre le ministre du Tourisme et son homologue des Transports. Poussé par les professionnels, le premier joue à fond la carte de la compagnie dirigée par Belhassine. Quant à M. Ameskane, qui se défend de faire obstruction à Air Liberté, il s'étonne de l'attitude de son ami et collègue du Tourisme. "Mon ami doit comprendre que c'est un jeu dangereux. Je ne veux pas être à l'origine de difficultés de la compagnie nationale, qui, de surcroît, doit composer avec des contraintes de service public".

    La RAM se dit prête à la concurrence


    Du côté des opérateurs touristiques, Air Liberté est attendue comme un messie. Ces derniers, qui montrent régulièrement du doigt la compagnie nationale pour ses tarifs (quoiqu'ils n'aient jamais apporté la preuve de leurs accusations, précise-t-on à la RAM), ont été séduits par l'image du "pas cher" qui colle à Air Liberté. Fidèle à sa tradition, la compagnie parisienne a proposé des tarifs promotionnels de choc pour son entrée dans le ciel marocain. Paris-Casa en aller-retour serait vendu aux alentours de 2.500 DH.
    A la RAM, l'état-major s'est préparé à toute éventualité, y compris à la guerre des prix que déclencherait Air Liberté. La compagnie affirme avoir dans ses soutes des plans de riposte et ne craint pas la concurrence, affirme M. Hassan Hihi, le directeur commercial. A la limite, l'agitation des opérateurs touristiques réclamant une libéralisation aérienne n'inquiète pas ici. "Il faut lever l'ambiguïté dans les esprits", explique M. Hihi. La libéralisation concerne uniquement le charter et non les vols réguliers. Sur l'activité charter, c'est le marché qui détermine la part de chaque compagnie. La libéralisation y est totale depuis 20 ans, chaque transporteur étant libre d'appliquer les tarifs qu'il veut, précise-t-il. Alors qu'Air Liberté veut intégrer un segment totalement réglementé où les capacités de chacun sont fixées par un accord, et les prix soumis à l'homologation.
    Sur les 500.000 passagers qui empruntent le charter vers le Maroc, la RAM en transporte 40%. Sur ce créneau où opère, entre autres, Air Liberté, la RAM est bien compétitive, indique-t-on à la direction commerciale. Moralité: "si nous sommes capables de nous battre ici, c'est que nous le serons également sur l'activité régulière".
    Compte tenu de la structure de son chiffre d'affaires (60% des passagers représentent 35% du chiffre d'affaires), la RAM tendra à terme vers une spécialisation de son activité. Il est envisagé la création de deux structures autonomes, l'une spécialisée dans le charter et l'autre dans la clientèle plutôt haut de gamme.

    Abashi SHAMAMBA


    Au nom de l'accord aérien


    Les analyses du Ministère des Transports et de la Royal Air Maroc convergent sur un point. Si Air Liberté doit venir à Casablanca, elle devra le faire dans le strict respect du cadre prévu par l'accord aérien franco-marocain. La différence des lectures faites par les deux parties sur les clauses de cette convention semble être le point d'achoppement. Selon M. Belhassine, "l'accord bilatéral prévoit sans ambiguïté le droit de chacun des deux pays à disposer de 50% des capacités aériennes globales entre eux.." La part du pavillon marocain est à ce jour de 64 % et, par conséquent, dit-il, l'arrivée d'Air Liberté n'annulerait pas cet avantage.

    Ce à quoi les responsables marocains et la RAM opposent les dispositions des articles 14 et 15 qui stipulent: "...La capacité totale mise en oeuvre sur chacune des routes sera adaptée aux besoins qu'il est raisonnable de prévoir". A la direction commerciale de la RAM l'on précise que l'équilibre des capacités (nombre de sièges) s'apprécie individuellement sur chaque ligne. Or, la parité des capacités est atteinte sur le tronçon convoité par Air Liberté. Deux cas de figure sont alors envisageables:
    - Soit qu'Air France se désiste au profit d'Air Liberté en lui cédant une partie de ses fréquences. Hypothèse peu probable quand on sait combien la compagnie nationale française porte Air Liberté dans son coeur. A la délégation casablancaise d'Air France, il est précisé qu'il n'est pas question de renoncer à une seule rotation;
    - Soit que l'Aéronautique civile française consente à la RAM le même nombre de dessertes (quatre) sur Paris que celui que demande Air Liberté sur Casablanca. Ce qui entraînerait une surcapacité et relancera probablement les hostilités tarifaires. Rappelons que l'axe Casa-Paris est la ligne-mamelle de la RAM et, sans doute, la seule qui soit bénéficiaire au plan international.

    Abashi SHAMAMBA


    RAM: Les techniciens mettent la pression


    Un conflit social serait-il en train de couver à la RAM? Les techniciens de la compagnie n'ont pas du tout apprécié que la direction fasse appel à une équipe de techniciens de la Sabena pour des travaux de chaudronnerie sur un appareil qui était en révision. Leur association a réagi en publiant un virulent communiqué dans lequel elle déplorait ce qu'elle considère comme une attitude irresponsable alors que la société est engagée dans un processus de compression de coûts.
    Selon son vice-président, l'intervention faite par les techniciens belges relève d'une tâche des plus banales que ses collègues effectuent régulièrement. "Nous avions proposé de faire ce travail à condition que l'on réintègre nos camarades (l'affectation et la titularisation de 13 stagiaires au département technique), dit-il. "C'est l'insuffisance de l'effectif qui a conduit les responsables à recourir aux techniciens étrangers".
    A la direction, le ton est plus conciliant. En fait, expliquent MM. Mohamed Benchekroun, directeur des Ressources Humaines, et Rafik Hamayed Elmili, responsable du département de l'engineering et de la maintenance, les travaux effectués par l'équipe de techniciens belges constituent un chantier délicat et lourd. "Nous ne remettons pas en cause leur compétence, de même que la compagnie aurait souhaité faire elle-même ces travaux pour des raisons évidentes d'économie".

    La RAM n'est pas du reste la seule compagnie à recourir à l'expertise de cette équipe-commando pour ce type de travaux, est-il précisé. Même Air France les appelle pour ce travail. C'est un chantier délicat qui demande beaucoup de savoir-faire, d'expérience et de technicité, observe-t-on.
    En réalité, derrière cet alibi, précise M. Benchekroun, se cache une revendication inacceptable pour la compagnie. Les techniciens ont proposé une révision de leur grille de rémunération alors que tout le personnel s'était moralement engagé au gel des salaires pendant deux ans. A ce titre, confie le DRH, ils ne s'inscrivent pas dans la logique de la compagnie.
    Faux, rétorque l'Association qui se défend d'avoir demandé une quelconque augmentation. "Nous avions seulement soumis un projet de grille des salaires qui serait applicable lorsque la compagnie retrouvera sa stabilité financière", indique son vice-président.
    "Vous parlez comme le président", dit-il en réponse à une observation sur le caractère non urgent de leur projet.

    Abashi SHAMAMBA

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