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    Economie

    Tomates: Mauvais mois de février sur l'Europe

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Vive irritation chez les exportateurs, déception chez les pouvoirs publics: les accidents de ce mois de février sur les ventes de tomates en Europe ont cassé le peu de confiance que l'accord de janvier dernier avait pu susciter.

    Les exportateurs avaient accueilli avec circonspection l'accord du 12 janvier 1995(1), estimant qu'il n'était pas très différent de l'arrangement proposé par Bruxelles le 22 novembre 1994. C'est cet arrangement qui avait abouti à la crise de fin décembre.

    Le déroulement des livraisons pour le mois de février donne raison aux pessimistes. Ces derniers redoutaient des mécanismes qui élimineraient l'offre marocaine(2).

    Pour février, les exportateurs s'attendaient à ce que leurs offres passent sans trop de difficultés: le quota est de 28.000 tonnes avec un prix d'entrée à 560 Ecus/tonnes (soit 6.198 à 6.120DH/tonne pour un Ecu à 11,0688DH). Les exportateurs marocains calculaient en effet que le Ramadan retiendrait sur le marché intérieur une partie de la production sous serre tandis que l'offre espagnole resterait raisonnable.

    Taxe "Plein pot"

    Ce n'est pas ce qui s'est passé. A partir de la première semaine de février, l'offre espagnole a fortement grimpé. Ceci a eu pour effet de faire baisser les prix en Europe, avec pour conséquence la descente des pris marocains au-dessous des 560 Ecus/tonne. Entre le 1er et le 22 février, où il y a eu quinze cotations, les prix observés sont tombés douze fois au-dessous du prix d'entrée, dont deux fois justifiant la pénalité maximale de l'équivalent tarifaire, ce que les professionnels appellent maintenant le " plein pot".

    Ces deux fois, l'équivalent tarifaire s'appliquait donc, mais aucune société marocaine n'a eu à le payer réellement, puisqu'elles ont alors choisi de ne pas dédouaner ces jours là (le 15 et le 17 février). Pour les autres cotations négatives, c'est-à-dire lorsque le prix observé est compris entre 500 (soit 92% du prix d'entrée) et 560 Ecus/tonne, ce sont des droits additionnels qui entrent en jeu. Il y a trois paliers de droit additionnels en fonction du différentiel avec le prix d'entrée. Quelques sociétés marocaines ont accepté de payer pour pouvoir dédouaner leurs palettes. Ces droits ont été de 1,12 Ecu/tonne (appliqué une fois, le 8 février), de 2,24 Ecus/ tonne (appliqué une fois le 21 février) et de 3,36 Ecus/tonne (appliqué six fois, les 4, 6, 13, 14, 18 et 22 février). Ce dernier élément est la marque d'un marché très déprimé, explique l'APEFEL (Association des Producteurs-Exportateurs de Fruits et Légumes): "Nous sommes tous les jours très proches du plein pot et l'on ne peut pas indéfiniment retenir l'offre".

    "C'est ça l'accord"

    "C'est le fonctionnement normal de l'accord," explique amèrement l'APEFEL. Même remarque dans les commentaires de M. Driss Jettou, ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, qui a en charge ce dossier depuis les premiers jours de

    janvier (3): "Il n'y a rien qui soit un coup bas dans le jeu de ces taxes, mais le problème est que ce n'est pas le Maroc qui fait les prix sur le marché européen".

    "C'est ce que nous avons toujours dit: I 'offre espagnole fait le marché et les termes de l'accord ne tiennent aucun compte de cette réalité", analyse l'APEFEL. L'Association fait remarquer qu'à la veille de son adhésion, l'Espagne exportait 220.000 tonnes de tomates sur la CEE, tandis que le Maroc (qui avait une situation commerciale plus favorable) en exportait 150.000 tonnes.

    En 1994,le Maroc a vendu 160.000 tonnes et l'Espagne 550.000 tonnes. De son côté, M. Jettou souligne que "les mécanismes appliqués sur la tomate ne concernent que le Maroc", et pas les autres fournisseurs. Un autre élément vient renforcer l'inquiétude des producteurs-exportateurs: le plan de restructuration et de développement qui est en train de se mettre en place en Espagne concernant la tomate.

    Ce plan, publié en janvier 1995, souhaite pousser les producteurs à passer du plein champ à l'abri-filet, de l'abri-filet à la serre ordinaire, de la serre ordinaire à la serre chauffée. L'objectif est donc d'occuper plus fortement le créneau des tomates de contre-saison, créneau sur lequel est confiné le Maroc mais où les producteurs français ne viennent pas. Les aides financières prévues par Madrid vont de 2 à 21 millions de Pesetas/ha (136.000DH à 1,43 million de DH/ha).

    "Ce programme va modifier fondamentalement les données du marché de la tomate dans l'Union européenne", explique l'APEFEL qui estime que la restructuration de la production espagnole est de nature à multiplier l'offre espagnole par trois.

    Nadia SALAH

    (1) Cf L'Economiste du 19 janvier1995.

    (2) Cf L'Economiste du 29 décembre 1994 et 5 janvier 1995.

    (3) M. Tayeb Fassi-Fihri, secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, est en effet réputé "trop occupé" pour pouvoir suivre ce dossier, qui avait donc été confié à M. Jettou.

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