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Politique Internationale

Tinmel ressuscitée

Par L'Economiste | Edition N°:63 Le 21/01/1993 | Partager

La restauration de la mosquée de Tinmel, financée par la fondation ONA, vient de s'achever. Pour rendre sa beauté à ce joyau de l'architecture almohade, des fouilles minutieuses et des analyses de laboratoires spécialisés ont été nécessaires. Un film et un livre d'art, retraçant les étapes des travaux réalisés, viennent d'être publiés.

EN 1988, une mission d'évaluation était revenue de Tinmel avec des conclusions alarmantes: la mosquée, d'une conception qualifiée de "la plus pure architecture almohade", était menacée de disparition. Résultat des pluies diluviennes qui s'étaient abattues sur l'Atlas, le noyau originel du sanctuaire, qui tenait encore debout, menaçait de tomber en ruines. L'arcade de la nef axiale s'était effondrée, le mortier des joints des piliers décomposé, la toiture de l'oratoire était en danger.

Tirant la sonnette d'alarme, cette mission avait recommandé la mise en oeuvre immédiate d'une véritable action de sauvegarde. Il n'était plus question de rebouchage, de colmatage ou de consolidation hâtives. Il fallait prendre conscience qu'une véritable restauration, autrement dit un travail de longue haleine et cher, était nécessaire pour préserver l'originalité, et respecter le caractère unique du monument.

En inaugurant une action pionnière en ce domaine, la Fondation ONA a contribué à cette prise de conscience que les vestiges du passé, témoins de périodes privilégiées de notre histoire, sont parties intégrantes de notre identité.

"Cette opération de sauvegarde, déclare M. Britel, président de la Fondation ONA, nous a donné envie de faire de notre patrimoine national notre action de base. Il s'agit de nos racines culturelles, de notre mémoire collective, et donc c'est beaucoup plus affectif que pour d'autres actions".

Ce mécénat d'entreprise présente en outre une originalité: il lance une nouvelle forme de partenariat avec pouvoirs publics -en l'occurrence le Ministère des Affaires Culturelles- aux côtés d'une fondation privée. Un protocole d'accord est signé le 31 Mai 1990. Il "envisage la possibilité de faire appel à des spécialistes hautement qualifiés en matière de sauvegarde de monuments en péril". L'heure n'était plus aux improvisations hâtives. Guidée, orientée et contrôlée dans toutes ses phases, l'opération devait se fonder sur une connaissance précise des objectifs et définir clairement les moyens les plus appropriés pour les atteindre, afin de retrouver le sanctuaire originel.

Un ouvrage, publié sous les auspices de la fondation, comporte un travail historique sur la genèse de l'empire almohade et technique sur la mosquée de Tinmel. Il contient aussi une étude complète sur les fouilles entreprises sur le site menée par une équipe maroco-allemande composée de Mme Benslimane et MM. Abdelaziz Touri, Ch. Ewert et H. Wisshak.

Bâtie à l'extrémité occidentale de la ville, sur ordre du premier souverain almohade Abdelmoumen, en hommage et à la mémoire de son père spirituel, Ibn Toumert, la mosquée de Tinmel devait être à la mesure de la grandeur du maître. A la rigueur de la pensée devait répondre la rigueur mathématique. Le module de base est la coudée (64 cm, mesurant la distance séparant les deux colonnes du mihrab). A partir du module, on réalise les figures les plus parfaites de la géométrie: carrés, cercles et triangles se recoupent à l'infini, dessinent au sol une surface équilibrée et s'élèvent vers les façades, les arcs, les nefs. La beauté culmine dans le mihrab, l'une des niches les plus parfaites de l'architecture islamique. L'austérité générale va être tempérée par le stuc blanc et blanc cassé des décors. Les chapiteaux des salles de prière deviendront des modèles de référence du décor almohade. De l'ensemble, nul excès, nul débordement.

"La décision de restaurer la mosquée de Tinmel, explique M. Britel, a été suggérée par un comité d'orientation composé de personnalités dont l'archéologue Joudia Hassar Benslimane et l'historien Hamid Triki". "A la différence des fondations européennes, nous ne sommes pas des spécialistes, indique le Président, aussi nous sommes-nous entourés d'experts choisis en dehors du groupe ONA ". Des études techniques très poussées avaient été entreprises par l'Institut archéologique allemand de Madrid, réputé comme l'un des meilleurs du monde pour l'Espagne et le Maroc. "Les études ont été mises gracieusement à la disposition des spécialistes marocains", précise M. Britel.

Tout un travail préliminaire a été entrepris pour recueillir les données indispensables à la restauration: relevés architecturaux effectués directement, observation de détails sur la structure et les composants des masses, analyses de laboratoires auxquels les matériaux prélevés en divers endroits ont été soumis. Deux bureaux d'études: le Laboratoire Public d'Essais et d'Etudes (L.P.E.E.) à Casablanca, et Aménagement-Design à Marrakech, ont été contactés. La mosquée était construite en pierre, en béton et en briques, parfois combinés par deux ou même par trois. Seul l'intérieur était entièrement en briques, les matériaux entrant dans les finitions sont formés de terre, de chaux, de sable et de plâtre. Leur dosage, variable, dénote une parfaite maîtrise de la part des constructeurs, il y a 8 siècles.

Les analyses de laboratoire ont donc été faites pour éviter l'utilisation de matériaux hétérogènes risquant à terme de poser des problèmes d'adhérence et de cohésion, comme lors des différentes tentatives de replâtrage lancées épisodiquement depuis 1928. Les dix-neuf échantillons soumis à des analyses physico-chimiques ont permis, à titre d'illustration, d'aboutir à des échantillonnages prélevés les uns dans la région d'Ijoukak, près de Tinmel, les autres à l'Agdal de Marrakech. Par exemple: 3 unités de terre + 1 unité de chaux, ou 4 unités de terre + 1 de chaux etc... Il s'agissait de retrouver la composition la plus proche possible de celles des matériaux employés par les constructeurs de l'époque. L'entreprise des travaux Belkhalfi, à Marrakech, spécialiste des restaurations a même construit un four de deux niveaux pour cuire les briques et les tuiles, comme cela se faisait autrefois.

Les travaux ont donc exigé un soin extrême. Deux archéologues et un inspecteur des monuments ont constamment supervisé les opérations. "Le chantier a été placé sous le contrôle scientifique du Ministère des Affaires culturelles parce qu'il s'agit d'un monument classé ", précise M. Britel. Aux travaux qui ont débuté en Octobre-Novembre 1991, a été alloué un budget de 3,5 millions de Dirhams apporté en totalité par la Fondation ONA. A l'origine, l'opération de restauration devait porter sur cinq éléments essentiels: reconstruction des deux arcades de l'ossature centrale, réparation des mortiers et des enduits, consolidation des piliers et de leur base, reprise du toit de la coupole et enfin couverture de la nef transversale par une toiture. C'était là le noyau de la mosquée originelle. Mais au fur et à mesure de l'avancement des travaux, d'autres parties du sanctuaire ont également été concernées par l'oeuvre de réhabilitation. C'est ce qui explique que le budget initial a été dépassé pour atteindre les 4,5 millions de Dirhams.

Et en plus du livre d'art, il a été prévu le tournage d'un film sur les différentes étapes de la restauration. L'idée d'une exposition itinérante, avec des posters retraçant tout le travail fait, et destinée à fournir l'opportunité d'évoquer la dynastie almohade, est envisagée. Tout un ensemble de pièces, des céramiques, des manuscrits, des moules de l'époque seront exposés. Sur place, grâce au don de 200m2 fait par une famille du voisinage, sera monté un “local de conservation" consacré aux Almohades.

Kenza LOUIDIYI

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