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Textiles: Nous mourons, monsieur le ministre

Par L'Economiste | Edition N°:948 Le 01/02/2001 | Partager

Par Louis Charley, administrateur de Top Men(*)Depuis près de deux ans, nous ne cessons de palabrer dans des réunions stériles et sans fin sur la dégradation du secteur textile, et en particulier du segment confection -30.000 emplois ont déjà été perdus, soit plus de 120.000 bouches à nourrir-, sans compter les milliers de réductions d'heures de travail.Pour ma part, j'ai offert du travail à plus de 2.000 personnes. Aujourd'hui, j'emploie 130 ouvriers avec de très grosses difficultés, ce qui va rapidement aboutir à un arrêt total d'activité. Pendant ce temps, le problème est toujours en cours d'étude, les analyses ne reflètent pas forcément la réalité.Les mesures d'encouragement ne correspondent pas et ne sont pas toujours adaptées aux besoins urgents pour sauver nos emplois, donc notre économie. 1) Les résultats export en amélioration:- L'appréciation du Dirham, les ventes en “produit fini” de la bonneterie grâce à des contrats intermittents ont permis cette amélioration.- Il serait souhaitable d'avoir une étude sur la valeur ajoutée exportée, qui est le vrai reflet du développement économique et de nos emplois.2) L'amont du textile encouragé par la Fondation Hassan II et l'Etata) Le développement de la production des matières premières ne sera exploitable par les ateliers de confection qu'à moyen ou long termes, donc trop tard.b) Aide pour investissement immobilier des zones industrielles: Tant que notre handicap principal par rapport aux pays concurrents ne sera pas solutionné, ces aides n'atteindront pas l'objectif recherché. D'autre part, les locaux industriels disponibles ou occupés par le personnel sans travail ne manquent pas.3) Baisse de l'énergieCette action est positive pour certaines entreprises, mais le segment confection est celui qui utilise le moins d'énergie: 0,94% de mon CA -cette baisse doit nous permettre une économie de 43.000 DH/an.L'énergie utilisée en confection (60% de notre prix de revient) est “l'énergie humaine” et celle-ci a subi une augmentation de 10%, soit environ 600.000 DH d'aggravation de nos coûts. Hélas, compte tenu des réductions d'horaires, nos ouvriers qui ont encore la chance de travailler, touchent un salaire mensuel inférieur à celui d'il y a trois ans- et encore quand nous arrivons à les payer.4) Appréciation du DirhamN'étant pas expert en la matière, je ne suis pas qualifié pour porter un jugement. Par contre, ce que je sais, il y a quatre ans pour un CA de 18 millions de FF, Top Men recevait 30,6 millions de Dirhams. Aujourd'hui, pour 18 millions de FF, Top Men reçoit 26,6 millions de Dirhams, soit 4 millions de moins.5) Investir sur les segments les plus rentablesLa bonneterie s'est maintenue en progression grâce à une conjoncture favorable, mais qui a toujours été épisodique.Nous arriverons très vite, si nous voulons recycler les emplois perdus, à une saturation du marché donc destruction de ce segment qui souffre déjà.Enfin, le développement de la bonneterie dans les pays concurrents est déjà lancé.6) Les discussions avec les industriels français laissent supposer une opportunité pour le MarocJe suis entièrement d'accord, mais cela s'arrête aux discussions. Après étude de faisabilité, coût, prix de revient, etc, tous sont dans l'obligation à leur grand regret d'investir dans d'autres pays offrant beaucoup plus d'avantages de tout ordre. Ne nous voilons pas la face et n'ayons pas peur de voir la réalité car, même ceux ayant déjà investi au Maroc, quittent le pays.7) Sur le plan bancaireC'est le parcours du combattant à tir réel, c'est traverser un champ de mines les yeux bandés, l'enfer. Nous avons consommé tous nos bénéfices, mis à genoux notre trésorerie, perdu toute crédibilité vis-à-vis des banques, plus aucune souplesse, aucun soutien qui puisse nous donner une chance de surmonter la crise.Je suis en litige sérieux avec ma banque qui, suite à des faits ayant à mon avis engagé sa responsabilité, nous a fait subir des ruptures abusives, à répétition et sans préavis de nos lignes de crédit depuis 1997, ce qui a entraîné un préjudice commercial et financier important. Depuis plus d'un an, nous fonctionnons sans aucune ligne de crédit.Depuis juillet 2000, la Direction du Trésor et des Finances Extérieures a été informée de ce dossier; à ce jour, rien de concret n'a été fait -ce dossier est-il resté au fond d'un tiroir?Ceci est un exemple, mais pas un cas particulier. Nous devons lutter contre tout ce qui met en péril notre industrie, de la contrebande à la corruption.Prenons un autre cas, celui de Manic, une entreprise de confection ayant employé plus de 6.000 personnes, puis réduite à 4.500 emplois et aujourd'hui arrêtée. Que peuvent penser les investisseurs potentiels et les clients étrangers qui ont plus de 400.000 articles bloqués?Mon intervention ne relève pas d'un pessimisme, ni d'une critique négative, je suis profondément attaché au Maroc, à mes employés; je suis intimement convaincu que nous avons de très grandes opportunités que nous laissons passer; je suis déconcerté de voir notre industrie péricliter chaque jour un peu plus. Combien de ces dizaines de milliers d'emplois perdus vont basculer dans une délinquance de tout ordre? Nous ne voulons pas être “assistés”, mais pouvoir disposer des mêmes armes et moyens que nos concurrents.


Parcours

M. Louis Charley travaille dans la confection depuis plus de trente ans. Il a fait ses premières armes dans la société Cacharel France, qui comptait déjà à cette époque près de 1.600 employés. En 1987, fort de son expérience, il décide de s'installer au Maroc et crée la société de confection Top Men à Casablanca. Il se spécialise dans la fabrication d'articles de grande marque. Trois ans plus tard, la société comptait cinq ateliers et employait près de 1.000 personnes. Le capital est passé de 100.000 DH à la création à 9 millions de DH en 1997, pour chuter de moitié en août 2000. Top Men a développé en quatre ans plus de 1.000 emplois, soit un total de 2.000 emplois et plus de 3,5 millions d'heures de travail pour l'année 1991. Par ailleurs, pour maintenir la qualité de ses produits et assurer la compétitivité, M. Charley a procédé à des mutations technologiques importantes et à la formation de ses équipes. Pour cet investisseur étranger, la décadence a commencé au milieu des années 90. Il comptait parmi ses effectifs en 1991 près de 2.000 personnes réparties sur 10 ateliers. En 1995, il n'y en avait plus que 1.300 et quatre ateliers de moins. Mais le pire est arrivé en 2000, souligne-t-il. En janvier, plus qu'un atelier et 200 emplois. En juillet, 170 emplois à temps réduit; en octobre, 20 personnes de moins. Et en janvier 2001, il ne reste plus que 130 personnes qui travaillent à temps réduit. Côté salaires, M. Charley versait en 1998 un salaire moyen par ouvrier de l.851 DH. En 2000, celui-ci a chuté à 1.411 DH, malgré l'augmentation de 10% du Smig.Le chiffre d'affaires à l'export est passé de 26 millions de DH en 1998 à 5,68 millions de DH en 2000.M. Charley explique les raisons de la débâcle: une concurrence internationale insoutenable (Tunisie, Turquie, etc.) compte tenu des larges facilités accordées dans ces divers pays, moins de lourdeurs administratives, un Ecart important des cours de change, des aides et subventions importantes de l'Etat pour les investisseurs étrangers et entreprises exportatrices, un écart important des coûts et charges non maîtrisables par les entreprises, beaucoup plus de facilités bancaires, coût transport et délais: 0,80 FF Tunisie-France par avion, + ou -3,00 FF Maroc-France par camion!... pour une chemise.(*) Document préparé à l'attention de M. Fathallah Oualalou qui était l'invité de la CFCIM le 22 janvier dernier!

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