×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    Textiles: la Fabrication du chiné lancée au Maroc par Gromatex

    Par L'Economiste | Edition N°:9 Le 29/12/1991 | Partager

    Le secteur du textile a une image de marque confuse. Connu pour attirer les investissements et créer des emplois nombreux, il est laissé au tiers-monde par les européens qui se consacrent aux industries de haute technologie.La recherche et l'innovation existent pourtant, dans des métiers aussi classiques que la filature ou le textile. L'expérience de la recherche appliquée, à Gromatex, illustre ce phénomène apparement paradoxal. La société est dirigé par un des leaders du secteur, M. Abdellah Hasnaoui, Président de la Commission de la formation de l'A.M.I.T et de l'Association Marocaine des Ingénieurs textile.


    LA mode du chiné a été lancée en Europe en 1991. Il a fallu quelques mois à une entreprise marocaine, Gromatex, pour rattraper le mouvement, mettre au point son chiné, à l'issue d'un processus de recherche appliquée.
    Le chiné est un fil à base essentiellement, de coton et de viscose, qui donne un mélange à la fois "teint et non teint". Il est donc constitué de matières connues. La recherche porte sur la composition et sur le processus de fabrication. Le chiné est destiné aux bonnetiers exportateurs qui l'utilisent pour la fabrication de sweatshirts, de joggings, de pyjamas, c'est-à-dire d'articles légers à base de jersey.
    Le Maroc a importé près de 500 tonnes de chiné en 1991 et Gromatex compte bien enclencher le processus de "substitution" et conquérir 60% du marché local, avant de se lancer dans l'exportation.

    La recherche mobilise l'ouvrier, le D.G, la clientèle

    Le coût de la mise au point n'est pas évalué avec précision. "Le processus de recherche est complexe et coûteux. Ce qui marque, c'est le coût psychologique du suivi d'un processus fait d'une série d'échecs et de réussites" précise M. Hasnaoui, Directeur Général. Car le processus de recherche n'est pas confiné à un département spécifique, mais généré sur les ateliers, par différents responsables techniques, de l'ouvrier au D.G. Même la clientèle, sollicitée pour définir ses besoins, y participe.
    Le coût de cette recherche doit être de toute façon amorti rapidement, sur une année, une saison. Car la concurrence veille. Dans le textile, il est fréquent de se voir débaucher un technicien, qui apporte le nouveau produit au concurrent, à qui il ne reste plus qu'approcher la clientèle et lui proposer le produit 10% moins cher.

    Les années 90 seront celles du grand nettoyage


    Gromatex, habituée à innover et subir ces pratiques n'en abandonne pas moins le principe de la recherche, considérée comme une nécessité vitale. Le secteur du textile, beaucoup trop concurrentiel, porte à la baisse des prix. A titre d'exemple, le fil coton peigné 1/50 vendu en 1984 à 42-43 DH est mis sur le marché à moins de 40 DH actuellement alors qu'il coûte au moins 70% plus cher en raison de la dévaluation du Dirham. Et pour conserver sa rentabilité, Gromatex a opté pour une stratégie: quand le prix d'un produit baisse, elle ne le fabrique plus, mais l'achète, et innove par un nouveau produit à forte valeur ajoutée. Gromatex, navigue donc à contre courant de son secteur qui se développe plutôt par les produits classiques. Une protection juridique sur les produits et les compétences efficaces aurait peut-être inversé les tendances. Car d'autres entreprises possèdent ce potentiel.
    Certes, le secteur est hétérogène, mais à côté des petites sociétés désorganisées, il existe des sociétés moyennes, et même d'autres qui n'ont rien à envier aux meilleures sociétés européennes. Les sociétés les mieux organisées seront appelées à dominer. "Nous sortons de l'ère du brouillon pour entrer dans l'ère du propre. Les années 90 seront celles du grand nettoyage, imposé par la clientèle interne ou étrangère devenue exigeante pour le respect des normes précises" prévoit M. Hasnaoui. Et la maîtrise de la qualité fera le tri. En ce domaine, M. Hasnaoui, Président de l'Association des ingénieurs du textile développe des idées particulières. S'il maintient un service de contrôle-qualité à Gromatex, pour chaque département (filature, tissage), il estime que le contrôle intervient à postériori, donc trop tard si le produit est déficient. "La meilleure façon d'obtenir la qualité est de supprimer le contrôle-qualité. L'objectif est que chaque opérateur qui fait un travail le contrôle lui même". C'est la méthode asiatique, qui diffuse la culture de la qualité. Au Japon, les jeunes entrant dans l'industrie sont pris en charge par un ingénieur retraité qui leur montre pendant plusieurs mois toutes les erreurs, toute la non-qualité et leur apprend à déceler et à réagir à toutes sortes de problèmes. Outre la qualité, le concept de productivité gagne à être diffusé auprès du personnel. Les hausses du SMIG, du coût de la main d'oeuvre, de l'énergie, du crédit, rognent l'avantage comparatif du Maroc.

    Le textile est contraint d'améliorer sa productivité constamment, parallèlement à la hausse des coûts, en impliquant le personnel, même au niveau de l'ouvrière qui n'a pas encore compris qu'une simple absence peut perturber un processus de production et être préjudiciable à l'entreprise. "C'est tout l'environnement qui devrait être mobilisé pour cette bataille, de l'Education Nationale à la commune: comment demander à une ouvrière d'être productive quand elle ne peut arriver à l'heure, à cause des transports publics déficients ou quand elle est agressée le jour de la paie?".
    Les syndicats pourraient jouer un rôle plus positif en la matière. Car si leur rôle est d'expliquer aux ouvriers leurs droits matériels et sociaux, il leur revient de les sensibiliser à leurs devoirs en matière de productivité, dans l'intérêt commun.
    Cet effort de formation civique dans l'entreprise importe à M. Hasnaoui, tout autant que la formation professionnelle et technique. Président de la commission de formation de l'AMIT, il aime rappeler l'initiative de l'association envers l'OFPPT. C'est le meilleur exemple de collaboration entre un organisme de formation et un secteur d'activité, qui a été impliqué dans le choix des matières enseignées, des matériels, dans le démarrage et dans le suivi du programme qui formera 25.000 agents et techniciens. Ce vaste programme, sera consacré par la création, en 1994, d'une école d'Ingénieurs textiles à Casablanca.

    Des milliards investis sans études, par mimétisme


    Ce pont jeté entre les entreprises et la formation est la fierté d'un secteur textile qui n'est pas considéré comme l'avant-garde industrielle. Au regard de l'industrie pharmaceutique, électrique ou électronique, il apparaît comme une industrie simple, basique laissée désormais au tiers-monde dans la division internationale du travail, car nécessitant une main d'oeuvre peu qualifiée, nombreuse, avec de bas salaires. Le secteur textile est en fait une industrie capitalistique pénétrée par la robotisation et l'automation, où le problème de la qualité se pose avec acuité. Peut-être l'image du secteur est ternie par les pratiques sociales ou commerciales d'entrepreneurs opportunistes. Et M. Hasnaoui de reconnaître que beaucoup d'affaires ont été créées sans études préalables, de faisabilité ou de marché.
    "Des investissements de plusieurs milliards sont investis sans aucune consultation, parfois par mimétisme. Ou bien un commerçant qui a un problème de prix ou de délai avec un fournisseur, industriel, crée sa propre usine pour le résoudre". Comment les investissements industriels sont agréés, sur la base d'un dossier, sans aucune exigence au niveau de l'ingénierie? Un architecte diplômé est exigé pour la construction de la plus petite villa. Aucune compétence précise n'est exigée pour monter des processus industriels de plusieurs milliards, qui emploiront des hommes, par dizaines ou centaines. "Un taux d'encadrement, ou un minimum de compétences techniques devrait être imposé" , suggère M. Hasnaoui, qui fonde l'espoir sur les "jeunes patrons", héritiers de la génération précédente ou cadres sortis de l'administration et du secteur privé. Ils leur appartiendra de restructurer le secteur textile en liaison avec les entreprises étrangères ou les pays clients, notamment ceux de la C.E.E.
    M. Hasnaoui n'est pas de ceux qui craignent l'ouverture des frontières, et plaide pour l'intégration complète de nos entreprises dans les circuits internationaux.

    Khalid BELYAZID

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc