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    Economie

    Textile-habillement: Une politique désordonnée et à contretempsPar Adil BOUTDA, ingénieur textile

    Par L'Economiste | Edition N°:913 Le 11/12/2000 | Partager

    . Le textile est la voie la plus simple et la plus diversifiée pour s'industrialiser. La plupart des nouveaux pays industriels sont passés par là, mais le Maroc a raté ses rendez-vousIl est temps pour que notre Etat arrête d'improviser et commence à «penser le textile«, et à travers ce secteur, tous les autres pans de notre industrie nationale.Dans son processus d'industrialisation, et parmi les différentes industries qui voient le jour et se développent dans un pays du tiers-monde, l'industrie textile se démarque des autres par deux caractéristiques, sa diversité et son processus de fabrication, relativement simple.Sa première caractéristique est qu'il n'y a pas une seule industrie, mais cinq grandes familles d'industrie textile. Les quatre premières familles sont très capitalistiques et ne consomment que peu de main-d'oeuvre, car fortement automatisées. En revanche, elles consomment beaucoup d'énergie:- les fabricants de fibres (les fibres naturelles telles que le coton ou la laine ne sont pas concernées);- les filatures qui utilisent les fibres pour produire des fils;- les fabricants de tissus écrus (tissages pour la chaîne & trame et tricotages pour la bonneterie) qui utilisent les fils pour obtenir des tissus écrus;- les teinturiers-ennoblisseurs (appliquent la teinture en plus de différents traitements, afin d'obtenir des étoffes prêtes pour la confection, - les confectionneurs: exactement à l'inverse des métiers de l'amont, la confection nécessite peu de capitaux, consomme beaucoup de main- d'oeuvre et peu d'énergie.La deuxième caractéristique des industries du textile est la simplicité des processus de fabrication, particulièrement celui de la confection. Il requiert moins de savoir-faire et maîtrise technique que les autres industries. C'est pour ces deux raisons, diversité et simplicité, que cette industrie a été de tout temps plébiscitée par plusieurs gouvernements (Corée du Sud et Taïwan dans les années 60; Inde, Pakistan, Chine et Turquie dans les années 80-90).Le développement de l'amont de la filière textile peut même être précurseur de l'apparition d'une industrie mécanique dans le pays. En effet, plusieurs entreprises taïwanaises et coréennes sont passées du tricotage des étoffes à la fabrication des machines à tricoter, puis à la fabrication en général de machines mécaniques!Malgré le fort ralentissement de son développement, le secteur textile reste premier exportateur (avec 40% des exportations des industries manufacturières), premier investisseur (avec 23% des investissements réalisés), premier créateur d'entreprises, premier pourvoyeur d'emplois avec un taux de croissance de plus du double des autres industries (avec 40% des emplois industriels). Il n'en demeure pas moins que notre industrie textile a une structure fragile (elle est encore à la «première phase«!).Elle se résume en effet à beaucoup de confections et très peu d'industries en amont susceptibles de les alimenter en semi-finis. D'où sa forte dépendance par rapport aux tissus importés. A noter cependant que la bonneterie est moins touchée par ce problème de rareté des tissus, dans la mesure où le nombre des tricoteurs et teinturiers travaillant la maille n'est plus négligeable et réussit à répondre à une bonne part des besoins de l'aval (la confection). Dès les années 60, et grâce à la surprotection douanière instaurée par l'Etat, plusieurs unités textiles ont vu le jour. C'était essentiellement des fabricants de fils et tissus pour la consommation locale. Cependant dans les années 80, cette première génération de tisseurs agonisait déjà, d'une part à cause de la vétusté de leurs outils de production et méthodes de travail et d'autre part, à cause de la contrebande qui déferlait sur tout le pays. Dans les années 70, l'Etat a directement investi dans l'outil industriel, en créant de grandes unités textiles, telles que Cotef (complexe industriel intégré allant de la filature jusqu'à la confection dans la ville de Fès), ou encore le projet-pilote de culture de coton dans la région de Tadla, servant à alimenter d'immenses filatures créées et implantées dans cette même région. Cette intégration avait pour but d'obtenir un fil très compétitif à l'échelle internationale (c'est le cas d'Icoz et Settafil). Ces entreprises ont elles aussi fini par péricliter à l'instar de la plupart des entreprises publiques marocaines, victimes de mauvaise gestion, clientélisme et corruption. Ainsi, lorsque la confection exportatrice avait pris ce formidable essor du début des années 90, il n'y avait plus d'industrie en amont capable de la soutenir et de la propulser plus en avant.


    Portrait d'une débâcle

    Depuis 1989, notre industrie textile commence à être distancée par ses différents concurrents. Ainsi, et entre cette année et 1997, les emplois créés en Tunisie et Turquie ont été respectivement de 150.000 et 500.000 contre 60.000 à peine au Maroc.Mais, c'est à partir de 1997 que le textile national commence à afficher des indicateurs réellement inquiétants: croissance fortement ralentie (de +11,5% entre 1986 et 1990 à -1% entre 1997 et 1999) et tassement de la création d'emplois (de +12,52% entre 1986 et 1990 à +2,7% entre 1997 et 1999). En 1999, l'AMITH finit par prendre l'initiative et propose un contrat-programme à l'Etat. Elle y revendique une série de mesures urgentes visant à améliorer la compétitivité de l'industrie textile sur le marché mondial. En échange de cela, l'AMITH s'engage à créer plus de 125.000 emplois sur les 3 ans à venir.L'Etat n'a pas daigné répondre ou, du moins, n'a pas accepté ce contrat proposé comme une plate-forme de coopération entre ses différents ministères d'une part et l'association qui représente le secteur de l'industrie textile au Maroc, d'autre part. Entre-temps, le Smig a augmenté de 10% et le Dirham a continué de s'apprécier par rapport à l'Euro. L'étau s'est donc encore plus resserré sur notre industrie, dans la mesure où l'essentiel de ses ventes se trouve concentré en Europe. (Source des chiffres: Contrat-Programme de l'AMITH). Pourquoi le Maroc traîneLes causes du faible développement de l'amont de notre industrie textile nationale sont:- la cherté relative des trois principales composantes du prix de revient d'un tissu (le coût de l'argent, du foncier et de l'énergie);- l'esprit «rentier«, qui domine encore chez notre patronat et qui les éloigne de ces investissements lourds, dont les profits s'inscrivent plus dans le moyen et long termes;- la faible productivité de l'ouvrier marocain (car peu instruit et peu qualifié);- le faible encadrement technique et managérial (il y a moins de 300 ingénieurs textiles pour plus de 1.500 entreprises!). . Un schéma bien adapté au développementLe schéma d'évolution épouse parfaitement celui de tout pays en voie de développement.- Première phase: Pays peu développé (ouvriers peu instruits, salaires bas, cadres et techniciens peu nombreux, capitaux faibles et «familiaux«). C'est la situation idéale pour faire de la sous-traitance en confection destinée à l'export (car grand différentiel du coût de la minute par rapport à des pays développés et grands importateurs des produits textiles).- Deuxième phase: Pays moyennement développé (ouvriers relativement instruits et qualifiés, un nombre suffisant de cadres et techniciens, salaires toujours bas, capitaux plus importants mais toujours en majorité «familiaux«). Il s'agit d'une situation idéale pour développer l'amont de la filière (teintures, tissages et filatures), car les salaires bas permettent à la confection de garder sa compétitivité, de se développer et d'entraîner dans son sillage l'amont de l'industrie textile. D'où la possibilité d'exporter des produits finis et multiplier ainsi par quatre la valeur ajoutée produite localement, car ce sont les tissus qui coûtent le plus cher dans un vêtement textile. o. Pas de «nouvelle économie« sans industrieQuelques économistes commencent à penser que les pays en voie de développement pourraient passer outre «l'ère industrielle« et accéder directement à la «nouvelle économie«. Certes, Internet, les télécommunications et les autres «nouvelles technologies« sont des créneaux porteurs et où le Maroc doit être présent. Mais, il ne faut pas oublier que ce ne sont là que des «accélérateurs des échanges économiques«. Ils supposent donc l'existence dans le pays d'une abondance des biens économiques, ainsi que des consommateurs à fort pouvoir d'achat. Ces deux conditions ne sont pas remplies par le Maroc. Sans oublier que ces secteurs de pointe ne profitent qu'aux diplômés de haut niveau.Ainsi, l'industrie garde un rôle central et nécessaire dans tout processus de développement économique. Elle doit être au coeur de tout programme politique digne de ce nom. Demain, deuxième partie: Comment sortir des contretemps?

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