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    Textile-habillement : L'Europe veut s'assurer la performance des entreprises marocaines

    Par L'Economiste | Edition N°:164 Le 26/01/1995 | Partager

    Initié depuis avril 1994, le Centre Euro-Maroc de Services, projet-pilote du programme européen de Med-Invest, vient d'être inauguré le 20 janvier par ses copartenaires des deux rives. Par ses diagnostics et ses "thérapies", il devra donner un sérieux coup de punch au secteur du textile-habillement.

    LE secteur textile-habillement se trouverait aujourd'hui réellement menacé. "L'année 1994 aura été la première, depuis près de 30 ans, qui ait accusé une baisse de l'activité et des exportations au niveau de la confection", s'inquiète M. Abdallah Hasnaoui-Amri, vice-président de l'AMITH dont il est aussi président de la Commission de formation et d'assistance technique. Déjà en 1993, le textile-habillement avait connu une chute de 51% des investissements. La vulnérabilité du secteur se trouve accrue par les perspectives d'évolution du marché international: la mise en oeuvre des accords au GATT érodera sur 10 ans la situation privilégiée du textile marocain sur le marché européen.

    Financé à 80% par l'UE

    Face à cette situation, la signature, le 20 janvier à Casablanca, de l'engagement mutuel pour la création du Centre Euro-Maroc de Services et de Conseils (CEMS & C) pour les entreprises marocaines du textile-habillement, prend l'aspect d'une intervention d'urgence.

    La création de ce Centre émane du programme de l'Union Européenne (UE) Med-Invest s'inscrivant lui-même dans le cadre de la Politique Méditerranéenne Rénovée (PMR). La stratégie Med-Invest tient en deux volets. Le premier vise à développer la coopération et le partenariat des entreprises de part et d'autre de la Méditerranée.

    Le second porte sur l'expérimentation, dans les pays du Sud, de projets-pilotes à l'image du CEMS&C, destinés à mettre au service des PME de cette région le savoir-faire européen.

    Constitué sous forme de société anonyme, le CEMS&C réunit les actionnaires suivants:

    - d'une part, 4 Européens qui sont les centres technologiques des industries textiles de France (Cetih), du Portugal (Citeve), d'Espagne (Intexter) et d'Italie (Textilia);

    - d'autre part, 2 Marocains qui sont l'Association Marocaine des Industries du Textile-Habillement (AMITH) et la Banque Centrale Populaire (BCP).

    Le coût de lancement de la société, de 6 millions DH, a été financé à 80% par l'UE. Depuis l'initiation du projet en avril 1994, le bureau d'étude et de conseil italien, Ismeri Europa, dont le président, le Pr Enico Wolleb, est chef de file du programme Med-Invest, coordonne la réalisation d'enquêtes auprès des entreprises marocaines afin d'identifier leurs besoins et leurs attentes.

    Question de survie

    "La mission que s'assigne le CEMS&C, et qui touchera à l'ensemble des corps de métier du textile-habillement, est de conduire les entreprises marocaines à atteindre les objectifs qu'il fixe pour elles: l'adaptation aux circuits courts et la flexibilité, la qualité et la productivité", déclare M. Hasnaoui. La première étape consistera à sensibiliser les entreprises au besoin d'auditer leur activité et à les convaincre de la nécessité de recourir aux prestations du CEMS&C habilité à les rendre plus performantes. "Car il y va de leur survie", insiste M. Hasnaoui. Les centres de services européens partenaires du CEMS&C, qui seront chargés au cours des premières années de l'expertise des PME et de leur apporter l'assistance nécessaire, "possèdent des modules de formation dans tous les domaines: conditions de réalisation de la qualité, organisation du travail, de la production, méthode de management, etc... qu'il s'agira d'adapter aux entreprises et au contexte socio-culturel marocain", explique M. Hasnaoui. Le CEMS&C devra donc participer à l'évolution technologique du secteur. L'idéal serait aussi qu'il puisse établir des certifications pour certaines entreprises, suivant des normes précises. "Plus de 160 ingénieurs et techniciens européens assureront leur apport en compétence et en savoir-faire, affirme M. Dominique Waquet, directeur général du CETIH. Le coût total de l'opération au bout de 5 années tournera autour de 250 millions DH. Les ressources financières existent; sur ce plan il n'y aura pas à se faire de soucis".

    A terme, le CEMS&C est appelé à fonctionner de manière autonome et devra trouver un équilibre lui permettant de s'autofinancer. De même, les experts étrangers formeront progressivement des techniciens marocains qui devront prendre le relais une fois que le centre sera parvenu à l'autonomie.

    Selon M. Hasnaoui, le prix des prestations du CEMS&C variera à partir de 5.000 DH et évoluera en fonction des différents services qui seront facturés à l'entreprise: diagnostic, assistance technique, conseil, formation, recherche et développement... Sur le coût de la prestation, les entreprises ont droit à une ristourne qui peut aller jusqu'à 50%. "Nous pensons qu'au niveau des 4 ou 5 premières années des aides substantielles de l'Etat, de l'AMITH et de la Communauté européenne se manifesteront à travers des actions ciblées de formation et d'assistance technique. En phase initiale, le coût de la prestation reviendrait à l'entreprise à 25 ou 30% du prix réel", estime M. Hasnaoui.

    Comme le souligne M. Marc Piérini, ambassadeur, chef de la Commission européenne au Maroc, lors de l'inauguration du CEMS&C, celui-ci devra contribuer au renforcement de l'intégration de textile-habillement marocain à l'industrie européenne. En effet, dit-il, le développement des industriels marocains et européens est devenu solidaire et la performance des uns est devenue tributaire de la performance des autres.

    Le CETIH en France

    LE Centre d'Etudes Techniques des Industries de l'Habillement (CETIH) a été créé en France dans les années 50 conjointement par des organisations professionnelles et le Ministère de l'Industrie. M. Dominique Waquet, professionnel du service et du conseil depuis 25 ans, en est le directeur général, la présidence étant toujours attribuée à un industriel. "Dans un contexte d'après-guerre, le CETIH devait aider les entreprises à se reconstruire, dit M. Waquet. En même temps il s'attachait à introduire au sein de celles-ci le taylorisme. Il organisait des missions aux Etats-Unis pour inciter les industriels français à adapter ce modèle américain d'organisation du travail et de la production". Celui-ci consistait à rechercher un rendement maximum par "opérateur-machine-opération" ce qui se traduisait par une très grande division du travail, une hyperspécialisation.

    "Aujourd'hui, l'organisation du travail et les exigences de la productivité sont tout à fait différentes", rappelle M. Waquet. Si le secteur français du textile-habillement a fait l'objet d'importantes délocalisations, il subsiste en France 2.000 entreprises qui emploient 130.000 personnes. Réparties à travers le pays, elles sont principalement implantées dans 4 grandes régions: l'Ile-de-France, le Nord lié au textile et aux grandes entreprises de distribution, la région lyonnaise spécialisée dans la maille, et la Vendée (au Sud de Nantes). "Depuis 1984 le nombre d'emplois de ce secteur a été divisé par 2: en 10 ans 250.000 emplois ont disparu. Ceci est dû aux gains de productivité, à la croissance des importations et à la délocalisation, surtout pour les produits basiques et les produits haut de gamme", explique M. Waquet. Il est à noter que le Maroc est le premier pays de délocalisation pour le textile-habillement français. "Par ailleurs, on constate plus de reprises d'entreprises existantes que de créations d'entreprises nouvelles".

    Par contre, le rôle du CETIH, qui emploie aujourd'hui 52 ingénieurs et techniciens, s'est beaucoup élargi. Il continue à former le personnel technique (45.000 personnes ces dernières années) par l'envoi d'experts pour des stages adaptés à chaque entreprise. Mais il intervient aussi en matière d'organisation industrielle, pour l'implantation d'ateliers ou l'organisation d'une salle de coupe, les investissements d'extension, la mise en place de l'assurance-qualité, le calcul du coût de fabrication, etc...

    "Notre première approche consiste toujours à établir un diagnostic au cours duquel nous calculons le coût d'obtention de la qualité et repérons l'origine des coûts de la non-qualité. Ensuite nous proposons des actions de correction, de réorganisation ou de formation, afin de diminuer au maximum le coût de la non-qualité".

    Enfin, le CETIH fournit des programmes informatiques permettant de gérer la qualité.

    "Aujourd'hui l'efficacité des entreprises est évaluée par rapport à l'adaptation aux petites séries, par l'assurance d'un niveau de qualité constant, par la capacité de réponse rapide, la flexibilité, la réactivité", affirme M. Waquet.

    B.L

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