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    Textile-confection : Chelco : 650 emplois menacés par une fermeture

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Un conflit social oppose les dirigeants de Chelco (filiale de Courtaulds) à son personnel affilié à l'UMT. Aucun compromis n'a à ce jour permis de sauver l'entreprise malgré les interventions du Ministère de l'Emploi et des Affaires Sociales. La fermeture de l'usine mettrait 650 ouvriers au chômage.

    Les dirigeants de la société Chelco, filiale du groupe britannique Courtaulds, ont déposé à la Wilaya de Rabat une demande de fermeture définitive de leur unité de confection du quartier Takaddoum. Si cette requête est satisfaite, ce sont 650 personnes qui se retrouveront au chômage, conséquence d'un conflit entre le personnel soutenu par un syndicat et un investisseur étranger. A l'origine de ce contentieux, une non-application de la législation du travail qui a lésé les ouvriers de l'entreprise depuis sa création en 1981.

    L'usine de Takaddoum employait 650 personnes, en majorité des ouvrières, avec 1 à 2% d'effectif masculin. Ces employés qui se sont syndiqués à l'UMT après la privatisation de la société, étaient payés en dessous du SMIG et n'étaient pas affiliés à la CNSS. Un responsable de Chelco reconnaît que cette situation salariale prévalait antérieurement à l'année 1994 où elle aurait été résolue. Mais aussi bien l'UMT que le Ministère de l'Emploi et des Affaires Sociales (MAES) contestent ces dires, soutenant que les ouvriers de Chelco n'ont jamais été rétablis dans leurs droits. M. Mohamed Zakaria, membre du Secrétariat Exécutif de l'Union régionale de l'UMT de Rabat, ajoute qu'ils travaillaient aussi de nuit, les dimanches et les jours fériés. "Le salaire pour la majorité n'excédait pas 400 DH par mois", dit-il.

    Restituant Chelco dans son contexte, M. Benaddi, du Ministère des Privatisations, explique que "dans le secteur textile-confection et en l'occurrence dans la zone industrielle de Takaddoum investie parce secteur, la législation sociale est rarement appliquée, la main-d'oeuvre peu syndiquée, en général temporaire, peu qualifiée, renvoyée sans scrupules, facilement remplacée, sous-payée... ".

    L'UMT a syndiqué en 1992 les ouvriers de cette zone et présenté leurs conditions de travail au chef de la division économique et sociale de la Wilaya de Rabat. S'en est suivi la signature d'un protocole général imposant l'application progressive de la législation du travail dans un délai expirant fin 94. "Chelco est la seule société qui n'a pas respecté le protocole", affirme M. Abderrazak El Madi, directeur de cabinet du MEAS. "Alors que l'employeur était en infraction, explique-t-il, le syndicat avait fait preuve de souplesse en acceptant la régularisation progressive. Mais la direction de Chelco y rechignait tous les mois".

    Cet état de choses a nourri une tension dans les rapports humains au sein de l'entreprise, engendrant une "grève de zèle" des ouvriers (travail avec baisse de rendement). L'employeur a riposté en licenciant, en septembre 1994, 22 délégués du personnel. Un mouvement de solidarité de la part de 300 ouvriers leur a dicté une série d'arrêts de travail. "Entre-temps, nous avons subi une perte considérable de clients dont un Hollandais qui représentait 35% de notre chiffre d'affaires, dit un responsable de Chelco. Au mois de novembre, les grévistes ont bloqué chaque jour le travail des autres ouvriers en se postant avec agressivité à la porte de l'usine. Ayant fini par perdre notre clientèle à 100%, nous avons fermé l'entreprise".

    Aucun compromis

    Mais selon M. Zakaria, l'ex-directeur général marocain de Chelco aurait décidé de fermer l'usine dès les premiers arrêts de travail en renvoyant la totalité des 650 ouvriers. Profitant des circonstances et clamant que les ouvriers étaient en état de grève, il aurait engagé des travaux de réparation des locaux A la fin de ceux-ci, il déclare que la nouvelle capacité d'emploi de l'usine n'est plus que de 320 ouvriers.

    M. Zakaria soutient que toute cette affaire a été envenimée par la direction marocaine de Chelco. "Nous avons rencontré le PDG britannique de la société. Il avait beaucoup de préjugés sur l'UMT mais, lorsque nous l'avons informé de la condition des salariés, il a reconnu nos revendications et a même décidé de reprendre les 650 ouvriers sans exception. Mais le DG marocain s'y est formellement opposé".

    Depuis janvier 1995, le MEAS intervient dans ce conflit pour tenter de lui trouver une solution, réunissant à plusieurs reprises l'UMT et les administrateurs de Chelco. Ces derniers n'ont voulu reprendre progressivement que 320 personnes, en priorité ceux qui n'avaient pas suivi le mouvement de grève, et en indemnisant les autres, ce que refuse l'UMT. Jusqu'à ce jour aucun compromis n'a été trouvé. "En matière de conflits collectifs, le MAES ne peut adopter qu'une attitude de conciliation et d'arbitrage et non une position coercitive, indique M. El Madi. Les problèmes sociaux sont des problèmes humains et donc complexes: ils ne peuvent être réglés par voie juridique de notre part"

    Une croissance qui ignorait la législation du travail

    La société Chelco (Chellah Confection), au capital de 8 millions DH, a été créée en 1981 par l'Office de Développement Industriel (ODI), engageant 2 autres actionnaires le groupe britannique Courtaulds CTIL Investment Limited et le groupe textile Snoussi. Chacun des associés détenait environ 1/3 du capital.En 1992, Courtaulds rachète les parts de l'investisseur privé marocain et en avril 1993, dans le cadre de la privatisation, celles de l'Office. Le prix global de ces 2 opérations se monte à environ 1 million de DH (25.600) actions au prix unitaire de 330,88 DH). Chelco est spécialisée dans la confection out-wear pour hommes, femmes et enfants, en soustraitance, en produits semi-finis et finis. Chelco comprend en fait 2 unités de production, une à Salé, qui fonctionne aujourd'hui normalement, et une à Rabat, divisée en 2 sous unités, la 2ème ayant été créée en 1987 pour servir la 1ère en tissu coupé (toutes les deux sont fermées actuellement, la seconde ayant été bloquée par la fermeture de la 1ère).

    L'investissement cumulé pour les 2 sous-unités de Rabat tournait autour de 27 millions DH en 1992 (il représentait 13,7 millions DH en 1987), affirme un responsable de l'ODI.

    Quant à l'effectif ouvrier global pour ces 2 usines, il est passé de 581 en 1987 à 750 en 1989 et à 1.050 en 1994. "Cela prouve que la capacité d'emploi n'a cessé d'augmenter, contrairement à ce que prétend le directeur général marocain de Chelco", justifie le même responsable à l'ODI. Le chiffre d'affaires de l'entreprise, de 20 millions de DH en 1987, a baissé en 1988 à 18 millions pour reprendre à partir de 1989 une hausse continue jusqu'en 1992 où il s'élevait à 26,9 millions. Mais suite aux perturbations sociales qu'a connues l'entreprise depuis septembre 1994, Chelco a perdu "plus d'argent que tous les bénéfices qu'elle avait cumulés depuis 1981", affirme un de ses responsables.

    Dans le milieu textile une rumeur circule faisant dire aux responsables britanniques de Chelco qu'ils avaient été abusés par certains conseillers marocains qui leur avaient fait croire qu'ils pouvaient payer les ouvriers en dessous du SMIG durant les 5 premières années d'exercice. A ce propos, M. Abderrazak El Madi, directeur de cabinet au MEAS, rétorque que nul n'est censé ignorer la loi, surtout un investisseur qui décide de s'implanter dans un pays étranger.

    B.L.

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