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Terrorisme biologique, l’autre voie pour semer la mort?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2684 Le 02/01/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004Le mois dernier, l’organisation internationale Interpol, basée à Lyon (France), a joué l’exercice «Mort noire», destiné à mieux contrer toute menace de «bioterrorisme», cette forme de terrorisme qui  utilise des virus, bactéries et autres toxines comme une arme pour tuer des êtres humains. Le scénario de l’exercice s’est voulu réaliste. Des militants devaient disperser un agent biologique dans les tribunes combles d’un stade lors d’une grande manifestation sportive. En introduction au dossier d’exercice figurait cet avertissement du secrétaire général d’Interpol: «En utilisant des bactéries mortelles, des terroristes pourraient multiplier des pertes humaines et le faire sans l’aide d’une infrastructure sophistiquée ni l’appui d’un Etat. Considérer ce type d’attentat comme une éventualité lointaine et improbable serait une erreur que nous ne devons pas commettre».Interpol est dans son rôle quand il envisage le pire. Il le fait à la veille de grands évènements sportifs internationaux où la sécurité du public est un souci prioritaire pour des responsables confrontés à la banalisation du terrorisme. Toute réflexion dans ce domaine semble donc utile. Toutefois, cette sorte de terrorisme est exceptionnelle car les agents biologiques sont difficiles à fabriquer, à conserver, à projeter. Quelle que soit la peur qu’une telle arme peut inspirer, son efficacité à ce jour semble moindre que celle d’armes à feu ou d’explosifs, infiniment plus simples à se procurer et à mettre en œuvre. La plus imposante tentative d’empoisonnement d’une population jamais recensée a eu lieu à Tokyo dans les années 1990. Lors de sept attaques de grande ampleur, lancées entre 1990 et 1993, la secte Aum a dispersé des milliers de litres d’anthrax* ou de toxine botulique*. Bilan: un coût très élevé, des résultats nuls.En 1988, Aum réunit une équipe de scientifiques pervertis mais de haut niveau afin de mettre au point des armes biologiques. L’argent ne manque pas. Des millions de dollars permettent d’effectuer les recherches dans des laboratoires bien équipés. De multiples essais sont effectués avec la toxine botulique, l’anthrax, le virus du choléra, celui de l’Ebola… L’objectif est de provoquer une énorme tuerie. En avril 1990, la secte Aum déclenche sa première attaque. Trois camions-citernes, équipés de puissants vaporisateurs d’aérosols, dispersent des milliers de litres de toxine botulique contre des objectifs symboliques, palais impérial, Diète, ambassade américaine à Tokyo, bases navales US, aéroport international de Narita. En dépit des quantités considérables de produit diffusé, non seulement aucune perte en vie humaine n’est à déplorer mais l’attaque elle-même passe complètement inaperçue. Plusieurs actions similaires, à l’anthrax cette fois, sont menées entre juin et août 1993. Outre l’utilisation des camions- citernes, le produit est aussi vaporisé à partir du toit du quartier général de la secte. Là encore, nul ne se rend compte de quelque chose. . Des armes biologiques aux armes chimiquesLa secte Aum abandonne alors la bactériologie pour se consacrer aux armes chimiques, plus connues et déjà expérimentées. Le 20 mars 1995, c’est l’attaque du métro de Tokyo. Elle est menée avec du gaz sarin*, contenu dans neuf réservoirs en plastique disposés dans les wagons de cinq trains différents. L’attentat a lieu à une heure de grande affluence. 12 personnes succombent aux émanations, 5.500 autres sont incommodées, certaines, peu nombreuses, le sont gravement. Ce résultat peut être comparé au bilan des attentats de Madrid du 11 mars 2004. Aum a dépensé des millions de dollars et travaillé des années pour concevoir ses engins de mort. En Espagne, six mois de préparation et moins de cent mille dollars ont suffi à une vingtaine d’islamistes pour tuer 191 personnes avec 10 bombes artisanales. Une remarque similaire peut être avancée s’agissant de l’anthrax, diffusé aux Etats-Unis, sous forme de poudre blanche et par courrier, dans les semaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre. Les lettres empoisonnées provoquent certes la panique dans un grand nombre d’entreprises dont certaines choisissent de fermer. Une simple trace de poudre blanche -parfois du sucre- relevée dans une feuille de papier, suffit pour affoler. Au total, cette forme de terrorisme dont l’auteur n’a jamais été identifié, se révèle peu efficace avec 5 tués et 22 personnes malades mais guéries. A l’inverse, le tueur de Washington, dit le «D.C. sniper», John Mohammed, embusqué à l’arrière de son break, sème la terreur entre les 10 et 22 octobre 2002 en tuant dix passants au moyen d’un fusil d’assaut acquis sans difficulté et pour un coût modeste chez un armurier.A l’évidence, des organisations terroristes ne peuvent être qu’attirées par de grandes compétitions sportives où tout évènement un peu anormal provoque un fort retentissement. Cependant, le massacre de Munich lors des JO de 1972, la bombe qui explose au parc olympique d’Atlanta le 27 juillet 1996 (2 morts, 122 blessés), ou l’incident survenu le 10 octobre 2005 quand un étudiant de l’université d’Oklahoma se fait exploser avec sa bombe sans avoir pu pénétrer dans l’enceinte de l’Oklahoma Memorial Stadium où 85.000 personnes assistent à un match de football, démontrent la supériorité des explosifs sur les microbes. L’utilisation de bactéries en tant que moyen d’action terroriste relève toujours de l’anecdote.On ignore les conclusions de l’exercice d’Interpol. Que cette organisation se penche sur les dangers du bioterrorisme et les moyens de s’en prémunir est nécessaire. Comme Paul Valéry l’avait dit: «L’histoire n’enseigne rigoureusement rien». Provocateur, le propos est aussi parfaitement exact. Personne ne peut dire qu’un savant criminel ne sera jamais capable d’inventer un jour une arme biologique meurtrière et relativement facile à mettre en œuvre lors d’un attentat terroriste. En l’occurrence, le passé compte peu s’il ne garantit pas l’avenir!


Quelques échantillons...

* L’anthraxAnthrax est le mot anglais pour maladie du charbon, identifiée. La porte d’entrée de la bactérie est constituée par de petites blessures cutanées mais les spores obtenues en laboratoire peuvent aussi infecter la peau. Après un à trois jours d’incubation apparaît sur la peau une petite vésicule qui s’entoure d’un œdème où l’on observe des vésicules secondaires qui se transforment en escarres recouvertes d’une croûte noirâtre. A ce stade, la maladie est encore parfaitement curable. Non reconnue, la maladie se généralise en quelques jours par voie lymphatique et la septicémie devient rapidement mortelle. * La toxine botulique La bactérie responsable du botulisme provoque une toxi-infection alimentaire, généralement contractée lors de la consommation de conserves avariées, et responsable de paralysies musculaires. Ses propriétés neuro-toxiques en font le plus puissant poison connu. La toxine est thermolabile (elle perd ses propriétés toxiques à partir d’une certaine température) mais elle est résistante aux acides et aux sucs digestifs.* Le sarinDécouvert en 1937 par les Allemands, le gaz sarin inhibe l’influx nerveux, ce qui entraîne des convulsions musculaires et la paralysie des muscles respiratoires. Deux voies de pénétration sont possibles, respiratoire et cutanée. Le sarin est le plus puissant des trois premiers gaz neuro-toxiques, plus connus sous le nom d’agent G, les deux autres étant le tabun et le soman.

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