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    Télévision : Le piratage grève les comptes de 2M

    Par L'Economiste | Edition N°:220 Le 07/03/1996 | Partager

    "Voilà, je vous rapporte mon décodeur parce que je n'ai personne avec qui partager l'abonnement". La scène se passe dans une agence de 2M. Au siège, on est partagé: s'indigner des fraudes ou rire de la naïveté avec laquelle elles sont commises.


    Par recoupement entre les enquêtes des bureaux d'études Créagie et Sunergia, Mme Khadija Mouhaddab, directrice commerciale et marketing de la chaîne privée 2M, estime qu'entre 500.000 et 600.000 foyers marocains sont des "abonnés sauvages": "Ils regardent régulièrement les émissions puisqu'ils savent très bien ce que nous avons diffusé la veille ou la semaine d'avant, mais ils ne nous payent aucun abonnement". La chaîne a 105.000 abonnés dans ses listes. Mais l'abonnement est depuis la naissance de la chaîne, il y a sept ans, le premier poste de recettes. Les quatre cinquièmes du chiffre d'affaires viennent des abonnements: 220 millions nets face aux 62 millions de DH (nets de commissions) des recettes publicitaires. Si les estimations des fraudes sont exactes et que les téléspectateurs clandestins acquittaient un abonnement normal, alors la chaîne serait une affaire en or. C'est du moins le raisonnement de l'état-major de 2M. En souhaitant disposer d'armes juridiques plus efficaces contre le piratage, l'état-major de 2M annonce que l'exercice 1995 aura été "légèrement" déficitaire. Le marché publicitaire, confié à Régie3, se développe pourtant rapidement: les recettes nettes ont été multipliées par trois sur les sept dernières années, soit un rythme plus rapide que la croissance du marché. 2M accueille 42% du marché publicitaire de la télévision, dont l'essentiel sur la tranche en clair.
    Pour les téléspectateurs clandestins, il ne s'agit pas de fraudes techniques au niveau du décodeur comme dans le cas de la chaîne française Canal+, mais de branchements sauvages: plusieurs familles sur le même décodeur. "Notre nouvelle loi, celle de 1994, n'est pas efficace, rien à voir avec celle de 1985 en France: avec ses amendes et ses peines de prison, elle est réellement dissuasive", commente M. Tawfic Bennani-Smires, directeur général de 2M. Il souligne qu'en France la loi anti-pirates s'est d'ailleurs appelée "Loi Canal+", car elle avait été taillée pour faire face aux fraudes dont était victime la chaîne cryptée.
    A fin 1994, le déficit cumulé des sept années passées s'était établi à 315 millions de DH. "Nos grandes masses sont simples: 150 millions de frais généraux dont 72 millions de masse salariale, 120 millions d'amortissements et 45 millions de frais financiers". En face, le chiffre d'affaires est de 280 millions de DH, même si en sept ans les recettes publicitaires ont été multipliées par trois. "Il faudra peut-être augmenter le capital une nouvelle fois", s'interroge M. Bennani-Smires, mais il précise que la décision ne lui appartient pas. Il reconnaît que le dossier est complexe: rentabilité immédiate d'un côté et, de l'autre, investissement à long terme pour "que des Marocains soient présents sur les technologies des communications comme sur les produits culturels à véhiculer".
    La prochaine émission "Ça vous intéresse"(1) devrait poser la problématique de l'économie de la télévision, publique ou privée, aux travers des contraintes juridiques et financières.
    Le véhicule culturel a d'ailleurs été l'un des axes de la refonte de la politique de 2M, lorsqu'elle a abandonné ses ambitions internationales pour se définir comme une chaîne de proximité. "Le parc des paraboles a explosé d'une manière sauvage, bien que nous ne soyons pas du tout contre elles", précise M. Bennani-Smires.

    Nadia SALAH

    Subventions? Non merci, sans façon


    Dès qu'il est question de l'entreprise 2M vient immédiatement la question d'éventuelles subventions. Et dès qu'il est question de subvention à la culture, 2M est citée parmi ceux qui devraient bénéficier de la sollicitude de l'Etat, en réalité la sollicitude du contribuable.
    Jusqu'à présent, seuls quelques aspects politiques de la question ont été évoqués, et ce alors que la chaîne elle-même n'a pas demandé de subvention: "Les contacts réguliers que nous avons avec les pouvoirs publics concernent d'une part les changements intervenus dans le paysage audiovisuel depuis que nous avons pris la concession et, d'autre part, notre souhait d'améliorer notre environnement réglementaire", explique M. Bennani-Smires. A 2M comme dans l'état-major de l'ONA, principal actionnaire et opérateur de 2M, subvention ou pas subvention n'est qu'un faux problème.
    Il est évident que, comme TVM, 2M a un rôle politique, même si, dans un cas comme dans l'autre, les tabous coupent court aux discussions sereines. TVM vit des redevances prélevées sur les notes d'électricité, d'une subvention budgétaire de fonctionnement (environ 200 millions de DH), des subventions d'équipements et de ses recettes publicitaires. Si sa masse budgétaire est considérablement plus élevée que celle de 2M, elle reste très faible au regard des montants mis en jeu dans les chaînes européennes et même turques ou égyptiennes. En outre, la chaîne publique a une série d'obligations dites de service public, mais dont les contours sont mal définis. D'ailleurs, ses objectifs sont, eux aussi, mal définis. A fortiori a-t-elle des difficultés à fixer les critères sur la base desquels le gouvernement et les parlementaires vont déterminer les budgets qu'ils lui allouent.
    De l'autre côté, 2M est elle aussi enserrée dans des contraintes contradictoires. Elle est et reste une entreprise privée, soumise par nature à des obligations d'efficacité économique. Ces obligations sont renforcées depuis que l'ONA a placé une partie de son capital dans le public. Ces impératifs de rentabilité à court terme sont compliqués par les impératifs d'investissement à plus long terme: s'introduire sur des niches de la technologie mondiale de la communication. Enfin, elle a aussi des contraintes quant à son rôle socio-politique dans la modernisation du pays.
    Par-dessus ces deux acteurs du paysage télévisuel marocain sont venus s'ajouter près d'un million de paraboles, dont quelques programmes (Egypte et MBC, principalement) mettent à mal l'audience de TVM. Dans cet environnement, ce ne sont pas les subventions qui sont le point-clef, mais au contraire, la politique audiovisuelle.

    N.S.

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