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Culture

Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAVingtième épisode: Le premier droit reconquis

Par L'Economiste | Edition N°:1164 Le 13/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsL'ex-épouse Belkbir a repris son nom de jeune fille, Bennouna, après son divorce pour faire cesser les persécutions administratives et policières. Mais elles ont continué. Désespérée, elle tente de se suicider. Son fils, 13 ans, la découvre inanimée et prévient un oncle.L'alerte donnée, le frère Belkbir vint immédiatement accompagné d'un réanimateur qui prit les dispositions nécessaires.Elle fut évacuée en ambulance vers la clinique Tazi de Fès. Les premiers soins d'urgence administrés, le sérum injecté et la voilà qui reémerge lentement vers la surface de sa conscience.. L'égoïsme salvateurA peine entrouvrit-elle les paupières qu'elle tança tous ceux qui se penchèrent vers elle par un:“- Pourquoi?- …- Pourquoi?- …- Pourquoi ne m'avez-vous pas laissée livrée à moi-même? Pourquoi vous mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas? Pourquoi? Pourquoi m'avez-vous sauvée? Hein, répondez! Pourquoi m'avez-vous empêchée de mourir?- Mais maman, tu aurais pu attendre au moins que j'aie le bac!”Cet égoïsme naturel des jeunes enfants lui rendit le sens de ses responsabilités. Elle fut prise d'un profond remord.Elle s'en voulut de cet instant de faiblesse où elle avait désespéré de la miséricorde divine. Pour son pardon, les circonstances exceptionnelles qui l'avaient amenée jusqu'au seuil du “tout est à jeter avec la vie”. Elle réintégra cette routine où rien n'arrive… Si ce n'est quelque émissaire du fin fond de Rich, d'un douar nommé Tazmamart, qui enfin ressuscite l'espoir d'une vie après la mort.Après une petite convalescence de quelques jours à Tanger en compagnie de son fils, elle décida de reprendre ses tournées dans le dédale administratif national. Le tour du Maroc administratif en 80 jours, en 80 semaines ou 80 mois…Si Dieu lui avait prêté plusieurs vies, elle les aurait totalement consacrées à monter et à descendre les escaliers de la belle administration marocaine, à la recherche de sa vérité.. A la reconquête du passeport Deux ans après avoir obtenu son divorce, elle se remit à la conquête du livret vert. Elle le déposa sans trop se faire d'illusions. Une agréable surprise l'accueillit au sortir de la longue procédure. Une convocation de l'arrondissement l'invita à retirer son passeport.Ce qu'elle fit, sans trop se presser cependant. Une longue fréquentation des déceptions ouvre des fenêtres de méfiance devant toute nouveauté n'ayant aucun lien avec la désillusion. Comme n'importe quel citoyen lambda, elle signa le registre, resigna un autre reçu, se le fit tendre, le sourire administratif en prime. Curieusement, elle n'éprouva pas une joie irrépressible, pas d'allégresse. Non, rien qu'un soulagement. Un profond soulagement.Deux décennies d'usure des émotions, le “pedigree” de sa douleur, avaient émoussé les joies.. Ouvrir d'autres frontsLa perspective du passeport lui ouvrit d'autres fronts.Et la meilleure manière d'utiliser un passeport reste encore le voyage. Ce mot, voyage, longtemps banni de son quotidien, devint subitement un sujet actif. Elle correspondait depuis plusieurs années avec son ancien professeur d'anglais de la classe de sixième jusqu'à la classe de terminale au lycée de Fès. Cette femme était citoyenne américaine et activiste dans le Peace Corps. Une relation de profonde amitié l'avait unie à la famille Bennouna. Il n'était pas rare qu'elle fasse honneur au thé maternel. Toujours présente dans les festivités familiales, elle assistait naturellement aux grandes fêtes, apportant sa touche d'insolite ou d'exotique dans le cadre traditionnel. Depuis les Etats-Unis, elle s'empressait d'envoyer des colis à la famille.Par ce lien épistolaire, l'une racontait à l'autre chaque étape du singulier parcours, avant, pendant et surtout après.Ainsi, dès qu'elle se maria, elle en avisa son professeur. Pour l'Américaine, on eut dit qu'elle mariait sa propre soeur tant elle s'était impliquée.Tout au long de sa courte vie conjugale réelle, l'une manquait rarement l'occasion de s'entretenir avec l'autre des mille et un petits détails de la vie à deux. Jusqu'à la naissance du bébé. Occasion pour l'Américaine de couvrir le bébé de cadeaux et de vêtements.Une caractéristique de cette Américaine d'origine irlandaise répondant au nom de Patricia O'Reilly: Autant elle pouvait se révéler précieuse auxiliaire de la joie de son ex-élève, autant elle pouvait lui témoigner un soutien remarquable lors de l'épreuve.. Rejoindre PatriciaCe fut le cas lors de l'incarcération légale.Et plus encore lors de la négation officielle du tragique statut de son mari après août 73. A chaque tentative de renoncement de la Marocaine, l'Américaine se trouvait là pour l'en dissuader et l'assurer de son soutien pour reprendre la lutte contre l'absurde destin qui était le sien.Petit exemple parmi tant d'autres: si elle a pu leur arracher son passeport, c'était en partie grâce à Patricia O'Reilly, dont la persévérance porta ses fruits. . Visa de dix ansEt c'est tout naturellement, une fois le document de voyage délivré, libéré devrait-on dire, qu'elle la convia pour un petit séjour à San Francisco. Le visa au consulat américain ne fut qu'une formalité.L'ex-épouse Belkbir obtint un visa octroyant un droit d'entrée et de sortie dans le territoire des Etats-Unis d'une durée de dix ans. Toute sa famille la poussa à entreprendre le voyage. Son fils et sa mère en premier. Après les derniers préparatifs, elle eut du mal à réprimer une appréhension. Elle était persuadée qu'à l'ultime passage frontière à l'aéroport, elle sera appréhendée et empêchée d'embarquer.Il n'en fut rien.Même sa famille n'en crut rien elle aussi, mais ne fut démentie par les faits jusqu'à ce que l'appareil eût quitté le sol national.A mesure que l'avion s'éloignait, elle eut loisir à contempler les reliefs tortueux de son pays. Son périple au pays des démocrates et des républicains serait à marquer d'une croix blanche. Son hôte, Patricia O'Reilly, se montrerait plus qu'à la hauteur de l'amitié qui la liait à son ancienne élève.. Une renaissanceDurant près d'un mois, elle lui fit découvrir la Californie en long et en large, sous toutes les coutures, à travers ses plus remarquables aspects.Plus, beaucoup plus qu'un simple voyage, cette virée dans la côte ouest était assimilable à une véritable renaissance.La malheureuse tentative d'atteinte à ses jours fut complètement évacuée par ce souffle d'air frais dans ses cellules revivifiées dans un état d'esprit en train de se remettre à neuf. On s'occupait d'elle. On faisait attention à elle. On était suspendu au moindre énoncé de désirs tombant de ses lèvres.. Demain, Vendredi 14 décembre: Lobbying américain

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