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    Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAVingt-et-unième épisode: Lobbying américain

    Par L'Economiste | Edition N°:1165 Le 14/12/2001 | Partager

    . Résumé des épisodes précédentsL'ex-épouse Belkbir n'a plus de nouvelles du capitaine Belkbir, numéro deux d'Ahermoumou et enterré vivant depuis des années à Tazmamart. Sa femme, pour pouvoir mener une vie normale, a fini par obtenir son divorce, puis deux ans plus tard son passeport. Divorcée, elle n'a pas pour autant renoncé à retrouver son époux. Elle part aux Etats-Unis, chez son ancien professeur d'anglais, Patricia, qui a préparé des rencontres politiques de manière à faire pression sur les autorités marocaines.Aux Etats-Unis, madame Belkbir-Bennouna était le centre d'attention au lieu d'être le centre des pressions. Elle respirait au lieu d'expirer. Elle put mesurer de la place du libre arbitre dans la cité. Elle mesura le respect dont jouit l'individu dans cette lointaine contrée. Elle mesura aussi le poids des lobbies dans le mécanisme de prise de décision politique et surtout économique.Dès lors, elle tenta, elle et son amie américaine, une petite percée au sein du Congrès, histoire de faire jouer un peu la pression outre-atlantique. Elle rencontra quelques congressmen/lobbyistes en relation avec la portion géographique idoine, exposa son cas puis accomplit certaines formalités et attendit. Le lobbying étant une affaire de patience. Elle s'efforça de ne plus y penser.Elle poursuivit son périple, ne vivant que pour l'instant présent tout en s'efforçant d'oublier le terrible souci du pays. Elle arriva au terme de son voyage. Ce n'est pas par le calendrier qu'elle le sut, mais par la lente montée de l'angoisse qui commençait à la gagner petit à petit. Elle perdit progressivement le goût des choses, ne songeant plus qu'au retour et à son cortège de non-surprises.Elle prit congé de sa très hospitalière Américano-Irlandaise, la gorge nouée mais sans larmes. Dans l'avion, elle essaya de se chercher un pôle d'intérêt, en dehors de l'avenir de son fils, mais n'y parvint pas. A son retour sur la terre natale, elle se sentit un peu orpheline de l'air de liberté donné par ce voyage, orpheline de la gentillesse et de la disponibilité de Miss O'Reilly.Ah! Patricia!Comme seuls en sont capables les admis au devoir d'amitié, Patricia incarnait le dévouement à une cause, personnifiait l'attachement. Jamais en reste de soutien, elle s'estimait concernée par le destin de son élève. La dernière image qu'elle garda d'elle fut cette longue accolade à l'aéroport.Elle ne la revit plus.Toujours cette paranoïa et ses conséquences. Conformément à ses appréhensions, les mois se suivirent et se ressemblèrent dans leur morne défilement. Les nouvelles des émissaires de Tazmamart ne la faisaient plus autant tressaillir que par le passé.. Plus vaine était l'attenteElle avait l'impression que plus le temps passait, plus vaine était l'attente. Elle doutait même des émissaires.Elle en était arrivée à penser qu'ils étaient moins porteurs de nouvelles de leur prisonnier que d'ambition d'être payés. La preuve lui fut administrée bien plus tard: de la montagne d'habits qu'elle envoya, rien ou presque n'était arrivé à destination.A leur décharge cependant, l'impossibilité absolue pour eux de faire entrer quoi que ce soit de l'extérieur. Les vêtements auraient été immanquablement découverts. Et les émissaires frappés d'effroyables châtiments.Bientôt quinze ans depuis ce mois d'août 73.Des bribes de nouvelles, des versions différentes qui se recoupaient très difficilement.. Silence ahurissantPeut-être les émissaires entretenaient-ils sciemment le mensonge de la vie. Pour profiter de l'espoir, de la souffrance. Et ce silence absolument ahurissant de tous concernant son drame… Donc, elle continua de faire son devoir, la conviction en moins.C'est qu'elle avait des préoccupations immédiates. Son fils devait passer son bac. Elle appréhendait cette épreuve.Combien de fois avait-elle répété sa thèse sur l'effort personnel, sur l'effort de suivre un chemin ardu mais responsable, sur l'inéluctable nécessité de se prendre en charge soi-même sans compter sur personne… En prenant d'abord et avant tout comme point de départ le baccalauréat: un sésame et de nos jours encore, un indispensable tremplin.Elle ne désarmait jamais pour lui remettre à jour leur situation:“- Tu n'as ni héritage à recevoir, ni de rente à gérer. Ton père n'est pas là pour t'asseoir une situation ou de te tracer un avenir. Sache qu'il n'a eu ni le temps de tisser un réseau de relations sur lequel tu pourrais t'appuyer, ni l'opportunité de nous donner un confort matériel! Ta seule et unique voie de salut réside dans les études. Le premier round de ton combat est le bac. Vu tes capacités, ce ne sera qu'une pure formalité. Je ne te répéterais jamais assez que seules les études, dans ton cas, donnent accès à la dignité sociale. Tant que je serai là, j'assurerai l'essentiel. A toi de jouer!”. Nouvelle humiliationEt il joua et gagna.Mais avant l'épreuve et à l'instar des futurs bacheliers, il remplit une dizaine de formulaires pour l'après-bac.Dans la foulée, il remplit sans trop y croire les dossiers de préinscription pour l'école préparatoire de HEC Paris option économique ainsi que quelques autres villes.Contre toute attente, il décrocha aussi la prépa en France plus précisément à Orléans et à Montpellier.Seulement, et avant cet exploit, il fallait passer par les fourches caudines de l'administration.Ah, l'administration!Le dossier du bac exigeait la signature du père du candidat, sinon son tuteur en cas de décès ou d'incapacité paternelle.Cette malédiction de la suspicion administrative n'a visiblement pas été conjurée. Une fois encore, Sisyphe était convoqué pour prêter main-forte à celle qui s'apprêtait à investir l'administration.“- Madame, votre fils ne pourra pas passer son bac si la signature du père ne paraphe pas ce document. On n'y put rien, c'est la loi. On ne peut pas aller à son encontre! - La loi, vous vous gargarisez avec ce mot quand ça vous arrange. En son nom, vous commettez les pires abus. Vous voulez priver mon fils de son examen parce que son père, dont vous n'ignorez pas le sort, doit absolument signer le document.- On va voir qui aura le dernier mot dans cette affaire”.Elle décida de frapper fort.Elle menaça tout son auditoire d'en référer au cabinet de Basri, le ministre de l'Intérieur, celui que tous les médias du monde n'oublient jamais de qualifier de “puissant” et même de “tout-puissant”, ne laissant rien ou presque rien à Dieu.Et même dans ces lieux de “hautes décisions” et d'implacables instructions, on se fit violence et l'on adopta une mine compassée. Objectif: faire bifurquer l'intéressée vers un lieu plus intéressant pour elle, à savoir le bureau d'un “concerné autoritairement plus responsable”.

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