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Culture

Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAVingt-deuxième épisode: Encore les persécutions administratives

Par L'Economiste | Edition N°:1166 Le 17/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsSa mère avait été, quarante ans auparavant, la première Marocaine à avoir son permis de conduire. Ainsi, avait-elle participé à la lutte pour l'Indépendance. Or, sa fille, dont le mari est prisonnier à Tazmamart, est persécutée: leur enfant doit faire signer ses papiers du baccalauréat par le père et par personne d'autre! Déjà pour obtenir un semblant d'autonomie, elle avait dû divorcer. Les fonctionnaires lui opposent sans cesse les ordres, les lois, leur impuissance pour refuser ses droits élémentaires. Ils ont un discours tout prêt qu'ils servent à chaque occasion.Une fois de plus, elle accueillit les confessions d'impuissance et ces fuites devant toute responsabilité. Et ce, de la bouche même du premier responsable de son dossier par une interpellation quasi désespérée:“- Vous allez nous poursuivre longtemps comme ça par votre hargne, par votre vindicte. Votre paranoïa souffrirait-elle quelque limite par hasard? - Qu'est-ce qu'il vous a fait lui, il n'a que dix-sept ans! Pourquoi refusez-vous de lui délivrer ce à quoi il a droit constitutionnellement? - … - Pourquoi?-…- Vous avez quelque chose contre lui? Alors, si c'est le cas, montrez-là-moi, dites-moi ce qu'on lui reproche?-…- Vous n'avez rien, c'est ça ce qui vous embête, vous avez beau chercher, vous ne trouvez rien!-…- Vous avez détruit ma vie, celle de son père et maintenant, vous vous acharnez sur le fils! Ça ne vous suffit pas ce que je subis, vous voulez adjoindre mon fils à ma souffrance? Votre conception de la solidarité familiale, n'est-ce pas? - …- Vous savez ce que vous êtes en train de faire? Vous êtes en train de lui salir son avenir, de le lui obscurcir. Il a réussi là où plusieurs ont échoué. Est-ce là son tort? - …- Vous avez entre vos mains son avenir et tout ce que je vous demande, c'est de ne pas le lui aliéner!”Ce qu'il y avait de plus pitoyable ou de plus rageant -selon qu'on se mette d'un côté ou de l'autre du guichet- c'est que la mère aurait pu continuer longtemps sur son discours. Dénoncer leur irresponsabilité, leur impéritie en révoquant toute prudence, en oubliant toute réserve…Rien ne changeait dans la position de l'interlocuteur officiel, qu'il soit celui qui statue ou celui qui exécute.On écoute d'un air pénétré. On abonde dans le même sens. On compatit. On comprend. Mais on se garde de promettre si ce n'est de vagues assurances, sur le temps ensoleillé du lendemain, sinon du surlendemain…Résultat de toutes ces auditions à la limite de l'humiliation, rien!Aucune motivation officielle n'a évidemment accompagné la mesure de refus. Madame Bennouna, ex-Belkbir, menaça d'esclandres, des pires représailles si elle n'obtenait pas le droit de signer immédiatement le dossier du bac pour son fils, à la place du père.Finalement, elle leur arracha cette possibilité juste avant l'expiration de l'ultime délai pour le dépôt des dossiers. Même scénario une fois le bac en poche. Mais là, ce fut l'inertie qui gagna.La mauvaise volonté administrative fut plus forte que le désir du fils de poursuivre hors frontières ce à quoi ses compétences scolaires l'avaient destiné.. Un échec qui soulageCependant, même sous des dehors révoltés, la mère était au fond d'elle moins insurgée qu'elle ne le laissait paraître à son fils. Plutôt soulagée.En revanche, lui, la mort dans l'âme, se résolut à suivre un cursus universitaire imposé. Ses deux premières années universitaires s'écoulèrent à la faculté des sciences économiques de Fès. Le même sérieux imprimé à ses études primaires et secondaires se retrouva lors des deux années universitaires.Cependant, l'Université de Fès était très agitée. Les confrontations gauche/extrême-gauche pour le leadership estudiantin allaient contrarier son parcours.En cette fin des années 80, le campus de la Faculté de Fès se singularisait par rapport aux autres facultés du pays. Une atmosphère particulière y régnait.D'antiques étudiants gauchistes, dont l'âge se situait entre la trentaine et la quarantaine, végétaient dans le troisième cycle de la branche philo.Il n'était pas rare qu'en plein mois de Ramadan, des nihilistes de tout poils provoquent les autres étudiants en s'allongeant sur le gazon jauni par la sécheresse, un verre de jus d'orange à la main. L'atmosphère, très tendue. Les esprits bouillonnaient. Au début, des heurts sporadiques s'étendirent et devinrent petit à petit systématiques. Pas une semaine ne s'écoulait sans que cette confrontation ne fît couler du sang. . Troubles à la facLes forces de l'ordre s'en mêlèrent et distribuèrent leur ration de coups à droite et à gauche, au masculin et au féminin, aux imberbes et aux barbus, aux attirantes et aux laideronnes, aux brillants et aux cancres. Tout cela sans distinguer spectateur indigné mais passif et acteur… actif.La bande Abou-Ali squattait la cité universitaire. Elle imposait sa loi, ses vues et ses appréciations sur la façon dont devaient se dérouler les cours.Elle rackettait les étudiants à telle enseigne que la plupart d'entre eux devaient s'acquitter de l'impôt “qaâydi marxiste révolutionnaire” au restaurant où chaque porteur de plateau avait obligation de s'alléger de quelque nourriture en faveur des camarades, qui avaient été mis à l'ombre.Il n'était pas rare de voir des cours magistraux interrompus par des illuminés. Ils arrachaient le micro des mains du professeur soumis. Ils commençaient à professer à une assistance mi-ennuyée mi-terrorisée une introduction maladroite à la vulgate marxiste-léniniste, la vie et l'oeuvre de Vladimir Ilitch Oulianov plus connu sous le nom de Lénine… sa prise de conscience des maux de la société russe. C'était pour eux la transition toute trouvée pour passer à la société marocaine “gangrenée par la pauvreté extrême, pourrie par le luxe suprême, le capitalisme indécent”. “Un vampire” qu'il faut éradiquer pour préserver le caractère juste et sain de notre bonne société…On le sait, le discours des baâssistes n'a jamais fait dans la nuance ni dans la mesure! Bien entendu, tous ces cours sur les remèdes radicaux pour éradiquer les métastases capitalistes n'étaient pas du goût du Décanat qui après consultation puis instruction fit dépêcher des forces de l'ordre conséquentes.Qui chargèrent. Des “martyrs” tombèrent. Qui du haut d'un toit, qui succombant à une crise cardiaque. L'armée prit position autour de l'université.Les débats parlementaires mirent à l'ordre du jour la situation à l'Université de Fès. Comme les étudiants avaient boycotté la première session, le Décanat décida que celle-ci a été effectivement passée.On décréta une seule session. Une seule et unique session sans possibilité de rattrapage. Tout le programme de l'année au péril d'un seul examen.A prendre ou à laisser. L'année blanche fut évitée d'extrême justesse. Il s'en est fallu d'un cheveu légal pour que le pays perde quelques dizaines de milliers de journées de travail! Le fils mena jusqu'à son terme l'année universitaire et arracha son DEUG, malgré les circonstances.La rentrée universitaire d'après, le spectre de l'année blanche menaçait cette fois-ci réellement d'obscurcir l'horizon estudiantin.

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