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Culture

Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAVingt-cinquième épisode: Première rencontre avec le fils

Par L'Economiste | Edition N°:1169 Le 21/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsLe capitaine Belkbir a été libéré après 18 ans à Tazmamart. Il a rejoint sa famille à Fès, où son ex-épouse est venue. Retrouvailles suréalistes après 7.300 jours de séparation: rien dans les émotions, rien dans la culture, rien dans le savoir-vivre ne prévoit pareille situation.Elle voulut lui faire part de sa visite chez Sefrioui mais aucun son ne sortit de sa bouche.Heureusement pour elle, le choc des retrouvailles fut amorti par la réunion familiale autour de la table Belkbir.Dans cette atmosphère d'ex (ex-époux, ex-capitaine, ex-être humain…), chacun essayait de trouver une conversation intelligente. Comment être intelligent dans ces moments-là? Seulement des banalités entre le re-nouveau-né à la vie et son ex-belle-famille. Echanges de sourires, louanges à Dieu qui a permis pareil miracle, ne pensons à rien sinon à la santé, à sa convalescence, à sa future et nécessaire adaptation à sa nouvelle vie…. Le téléphone de voitureBanalités sur le temps, le chaud et le froid, sur la métamorphose de la ville, la transformation des êtres connus vingt ans auparavant, ceux qu'il n'a pas connus, ceux qu'il a connus à peine…Et fils?Pendant que le père quêtait de ses informations, le fils était en route avec son oncle et sa famille pour Fès.Un détail capital. En ces débuts des années 90, la voiture de son oncle était une des rares à être équipée d'un téléphone. Ce qui était bien pratique.Le jeune homme entendit par cet appareil les premiers timbres de la voix paternelle. A 21 ans, il venait d'échanger sa première phrase avec son père.Son oncle le força à sortir les premières syllabes, les originelles syllabes: pa-paC'était très difficile.Son père conclut leur premier échange par un: “- Faites attention s'il vous plaît, la route n'est pas très sûre surtout en cette tombée de nuit. Dis à ton oncle de vous amener doucement à bon port.”Curieux sentiment que celui qui étreignait le jeune homme en ce moment.Comme s'il était en réserve de sentiment paternel. C'est que ce n'était pas si simple de créer ex-nihilo les informations et les émotions pour composer avec l'événement.Tout au long du trajet, les passagers ainsi que le conducteur essayèrent de focaliser la conversation autour du sujet de l'heure. Par chance, la maison avait été investie par la horde des “louangeurs” qui s'étaient déversés dès l'annonce de sa libération.Un moment, la conversation s'arrêta net afin de laisser l'énergie nécessaire à la surprise de s'accumuler. Les oncles maternels du jeune homme ainsi que Hajja, la grand-mère maternelle, entrèrent dans le salon où trônait le revenant.. C'est mon filsCe dernier, dès qu'il s'était rempli de la vision filiale, s'écria avec un indicible sourire:“- Ça c'est mon fils, n'est-ce pas? C'est mon fils, hein, je ne me suis pas trompé!”Le fils se dirigea vers le père, ce dernier lui donna une longue accolade… sans répondant filial. Tétanisé par la rencontre, il se tourna vers ses oncles paternels avant de conclure avec la grand-mère. La nuit fut longue.Comme les intimes n'étaient pas seuls, on se contenta de détailler à l'assistance comment l'oncle Mehdi a récupéré le “colis” humain à la préfecture, les sévères recommandations, toute honte bue, du gouverneur et du supercaïd, les ordres, les contre-ordres, la peur…Enfin, du moment qu'il était là!La conversation ne fut pas très difficile à engager entre père et fils, car après les banalités à l'adresse d'une assistance lourde et indélicate, elle prit rapidement une tournure très agréable dès que la pièce fut vidée des voyeurs.Le fils resta seul avec son père et un oncle. Ce qui resta de la nuit ne leur fut pas suffisant pour écouter jusqu'à son terme le récit du capitaine relatant deux ans de sa vie entre 71 et 73.Plusieurs heures pour raconter dans les plus infimes détails le convoi à partir d'Ahermoumou vers la base des BLS.Le fils se figura les lèvres paternelles comme le robinet de l'Histoire.Des détails absolument inédits lui furent livrés en exclusivité mondiale!Trois jours durant, le père, le fils et le frère ne quittèrent pratiquement pas le salon. Le père s'agrippait au bras du fils pour chaque déplacement à l'intérieur de la maison. Il était bien incapable de sortir.Ce n'est qu'à partir du quatrième jour qu'ils sortirent pour de longues balades à Fès, Imouzzer, Ifrane… Cette région dont le dernier souvenir chez le capitaine était sombre et vieux de vingt ans et quelques mois…Il a appris qu'Ahermoumou a été débaptisé pour un nom plus avenant, Ribat Al Khayr.De longues discussions émaillaient leur rencontre quasi ininterrompue depuis les retrouvailles.Un oncle glissa discrètement dans l'oreille du père des informations relatives à la situation matrimoniale avec Rabea, c'est-à-dire le divorce.Après la stupéfaction teintée d'incrédulité, Belkbir se rendit à cette nouvelle et proposa d'y remédier séance tenante.Ce qui fut accompli.Deux adouls furent demandés sur les lieux pour engager maritalement les deux ex-époux. A son corps défendant pour l'épouse car elle avait trop en mémoire le mauvais souvenir des deux premières années.En fait, elle subit une pression énorme de la part de sa famille pour retourner dans le giron belkbirien.Une petite fête chez les Bennouna pour la réunion des deux ex-époux ne fut honorée que par l'intéressé et par son frère. Refaire sa vie… conjugale après deux décennies d'éloignement risquait de ressembler plus à un chemin de croix qu'à un long fleuve tranquille.Pour faciliter l'adaptation, l'ancienne-nouvelle madame Belkbir hébergea sa cousine pour quinze jours. Elle trouva auprès de sa famille un soutien inconditionnel.En effet, la famille Bennouna ne fut jamais en reste d'aide, d'assistance ou même de gentillesse. Elle dépêcha les plus grands praticiens dans toutes les spécialités pour ausculter le capitaine. Il fut mis sous traitement immédiat.Quinze jours s'écoulèrent.Le fils devait retourner à Casablanca pour les cours du troisième cycle en économie. Les deux époux retrouvés allaient engager leur vie en commun, une deuxième fois. Rejouer les mêmes actes dans la pièce conjugale, vingt ans après n'était pas sans risques.La roue des tragiques événements les a arrachés l'un à l'autre quand ils irradiaient de jeunesse.

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