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    Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNARésumé des épisodes précédents

    Par L'Economiste | Edition N°:1156 Le 03/12/2001 | Partager

    Sur un renseignement donné par un camarade de promotion, la famille Bennouna, dont le nom est attaché à la lutte pour l'Indépendance, apprend que son gendre, le capitaine Belkbir, a été déporté dans le bagne militaire de Tazmamart. Il y est enfermé pour y mourir sans que personne n'en sache rien. Son épouse pourtant ne lâche pas prise. Elle part avec sa mère et son fils pour Tazmamart, où des gardes armés, sidérés par son arrivée, lui barrent la route.Ayant rapidement reçu des ordres de Rabat ou de Fès ou d'ailleurs, les gardes reprennent de l'assurance devant leur impossible visiteuse.“Madame Belkbir, je peux vous assurer qu'il n'y a personne ici, que c'est juste une caserne militaire sans prétention. Tes informations sont fausses.- Très bien. Comme vous voyez, je fais preuve de bonne volonté. Ce que je vous demande en retour, c'est de donner ce cabas au capitaine Belkbir. Au moins que mon voyage aussi périlleux n'ait pas été inutile. Donnez-lui ce cabas, s'il vous plaît.- Allez-vous-en. Vous m'entendez. Foutez le camp! A qui on va le donner ton cabas de merde, aux serpents, aux scorpions ou aux rats? Allez-vous-en et ne remettez plus les pieds ici où il t'en coûtera, je le jure sur la tête de ce que j'ai de plus cher!- On se reverra, croyez-en la fille de Mohamed Bennouna”.Retour à la voiture avec toujours ce cabas si pesant de malheurs. Cependant, madame Belkbir était plus tranquille.. La certitude enfinA présent, elle était sûre que son mari était vraiment détenu dans cette caserne. Car, si tel n'avait pas été le cas, pourquoi cette fébrilité, cette excitation, ces questions, ces rapports immédiatement envoyés à Fès et Rabat et l'attente d'instruction?A présent qu'elle l'avait, de manière quasi certaine, géographiquement retrouvé, elle se devait de mener sa bataille sur un autre plan.De retour à Fès, elle décida de reprendre contact avec l'avocat qui avait défendu le capitaine Belkbir au procès des conjurés de Skhirat.Maître Bensaïd fut mis au courant de l'expédition. Il salua son audace, tout en l'enjoignant à l'avenir de renoncer à pareil projet tant que le rapport de forces restait défavorable. Il lui fixa rendez-vous un dimanche à 9 heures pour rencontrer un “personnage potentiellement susceptible” de faire bouger les choses en donnant de la publicité à son affaire.Elle rencontra Maître Yazghi chez son avocat.Il lui proposa de transmettre les informations en sa possession à Amnesty International, qui donnera le maximum de retentissement à cette affaire. Des années plus tard, elle sut qu'il ne s'était pas exactement épuisé à la tâche.En fait, il n'avait absolument rien entrepris.Cependant, il faut se souvenir ce qu'était cette époque. Aucun parti politique, aucune organisation syndicale n'avaient jugé utile ou justifié de se compromettre pour ces grands brûlés de l'Histoire de ce pays, enterrés à Tazmamart.La rentabilité politique ou même économique d'un pareil “investissement” était nulle ou négative. Tous les partis politiques étaient au courant de l'existence du bagne et principalement ceux qui mettaient un point d'honneur à parler au nom du peuple, à se targuer d'être l'émanation des forces populaires, des masses laborieuses…Evidemment, il fallait préserver le fonds de commerce idéologique et pratique vis-à-vis des clients.Dénoncer les abus de pouvoir du petit caïd de Dar Gueddari et les licenciements abusifs de la société Salopetex aide à renforcer le noyau de la clientèle ciblée par le groupement d'intérêt idéologique.De même, à un autre niveau, la transposition est tout aussi calculée.Alerter l'opinion sur les exactions des droits de l'homme au Moyen-Orient réactionnaire, en Amérique latine totalitaire ou en Afrique sanguinaire était politiquement plus porteur au sein de l'Internationale Socialiste que de dénoncer le mouroir où s'éteignaient lentement des personnes de chair et de sang. . Défense sélectiveTous les meetings organisés par ces instances où on célèbre les familles des clients déjà célèbres tournent ostensiblement le dos aux autres familles ayant l'ingénuité de croire que le combat pour les droits humains est universel et non pas du clientélisme électoraliste. On se sentait pousser des ailes seulement à mesure qu'on s'éloignait des centres de pression. On sentait alors sa langue se délier, devenir subitement, grâce à l'atmosphère européenne, une “organa non grata”, ne pouvant plus rester dans la poche. Alors, on pérorait, on s'écoutait parler, haranguer, “illégitimer”, distribuer (beaucoup) des blâmes et de (rares) satifecits. Poussée sélective cependant.Ainsi, tous ceux qui avaient opté pour un exil forcé ou volontaire affichèrent une discrétion toute relative concernant le sort des enfouis de Tazmamart. Ceux qui appelaient à un Maroc nouveau, à une «conscientisation» du peuple avaient “oublié” qu'en prélude à cette étape, il fallait d'abord débarrasser le Maroc ancien des débris criminels de certaines élites. Et ceux qui s'illusionnaient à l'étranger parler au nom du peuple n'étaient en fait que les porte-parole de leur petit bien-être, loin de la mal-vie des damnés sur place. L'idée d'organisations à caractère humanitaire n'avait pas encore été conçue du fait que les libertés publiques étaient encore contrées par le puissant contraceptif étatique.. Fonds de commerce politiqueL'épouse du capitaine, longtemps dupe des moeurs politiques, se réveilla sur les réalités issues d'un rapport de force peu équilibré.Elle finit même, dans ses pensées solitaires, par estimer que ces partis endossaient aussi une responsabilité indirecte dans le putsch de Skhirat.Qui d'autre que leurs hystériques journaux, leurs meetings démagogiques, leur amplification de chaque tare sociétale et leurs cris d'alarme disproportionnés… avait lancé l'idée d'une révolte chez l'élite militaire? Elle a puisé la justification de son action dans la philosophie de l'opposition, même si cette élite militaire n'avait pour but que l'accomplissement d'ambitions strictement personnelles.Quand on compare la déliquescence chez les autres, il serait légitime de se demander si, là encore, ce n'est pas le seul entretien du fonds de commerce politique qui était en jeu?L'épouse Belkbir ne pouvait pas se défaire de l'idée que tous ceux qui criaient au changement devaient se sentir quelque peu responsables de ce qui était arrivé. La preuve? Le long silence de ceux qui avaient inscrit au frontispice de leur “combat”, une poignée de slogans qui ne leurrait que ceux qui voulaient bien y croire. Pourquoi, se demandait-elle, se sont-ils lavé les mains du sort des bagnards dès que la nouvelle a fait le tour du Tout-Rabat!Pourquoi se sont-ils évertués à se boucher les oreilles quand les familles meurtries venaient réclamer une alerte médiatique sur la situation des encagés au mouroir du Sud?

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