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Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAQuinzième épisode: Un colis pour Tazmamart

Par L'Economiste | Edition N°:1159 Le 06/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsAlors que l'épouse Belkbir n'avait plus d'espoir, un messager s'est présenté, porteur d'un billet de la main de son mari. Comme elle en avait acquis la certitude, il est bien à Tazmamart, enterré vivant, dans l'attente d'y mourir. Ecrit en secret à la pointe d'une allumette brûlée, le billet demande des vitamines, des médicaments, des vêtements… Le messager, un gardien du bagne, a pris des risques mortels. Il doit être rétribué en conséquence, même s'il fait partie d'une tribu obligée de la famille Belkbir. “Dans dix jours, a dit le gardien-émissaire, je prendrai le colis”.Les vitamines sous toutes leurs formes eurent la part belle dans le colis pour Tazmamart. Comme l'argent qu'elle avait, était loin de satisfaire, l'épouse n'eut d'autre recours que de s'en ouvrir à certaines collègues enseignantes absolument dignes de confiance et dont les époux exerçaient dans le corps médical. Quelques jours plus tard, plusieurs échantillons gratuits furent mis à sa disposition. Les vêtements furent choisis avec le plus grand soin privilégiant le côté confort “caliente”. Cependant, la requête de Belkbir ainsi que les conditions de son acheminement ne laissèrent pas de l'intriguer. Cet émissaire pourra-t-il raisonnablement faire parvenir à son mari tout ce qu'il a demandé sans pour autant risquer gros, très gros!? Comment pourra-t-il se dérober à la surveillance des matons? Comment échappera-t-il à la fouille de ses collègues sans être découvert? Sans que l'on comprenne de quoi il retourne? De toute façon, et quelle que soit la méthode dont il usera pour transmettre au prisonnier les biens demandés, l'essentiel pour elle est de préparer efficacement ce qui a été demandé. Et s'il lui a demandé tant de choses, c'est qu'il a déjà en tête la manière de les réceptionner.Une dizaine de jours s'écoula.Le messager revint taper à la porte du R'zaq.La veuve Bennouna et sa fille l'attendaient.Elles lui remirent en premier lieu son “salaire”, tout ce qu'elles avaient pu rassembler, une somme sans commune mesure avec le risque pris. Puis le colis baptisé “survie en dépit et contre tout” destiné au capitaine Belkbir. Bientôt, la réalité marocaine consacrera une nouvelle expression. Au lieu de l'universelle métaphore de la “bouteille à la mer”, une autre, plus appropriée, plus collée à la réalité devra la remplacer: “comme un colis à Tazmamart”.Le comportement vénal des messagers fut et est encore critiqué.L'équivoque doit être levée sur ces messagers et à leur tête, Majdoubi.Quelles que soient les motivations vénales de l'émissaire, force est de reconnaître que c'est grâce à lui que les familles purent recevoir signe de vie des hommes enfermés dans leur mouroir. Sans Majdoubi et quelques autres, aucun être humain n'aurait survécu à Tazmamart. Sans le concours décisif de ces messagers de la vie, les intimes convictions des familles n'auraient pas pu se transformer en preuve. Les compensations, matérielles qui ont choqué certains, étaient réellement sans commune mesure avec les risques encourus.Car, dans ces cas, comment donner un prix financier à une vie humaine?Allait-on lui donner une grosse somme et s'attendre à entendre des commentaires du genre: “Ah merci beaucoup, c'est vraiment super. Même si je meurs au cas où je serais découvert, je peux dire que je me serais bien vendu!”Le plus remarquable dans cette affaire, c'est qu'ils étaient conscients de leur implacable destin si leur double jeu venait à être découvert.Beaucoup y avaient succombé pour moins que ça!En ces années 70, les “détenteurs du temps”, qui avaient confisqué celui des prisonniers de Tazmamart, avaient une intéressante particularité: ils se souciaient comme d'une guigne de ce qu'on pensait d'eux et de leur profession à l'intérieur de notre beau pays, mais dès qu'il s'agissait de l'au-delà des frontières, ils devenaient paranoïaques. Ils avaient constamment à l'esprit le souci de l'oeil étranger, de l'appréciation outre-méditerranéenne ou outre-atlantique. Et c'est au nom de cette paranoïa qu'un jour, une convocation fut remise à l'épouse Belkbir pour “affaires la concernant”. Entre-temps, un article du très influent journal parisien “Le Monde” avait opportunément levé un coin de voile sur l'enfer de Tazmamart. Se basant sur quelques récits arrachés à la mort et acheminés par les proches des détenus (lesquels, bien entendu, pour des raisons évidentes de sécurité, n'étaient jamais cités comme source par le journal), les autorités furent cruellement piquées au vif et décidèrent de réagir. A leur manière… L'épouse Belkbir se rendit donc au commissariat principal de Fès. Elle se fit accompagner par une collègue tout en l'avisant que si son séjour à l'intérieur de cette bâtisse devait excéder plus de deux heures, disons trois comme extrême limite, elle se devait d'aviser qui de droit. Au planton, elle montra la petite feuille bleue. Le temps de trois inspirations et de deux expirations, elle fut introduite dans une pièce qui ne déparerait pas un décor de Samuel Beckett.Un bureau, deux chaises se faisant face… Un peu d'oxygène et beaucoup d'azote.Une personne assise derrière le bureau et une autre, l'épouse Belkbir, devant.Un long regard derrière un support double foyer appuyé par un écran de fumée.Des moustaches conséquentes pour ce genre d'office.Plusieurs minutes de silence…Des yeux qui se baissent pour lire des feuillets disposés de manière à épaissir au maximum le dossier de la personne incriminée. Puis qui se lèvent pour se rendre compte que les faits consignés dans cet acte n'ont pour origine (!) que la personne d'en face.Une relecture pour confirmer et, de nouveau, les yeux qui appuient l'acte.La petite gymnastique optique pour faire davantage d'effets. Le scénario intimidation ne prit pas.L'épouse du capitaine semblait plus s'ennuyer que s'inquiéter.Enfin, de derrière les moustaches daigna sortir un son. Inintelligible.Un toussotement, histoire de s'éclaircir la voix. Puis une phrase, apparemment sans contexte.Et une autre, tirée de son contexte.Cette habitude qu'ont les “intervieweurs politiques” nationaux d'enclencher l'audition des témoins comme s'ils ne faisaient que suivre le train d'une conversation banale!“- Donc tu disais que tu n'as aucune idée de ce qui vient d'être publié, hein?”. Demain, vendredi 7 décembre: Gérer la paranoïa étatique

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