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Culture

Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNADix-neuvième épisode: Le désir de mort

Par L'Economiste | Edition N°:1163 Le 12/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsDevenue madame Bennouna par la vertu d'un divorce arraché de haute lutte à un étrange système judiciaire, l'ex-épouse Belkbir avait cru trouver la tranquillité. Mais les persécutions policières et administratives continuèrent comme avant… Tandis qu'au fond d'elle-même, elle croit avoir renié ce lien de devoir envers son mari, lien qui la retenait malgré elle à la vie.Mais comme certains zélés agents de la Sûreté nationale étaient pour souvent sans principe. Une affaire de principe, certainement. Qu'est-ce que vous croyez? Ils subodoraient un reste de contact entre les Belkbir, désormais ex-époux.Quelque chose, quelque prémonition les informa du maintien de ce contact.. L'Etat de droit!Donc ils ne se rendirent pas à cent pour cent à l'avis de divorce et le montrèrent. Ils ne se rangèrent point à la décision judiciaire. Ils continuèrent leur surveillance. Ils retirent le passeport. Cette dernière mesure n'étant, bien entendu, accompagnée d'aucune explication. Bien entendu.Les plans de l'édification de l'Etat de droit n'étaient pas encore prêts. Qu'importe! Les déclarations officielles outrepassaient ces formalités et l'annonce solennelle entérinait cet état de fait. Les travaux allaient incessamment commencer. Les “détenteurs du temps” n'en étaient pas informés. Ils continuaient leurs persécutions. . Le trop lourd désespoirQuand les repères d'une famille sans père vous éloignent de la norme, des bornes sociales marquent de plus en plus votre éloignement. Elles marquent votre distance par rapport à la cité sociale.Madame Bennouna ressentait de plus en plus l'envie légitime d'attenter à ses sombres jours. Ce désespoir parvint à lui cacher la lumière de son fils.C'était un gai matin, comme celui d'un printemps, en plein mois de juillet. Un de ces matins qui narguent ceux qui n'ont pas à coeur de le célébrer, ceux que les circonstances forcent à faire impasse. Une promesse de fraîcheur dans l'acquis de la fournaise.Elle s'arracha péniblement du lourd sommeil matinal.Elle n'eut guère à coeur d'entamer la journée. Ah mon Dieu! Les longues, les très longues journées estivales de Fès.Fès, berceau de la civilisation arabo-andalouse, patrimoine de l'humanité inscrit dans les sites à préserver.Certes, tout cela est vrai mais aussi Fès capitale mondiale de l'ennui, incontournable check point du désoeuvrement.Surtout quand on est seul, avec un passé tronqué et un avenir dans le brouillard.Les émissaires qui ramenaient dans leur besace les nouvelles des morts-vivants de Tazmamart s'étaient tus depuis plusieurs années. Plus aucun signe de vie. Aucune balise pour indiquer le chemin de l'espoir.Alors, on se rabat sur le vil quotidien. Les vacances scolaires, le temps qui s'oublie, l'oisiveté qui se moque de toutes les tentatives d'occuper l'interminable journée. Si seulement elle pouvait l'abréger. Qu'elle se retrouve en plein soir prête pour le grand saut dans le lit.Ah! Si elle pouvait posséder cette faculté de rétrécir le temps pénible, de raccourcir les délais de souffrance…Elle jeta un coup d'oeil alentour. Elle était seule dans la grande maison. Sa maman était à la Mecque. Son fils l'était aussi pour d'autres raisons. Il devait livrer un match de foot décisif avec ses camarades du derb contre ceux d'un derb voisin. La domestique était en période de deuil prolongé avec sa famille.Elle eut envie de retourner dans les draps de sa quiétude.Elle appela son fils pour lui remettre les clefs de la maison, au cas où elle ne serait pas en état de lui ouvrir. Elle ne crut pas si bien agir.Elle remonta les escaliers, les yeux mi-clos essayant vainement “de convoquer le sommeil pour affaire la concernant”, comme disaient toutes les convocations bleues qu'elle avait reçues, toutes ces années durant.Ce traître de sommeil qui nous prend toujours déloyalement.Jamais là quand on a le plus besoin de lui et toujours là quand le chasser devient une affaire de vie ou de mort. Devant ce combat livré à un ennemi plus sournois, elle se résigna à errer entre le patio et les pièces.La maison ne brillait pas de propreté. La vaisselle s'entassait. La poussière gagnait imperceptiblement du terrain. Elle ne parvint pas à détacher son regard d'un morceau de carrelage d'une couleur différente du reste de la mosaïque pourtant d'une parfaite harmonie.La succession des zelliges absorba passivement toute son attention.Une suite impromptue d'images sans lien chronologique apparent colonisa ses pensées. Elle se perdit longuement dans les méandres de sa mémoire enfantine.Puis l'espace-temps évolua doucement puis ralentit et enfin s'arrêta bloquant le torrent d'imagesElle venait de balayer quelques arpents de joyeuse mémoire accolés à ce point précis du doux patio de son enfance. Pourquoi?. Souffre-douleur du destinPourquoi le destin m'a-t-il prise comme son souffre-douleur?Pourquoi a-t-il estompé toutes les couleurs de ma vie pour ne me laisser contempler que le noir? Suis-je en train d'expier quelque ancestrale faute? Pourrais-je un jour émerger sur la liste officielle de ceux qui sont en droit de palper un peu de quiétude? Suis-je temporairement inscrite dans une liste d'attente ou recalée définitivement à l'examen de la sérénité?C'était jour de congé printanier. C'était jour d'une plongée damnée.Elle se jeta sur toutes les capsules, les presque vides, les à moitié pleines et les pas encore entamées.Elle absorba sans discrimination la formule et les excipients. La première fournée de comprimés fut avalée méthodiquement. Comme pour marquer le coup.. Boulimie de poisonsL'une après l'autre, la volonté suicidaire anesthésiait implacablement l'instinct de vie. Curieusement, la seconde fournée aiguisa son appétit.Comme un signal, elle déclencha sa “boulimie”.Elle ne s'arrêta plus. Pendant quelques secondes, elle crut ne rien ressentir.En fait, le métabolisme fonctionnait à plein dès l'invasion des intrus.L'information douleur véhiculée au cerveau n'a pas encore été acheminée complètement.Pendant ce temps-là, son fils voulut changer de chaussure de sport.Il demanda un remplacement et courut vers la maison chercher des espadrilles.Une sonnerie, deux, trois. Aucune réponse -et pour cause!-Il se souvint que sa maman lui avait glissé la clé dans la poche, car elle voulait se rendormir, avait-elle dit. Il l'utilisa et escalada les marches quatre à quatre.Dans sa chambre, il enfila ses chaussures, mais au moment de sortir fut frappé par un amoncellement de capsules éventrées en suspect désordre.Il appela. Pas de réponse. Il prit la direction de sa chambre à coucher.Elle donnait l'apparence d'être plongée dans un profond sommeil.Trop profond, même aux yeux d'un enfant de 13 ans.Il s'essaya à la réveiller. Il la secoua respectueusement.Plus l'inquiétude le gagnait, plus les marques de respect s'envolèrent.Pris de panique en l'absence de sa grand-mère, il composa le premier numéro qui lui traversa l'esprit.C'était celui de son oncle paternel.. Demain, jeudi 13 décembre: Le premier droit reconquis

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