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Tazmamart… Côté femmeCinquième épisode: La fuite et l'arrestationPar Rabéa BENNOUNA

Par L'Economiste | Edition N°:1149 Le 22/11/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsCoup d'Etat! Les officiers de l'Ecole d'Ahermoumou étaient partis la veille, entraînant leurs élèves, pour faire un coup d'Etat! Les épouses des militaires l'ont appris à la radio. Elles ont aussi appris la déroute et la débandade. Elles s'étaient étonnées, comme la plupart des officiers, de ces manoeuvres avec des balles réelles. Mais ni leurs maris, ni elles ne savaient pourquoi. Maintenant, les voilà traîtres: morts, arrêtés ou recherchés. Parmi eux, le capitaine Belkbir, directeur adjoint de l'Ecole et ami d'enfance d'Ababou. La jeune madame Belkbir, à peine vingt ans, un bébé, ne peut plus compter que sur l'aide de sa mère, ancienne résistante.A Fès, la belle-mère du capitaine Belkbir informa sa fille de se tenir fin prête avec le bébé pour départ immédiat hors d'Ahermoumou. Elle brava plusieurs barrages à l'aide d'expressions appropriées:“- Monsieur l'agent, ma petite fille qui ne dépasse pas vingt ans enseigne là-bas, il faut absolument que je l'arrache elle et son bébé de ce repaire de félons”.. L'Ecole, zone mauditeLa confusion régnait toujours au niveau de l'Ecole militaire d'Ahermoumou, où madame Belkbir et les autres épouses d'officiers n'avaient d'autres nouvelles que celles entendues à la radio. Les rumeurs les plus folles circulaient. Certaines affirmaient que l'école allait être bombardée!En l'absence d'ordres précis et d'instructions claires, certaines familles mettaient à profit ces premières heures précédant l'application effective des ordres supérieurs déclarant l'école “zone maudite” pour entrer et ressortir aussitôt les affaires de première nécessité, hâtivement emballées. L'épouse du capitaine Belkbir, numéro deux d'Ahermoumou, n'était pas en reste. Sa mère l'embarqua immédiatement, avec son bébé. Tous trois regagnèrent Fès dans la matinée sans être inquiétés outre mesure par la dizaine de barrages entre Fès et l'actuel Ribat Al Khayr. De retour à Fès, les choses commencèrent à se stabiliser. Tous les fugitifs furent mis aux arrêts. La machine judiciaire militaire allait s'ébranler.Mais le plus difficile pour la très jeune madame Belkbir était de gérer au quotidien les rapports avec les proches voisins, la famille, les amis… Ah les amis! A présent aussi rares que pouvait l'être la vertu chez un lieutenant-colonel ivre de puissance et de sang des autres! . Militaire + politique = mortPlus tard, elle sut que son capitaine de mari était à la Gendarmerie Royale pour être interrogé et entendu sur la version du coup de force de Skhirat. Elle reçut un billet de lui, acheminé par un émissaire masqué qui le lui tendit de ses mains gantées. Elle l'ouvrit, le lut, le reposa, regarda ailleurs, le relut, tout en repoussant ses larmes avant qu'une salvatrice crise d'hystérie ne survienne, le temps d'un exorcisme. Le billet fut récupéré par sa mère.Sa teneur renseignait suffisamment sur l'avenir:“Militaire + politique = mort.La seule chose que je te confie est l'éducation de mon fils”.Ce mot n'a atterri entre ses mains que par la grâce d'un capitaine de Gendarmerie, responsable de la cellule “audition” des mutins de Skhirat qui se trouvait être un compagnon de promotion du capitaine Belkbir. Peu après, elle reçut, par émissaire interposé, la version de son mari sur les quelques dizaines d'heures de l'après-putsch.Ils (Belkbir et Ghalloul) avaient dissimulé leur treillis sous des djellabas amples et s'étaient dirigés vers la route nationale. Là, ils arrêtèrent la première voiture venue, conduite par une vieille Française, facilement contemporaine de Lyautey. Ils lui prirent son véhicule et se dirigèrent vers Kénitra où habitait la tante de Belkbir. De là, ils avaient changé de vêtements et pris le train pour Fès. La gare de Fès grouillait d'uniformes de tous les Corps, civils ou militaires, officiels ou secrets. Un contrôle systématique de tous les passagers. Absence de papiers d'identité et les voilà, tout officiers qu'ils étaient, refaits comme des bleus. Après un nécessaire acharnement sur eux, ils ont été conduits au poste de Gendarmerie pour être “entendus”. Les faits tels que relayés par l'émissaire du capitaine de gendarmerie s'arrêtaient là.Trois longs mois s'écoulèrent. . Faire le deuil de tout?Le petit billet subtilisé à l'omnipotence de l'Etat fit patiemment son office. Elle intégra dans son esprit la potentialité de faire le deuil de tout. Aucune nouvelle, bonne ou mauvaise, ne vint accélérer le lâche rythme de la vie résignée.Puis, une lueur.Un officier de la gendarmerie l'informa de leur voyage imminent à Ahermoumou pour aller chercher toutes leurs affaires. Ils lui fixèrent rendez-vous pour la fin de matinée. A son arrivée dans la caserne maudite, elle trouva sa maison sous scellés. Le comité de gendarmerie à l'accueil était composé d'un colonel, d'un commandant et d'un intendant d'Etat-Major. . Responsable de la félonie maritaleIls ouvrirent les scellés, se dirigèrent vers les armoires, les vidèrent consciencieusement, mettant de côté les superbes tenues blanches d'apparat et le reste dans un grand sac en jute. Tout ce qui pouvait faire penser au maître des lieux devait être évacué dans le sac: papiers à en-tête, photos, correspondances, diplômes et, bien entendu, les armes, de chasse ou d'assaut, tout devait être consigné et confisqué et sans décharge.L'épouse se terra dans un coin, regardant l'intimité de sa famille mise en désordre, piétinée sur ordres. Tandis qu'ils procédaient à leur besogne, elle eut du mal à se représenter mentalement le concept de l'Etat paternaliste.Etait-ce dû au fait qu'elle était orpheline de père? A présent qu'elle tâtait de “l'éducation étatique”, tous les discours qui fleuraient bon l'adresse paternelle à l'égard des enfants ressemblaient à des propos dont le sens s'échappait de partout à cause de ce qui se déroulait sous ses yeux!Car comment l'Etat pouvait-il jeter des enfants à la rue? Comment l'Etat pouvait-il s'en défaire n'ayant guère cure de leur devenir immédiat? Comment pouvait-il les laisser supporter, seuls, les conséquences d'un drame auquel ils étaient complètement étrangers? Comment pouvait-il prendre la décision de suspendre définitivement la solde du mari, de supprimer toute couverture sociale, toute allocation familiale? Comment pouvait-il faire endosser socialement la paternité d'un putsch à des épouses et à des enfants en bas âge?Comment l'Etat pouvait-il ignorer que les épouses et les enfants sont les premières victimes de la félonie maritale?Comment…Pourquoi…A partir de quel moment…Les questions n'arrêtèrent guère leur ronde dans son cerveau harcelé et en bataille. Ils avaient terminé leur oeuvre de dépossession. Sans un regard pour elle, ils embarquèrent tout ce qui devait l'être, chargeant le tout dans un camion amené pour la circonstance et quittant les lieux ne laissant comme souvenir que le nuage de poussière marquant leur passage. De retour sur Fès, certaines informations lui parvinrent concernant l'imminent procès des putschistes de Skhirat.. Demain, vendredi 23 novembre: Le procès de Kénitra

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