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Tametrocht, une école entre ciel et terre

Par L'Economiste | Edition N°:2133 Le 19/10/2005 | Partager

. Enseignants à 3.000 mètres d’altitude. Pistes, douars enclavés, froid glacial… «Le monde s’arrête à Ahermoumou pour les écoliers du jbel». La déclaration de cet enseignant muté à douar Tametrocht en dit long sur l’enclavement de son école. Non loin du Mont de Bouiblane, à quelque 3.200 mètres d’altitude, des élèves chantent tôt le matin l’hymne national. C’est une nouveauté cette année à l’école Tametrocht, située à environ 75 km d’Ahermoumou où l’on apprend à enseigner la citoyenneté. Pour s’y rendre, la route est très sinueuse, caillouteuse et escarpée. Pas d’eau courante ni électricité, il faut parcourir plus d’une cinquantaine de kilomètres en montagne, soit 2 heures et demie, avant d’y arriver. Tout autour, un paysage impressionnant de forêts de pin, de montagnes et d’oliviers à perte de vue. Sur le trajet, il faut passer plus de 20 km avant de rencontrer quelqu’un. Quand c’est le cas, c’est souvent un berger taciturne qui vous salue de loin en hochant la tête. Certes, la nature est dure mais quoique pauvre, la population est généreuse. Les habitants, majoritairement des nomades en quête de pâturage, vont jusqu’à emprunter pour accueillir les rares passants du jbel. Selon des enseignants, les élèves de cette contrée ne connaissent pas de vacances: ils se convertissent en bergers. Pour se rendre au village d’Ahermoumou, le jour du souk, la population locale emprunte un fourgon à 25 DH, ce qui est jugé excessif. Il faut attendre plusieurs heures avant que le camion n’arrive. Deux véhicules seulement font la navette, lundi, mercredi et le week-end. La route est souvent barrée l’hiver à cause de la neige.Cette année, la région a connu la grêle et la neige y a été sèche. Ce qui explique que le pâturage soit peu abondant. Ici, il neige du mois de novembre jusqu’à mai, voire juin parfois. Et la route est souvent barrée pendant une vingtaine de jours. Pour scolariser leurs enfants, les habitants de 4 douars limitrophes, généralement des transhumants et des bergers d’ovins et de caprins, préfèrent les loger auprès de proches au village Ribat Al Kheir. Sinon, les enfants doivent parcourir une dizaine de kilomètres avant d’arriver à l’école de Tametrocht. Celle-ci est tellement éloignée que cela pousse plus d’un à mettre un terme à la scolarité de ses enfants. Pas de commerces mitoyens, aucune activité génératrice de revenus dans un rayon d’au moins 50 km, à part l’élevage. D’année en année, la situation des élèves et de leurs enseignants se complique davantage. Le tablier et le cartable sont un luxe. Et les fournitures scolaires ne sont pas à la portée de tous. Et lorsque c’est le cas, il faut trouver le bon manuel. Les parents se rendent au souk hebdomadaire d’Ahermoumou. Mais là, le programme relève de la province de Sefrou. Or, l’école Tametrocht dépend plutôt de Tahla. Et il n’y a pas de transport direct jusqu’à Tahla.L’enseignant d’arabe, 27 ans, est originaire de Meknès. Pour rendre visite à sa famille, il doit attendre les vacances trimestrielles, tellement le voyage est épuisant mais aussi coûteux. Dans cette école, il n’y a pas de gardien et les instituteurs se sont fait voler à trois reprises. Lorsqu’ils partent en vacances, ils sont obligés de payer un gardien le temps de leur voyage. Outre l’absence d’eau et d’électricité, le principal problème que rencontre l’école, c’est l’éloignement et l’enclavement. Du coup, les élèves s’absentent beaucoup, surtout pendant l’hiver et lorsqu’il neige. «De décembre à mars, on connaît la période la plus difficile», précise l’instit. D’ailleurs, il s’y prépare déjà. A l’entrée de sa chambre, des bidons pleins d’eau pour le linge et le bain. En décembre-janvier, le thermomètre chute à -5 degrés, voire moins, dit l’instituteur qui ajoute qu’en plus de l’eau qui se congèle, il doit chercher du bois auprès des riverains et faire chauffer lui-même la classe. Et c’est lui aussi qui fait le ménage et donne de temps à autre un coup de balai avec l’aide de quelques élèves. A l’intérieur de sa chambre de 2 mètres carrés, il a une radio qui lui «permet de rester en contact avec la civilisation» et des livres. Sa photo d’écolier et le coran, juste en face de son lit, le motivent quelques fois. Sa photo lui rappelle son enfance et sa scolarité mais le pousse à s’interroger: «Ces élèves n’ont-ils pas droit, comme moi d’ailleurs, à une scolarité correcte?» S’il remplit consciencieusement son devoir d’enseignant dans ces conditions, il n’en pense pas moins qu’une rotation devrait être assurée. Sinon, instaurer un système d’émulation basé sur des primes pour les zones enclavées. «Il est inconcevable qu’un instituteur du centre-ville de Casablanca ou de Rabat soit payé exactement comme celui qui enseigne à 3.000 mètres d’altitude!» lâche-t-il. En attendant, Rachid, qui prépare une licence en études islamiques, joue aussi le rôle de conseiller des douars avoisinants. Les riverains viennent lui demander divers conseils. Pour la population locale, l’instituteur est censé tout savoir.Pour l’enseignement du tamazight, Rachid confirme qu’il est programmé cette année dans son école. Seulement, il n’a pas encore bénéficié de formation appropriée. Il s’attend à ce qu’on le convoque pour un stage d’initiation à Taza. Autre particularité étrange signalée dans cette école perdue: si l’enseignant juge qu’un élève doit redoubler, la délégation peut en décider autrement. De l’avis de nombreux instits, «il faut se conformer aux objectifs de la carte scolaire». Les taux de réussite sont arrêtés au préalable et le niveau de l’élève relégué au second plan.


Ces manuels irremplaçables!

A 3 km de Ribat Al Kheir, l’école Aïn Médiouna est en chantier. Seules deux salles de classe sont opérationnelles et ce, pour 6 niveaux d’études. Ici, les cours combinés sont la règle. Pour preuve, sur un même tableau, figurent des textes en amazigh, arabe et français. Pour un instituteur qui a à son actif 30 ans de bons et loyaux services, les élèves sont plus enthousiastes et impliqués dans les cours du tamazight. Pour les cours d’arabe et de français, le niveau laisse à désirer et les nouveaux manuels sont compliqués. «A force de vouloir simplifier les nouveaux livres, les concepteurs les ont compliqués même pour les enseignants». Pour cet adepte des anciennes méthodes, les nouveaux manuels sont bourrés de fautes et incompatibles avec le vécu quotidien. Il se rappelle non sans nostalgie les livres des années 70 «Bien lire et comprendre», Ikraa ou encore «A grands pas», qui a marqué toute une génération lors des années 80. Ces manuels sont irremplaçables, ils facilitaient les cours et les résultats étaient meilleurs, témoigne-t-il.Amin RBOUB

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