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    Economie

    Sur sa nomination à la présidence de la Commission européenne : Jacques Santer: "L'acquis de L'Europe ne doit pas se dissoudre dans une zone de libre-échange"

    Par L'Economiste | Edition N°:166 Le 09/02/1995 | Partager

    Le premier partenaire du Maroc, l'UE, a un nouveau président de commission. Jacques Santer a été 10 ans durant le Premier ministre du Luxembourg, le plus petit Etat de l'UE. C'est Helmut Kohl qui l'a proposé pour succéder à Jacques Delors. Agé de 57 ans, docteur en Droit et Sciences Po Paris, il explique dans une interview au réseau World Media, son rôle et l'avenir de l'Europe.

    - Sept mois après avoir été choisi par les chefs d'Etat et de gouvernement européens en juillet 1994, la Commission que vous présiderez a reçu la confiance du Parlement européen à une large majorité. Avez-vous été surpris par les remous lors des auditions de vos commissaires?

    - Les parlementaires ont joué leur rôle. Mais d'une manière générale, si on s'est beaucoup appesanti sur les critiques, il ne faut pas oublier que les trois quarts des commissaires ont franchi la rampe sans aucun accroc. Certes, quelques-uns ont été critiqués. Les joutes politiques sont normales entre un parlement et un gouvernement. Mais je déplore que certaines auditions aient débouché sur une sanction individuelle. Personnellement, je suis opposé à ce que le Parlement ait le droit de sanctionner individuellement les commissaires.

    - Avez-vous été desservi par les commentaires sceptiques qui ont accueilli votre nomination?

    - Ces commentaires sont apparus dans des circonstances précises après le veto contre M. Dehaene. Mais j'ai demandé à être jugé sur mes actes. A la suite de la façon dont j'ai conduit la composition de la Commission et la répartition des portefeuilles, certains critiques se sont ravisés.

    - Sur le fonds, vos opinions sont-elles très différentes de celles de Jean-luc Dehaene?

    - Certainement pas. Nous appartenons à la même famille politique. Nos pays se connaissent bien et ont d'excellentes relations. Sur l'Europe, il n'y a pas de divergences de fond entre Jean-Luc Dehaene et moi-même, même si les personnalités et le style sont différents.

    Le style Santer

    - Oseriez-vous avouez que vous être fédéraliste?

    - J'ai toujours milité pour le fédéralisme. Mais je ne crois pas que l'on puisse créer des Etats-Unis d'Europe, à l'instar des USA. Il faut plutôt trouver des constructions nouvelles. Peu m'importe que l'on parle de fédéralisme ou de confédéralisme. Je me prête mal à ces considérations philosophiques. Ma préoccupation est de voir l'Europe progresser.

    - Quels sont vos atouts personnels?

    - J'aime travailler sur des dossiers dans lesquels il y a des résultats concrets à retirer d'une oeuvre politique.

    - Quant au style Santer...

    - Ce n'est pas un style de fanfaron. je préfère travailler de manière pragmatique, concrète, mais avec détermination. Ce n'est pas "l'art pour l'art".

    - Vous serez donc un arbitre au sein de votre équipe?

    - Du fait du fonctionnement de la Commission, et surtout d'une Commission de 20 membres, nous devons adopter un esprit collégial. Mais il faut s'en donner les moyens. C'est précisément l'esprit de la nouvelle répartition des compétences: assurer une meilleure coopération et une meilleure coordination entre les commissaires. Aucun d'entre eux ne peut considérer son portefeuille comme une chasse gardée personnelle. Chacun exercera ses compétences en accord avec l'ensemble de la Commission. Moi-même, je me suis réservé trois compétences déterminantes pour les cinq prochaines années: les affaires institutionnelles, les questions monétaires et économiques et la politique extérieure et de sécurité commune.

    - Quels seront les principaux dossiers sur votre table dans les prochaines semaines?

    - Tout d'abord, il faudra établir le programme d'action de la Commission. Au Parlement européen, j'ai livré un message de politique générale qu'il faut maintenant détailler. Le second dossier sera la rédaction du livre blanc sur l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale à l'Union. Enfin, la Commission s'occupera de mettre en oeuvre les décisions prises au sommet européen de Essen. Dans ce domaine, il ne suffit pas de définir des stratégies, il faut surtout les mettre en oeuvre!

    - John Major a déjà exclu "toute réforme constitutionnelle" de l'Union, François Mitterrand a surtout insisté pour qu'on mette en oeuvre le traité de Maastricht avant de penser à aller plus loin. la conférence de 1996 qui doit réformer le traité n'est-elle déjà pas mal partie?

    - Il est sûr qu'il faut exploiter et épuiser toutes les possibilités du traité de Masstricht. Celui-ci prévoit cependant plusieurs domaines qui devront faire l'objet d'une révision. En outre, il faudra également revoir les structures des institutions en vue d'un meilleur fonctionnement de l'Union élargie. Tout cela doit être mis en place avant l'élargissement. On ne pas dire d'un côté que l'on veut élargir l'Union et de l'autre vouloir en conserver les structures actuelles.

    - Que pensez-vous des déclarations de John Major?

    - La commission a également pour tâche de chercher à convaincre les partenaires de la meilleure façon de s'attaquer à certains problèmes.

    Divergences franco-allemandes

    - Pensez-vous disposer d'atouts politiques particuliers?

    - J'ai la confiance des chefs d'Etat et de gouvernement. Je viens d'un petit Etat membre, d'où une certaine indépendance d'esprit. Cela me garantit également une mage de manoeuvre dans la recherche de compromis de progrès.

    - Certaines déclarations à Paris et à Bonn donnent à penser que les opinions des Français et des Allemands sur la construction européenne suivent des parcours divergents. C'est également votre analyse?

    - Il est bon que le couple franco-allemand ait une position commune dans certains domaines, sans vouloir pour autant exercer un directoire. La Communauté ne peut que mieux fonctionner grâce au renforcement de l'axe Paris-Bonn. Si ce pilier venait à s'effondrer, ce serait la pire des choses. Actuellement, une discussion est engagée. Je m'en réjouis, c'est le signe que quelque chose bouge.

    - Partagez-vous les idées exprimées par le parti du chancelier Helmut Kohl, selon lesquelles la Commission devrait devenir un "gouvernement européen"?

    - Tout ce que je ferai, c'est m'engager à maintenir le caractère fort de la Commission.

    - Etes-vous favorable à la création d'un noyau dur?

    - Je ne m'offusque pas du principe de l'Europe à plusieurs vitesses, à condition que ce soit un moyen pour arriver à un but commun par exemple dans le cadre de l'Union économique et monétaire. Le noyau dur ne doit pas être fermé, mais plutôt avoir un pouvoir de magnétisme pour attirer ceux qui n'y participent pas. Il faut se donner les moyens de permettre aux retardataires de rejoindre le groupe. Mais je réfute l'institutionnalisation de ce système.

    - Les grands pays veulent accroître leur poids dans l'Union, les petits veulent préserver leur place. Comment concilier ces approches?

    - On parle beaucoup d'harmoniser certaines règles sur le plan économique ou sur le plan social. On ne peut le faire pour les Nations. Tout l'art de l'édifice européen est de concilier la représentation des différents Etats membres avec une structure qui garantit le fonctionnement de l'Union. Aujourd'hui, peut-être plus que jamais, tout le monde doit être traité à dignité égale, que ce soit au niveau de la Commission et du Parlement, mais aussi dans la prise de décisions au Conseil des ministres.

    Ainsi, si on examine les résultats concrets des présidences du Conseil des ministres, les petits pays, par exemple ceux du Bénélux, ont toujours eu des résultats excellents, alors que les présidences des grands pays ne sont pas toujours aussi probantes. Un petit pays n'a souvent d'autres ambitions que de servir la Communauté. Ses propositions ne sont pas entachées d'arrière-pensées politiques et sont plus facilement acceptables par tous les partenaires.

    Travailler sur les chantiers existants.

    - A Strasbourg, François Mitterrand a plaidé pour un démarrage de l'Union économique et monétaire (UEM) dès 1997. Y croyez-vous?

    - J'ai été réconforté par la volonté de la présidence française d'avancer de façon déterminée sur la voie du passage à la troisième phase de l'UEM. D'une façon générale, je suis confiant qu'on puisse remplir les conditions nécessaires pour passer à la phase trois en 1997. Du moins s'il y a une volonté politique et si les critères de convergence sont rigoureusement remplis.

    - Vous excluez leur assouplissement?

    - Absolument. Je me réfère à mon expérience de l'Union économique belgo-luxembourgeoise qui est également une union monétaire depuis 1921. Chaque fois qu'il y a eu des divergences de politique économique, nous avons eu des problèmes. Il faut une convergence économique pour réaliser une union monétaire. Et ce qui vaut pour un petit marché vaut encore plus pour un grand marché.

    Mais je suis confiant: l'environnement international s'améliore. Dans tous les Etats on s'attend à une reprise d'une croissance au moins à moyen terme. Les turbulences monétaires d'août 1993 ont été surmontées plus aisément que prévu.

    Alors qu'on avait craint l'effondrement du système monétaire européen, celui-ci s'est renforcé. La deuxième phase de l'UEM a débuté sous de bons auspices, le 1er janvier 1994, avec l'installation de l'Institut Monétaire Européen dont il ne faut pas sous-estimer le rôle. Les Etats membres ont présenté des plans de convergence qui sont soumis à une surveillance qui sont soumis à une surveillance multilatérale. Tous ces éléments me permettent de penser qu'un certain nombre de pays peuvent remplir les critères de convergence en 1997.

    - Vous insistez pour rapprocher l'Europe des citoyens. Dans quelles initiatives, sous Jacques Delors, la Commission a souvent été dérangeante pour les Etats. Sous votre présidence, sera-t-elle plus gestionnaire, moins visionnaire?

    - Grâce à l'action de Jacques Delors, un certain nombre de chantiers ont été ouverts. Il faut maintenant travailler sur les chantiers avant d'en ouvrir de nouveaux. C'est l'esprit dans lequel je m'engage: consolider notre acquis pour qu'il ne soit pas détourné de ses objectifs, qu'il ne se dissolve pas dans une zone de libre-échange après l'adhésion des pays de l'Est. Cela me semble une tâche essentielle de cimenter ce qui existe déjà et qui est encore fragile.

    - Il va falloir vous dépêcher: 1996, c'est pour bientôt...

    - En effet: la conférence intergouvernementale sera une pièce maîtresse de cette législature. Elle déterminera les structures européennes à l'aube du XXI siècle.

    - Les Quinze vous semblent-ils mûrs pour cette réforme fondamentale?

    - Si on veut la fin - l'élargissement aux pays de l'Est et à quelques autres -, il faut s'en donner les moyens. S'il n'y a pas d'approfondissement, on n'aura pas d'élargissement...

    Propos recueillis à Luxembourg par Michel De MUELENAERE Pour les journaux du réseau World Media

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