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Culture

Spirit of Fès: Une âme pour la mondialisation
Conquérir le temps et l'espace mais rétrécir
par Régis DEBRAY*

Par L'Economiste | Edition N°:1537 Le 11/06/2003 | Partager

Aucune époque n'avait, autant que la nôtre, en Occident, valorisé le discontinu et pas seulement dans nos façons de zapper, de lire ou de vivre. Nous sommes sans doute la première culture à qui ses équipements techniques permettent de fuir ses devoirs envers les générations futures dans ses impératifs de circulation immédiate. En un clin d'oeil, un siècle, celui qui sépare le vélocipède du supersonique, la texture du monde a inversé ses dominantes: aux postindustriels du «premier monde« que nous sommes, les distances nous sont devenues indifférentes, mais le moindre délai nous devient insupportable. On se délocalise aussi vite qu'on se «déshistorise«, comme si, à mesure que nous démultiplions nos autoroutes, terrestres, aériennes et informatiques, nous perdions le sens de la durée et des profondeurs du temps. . Le maillage n'est pas un projetNos appareils à domestiquer l'espace (route, téléphone…) fascinent, nos appareils à domestiquer le temps, qui ne sont pas des machines mais des rites et des institutions, nous ennuient. Laïcs ou religieux, ils semblent sécher sur pied. Il est dès lors tentant de prendre pour argent comptant la grande illusion de la mondialisation, qui serait la confusion de l'universel et du planétaire, et qu'on pourrait appeler la bévue connective. Parce qu'universel s'oppose à cloisonné, on voit dans la convergence multimédia et l'interconnexion des PC la garantie d'une humanité partout présente à elle-même, unifiée parce que globalisée. Comme si l'interdépendance des neurones dans le système nerveux du village global garantissait l'entente entre globaux-riches et globaux-pauvres. Comme si le maillage pouvait tenir lieu d'héritage et de projet. La péréquation des tarifs n'est pas celle des mémoires. Une humanité privée de sa profondeur historique se condamne, se réduit bientôt à la gestion plus ou moins haineuse de ses antagonismes géopolitiques.Ce n'est pas l'interactivité seule, ni l'informatique seule, qui nous feront remplir nos devoirs envers les générations futures. C'est la coexistence du passé et du présent dans une vision d'avenir qui peut nous faire accéder à l'universel. C'est l'instruction, comme initiation à la durée. C'est la téléprésence des morts, synonyme de culture. Tout comme une nation, n'importe laquelle, ou une famille, est cimentée par sa trajectoire (cristallisée dans telle ou telle langue), l'humanité est fragmentée dans et par sa géographie, mais unifiée dans et par une histoire. Une espèce purement communicante, rabattue tout entière sur l'étendue, ne relève plus de l'anthropologie mais des ethnographes. Elle devient un puzzle d'exotismes ou de communautés promises au nombrilisme et à la couleur locale. Et nous savons comment le tourisme, qui est la première industrie mondiale, stimule, tout autour de la planète, la restauration ou la récréation fictive d'attributs ethniques bien visibles, les derniers attraits du voyage programmé. D'où le paradoxe par trop compréhensible d'une mondialisation techno-économique portant à son envers une balkanisation politico-culturelle: intégration par les standards d'accès, fragmentation par les mémoires locales.Celles-ci ont pour supports des véhicules fixes que nous appelons des institutions, au rythme d'évolution très lent: structures familiales, clergés, Etats, écoles, langues, etc. Celles-là supposent des machines circulatoires à renouvellement rapide. . Les institutions: Aider les humains à survivreJe peux, de Paris, connaître dans la seconde un événement qui se passe à Fès, mais il me faudra plusieurs années pour apprendre l'arabe, et pouvoir comprendre le monde à la musulmane. En deux siècles, le trajet Paris-Fès s'est réduit pour nous d'un facteur cent: trois heures au lieu de trois semaines. Pour honorer, il nous faut méditer -et transformer- le passé, car transmettre, c'est toujours transformer. La vie veut la métamorphose. Les âmes individuelles, pour se retrouver l'une l'autre, ont besoin chacune d'avoir un corps collectif. Il n'y a pas de mémoire vivante sans le support d'une institution vivante, et la rétraction des liturgies collectives, artistiques ou spirituelles, ou les deux, sur la sphère privative relève plus du symptôme que de la solution. A quoi sert une institution? un orchestre, un cloître, un musée? A rien d'utilitaire, à première vue (par différence avec le service public, dont les usagers sont en droit d'attendre des bénéfices immédiats).L'institution -et la langue est la première de toutes- aide les humains à se survivre, en leur prêtant sa pérennité propre. Elle les ancre dans le long terme. En faisant un peu de solide avec beaucoup de fluide. En glissant de l'après dans le pendant.Une salle de cours où un élève peut se commander une pizza par téléphone pour calmer une petite faim sera dit un espace non de transmission mais de communication. C'est la différence entre une classe de philosophie et un café philosophique. Les deux se complètent très bien, mais l'idée qu'on pourra remplacer un jour la classe par le café paraît pêcher par optimisme. En somme, la communication a le vent en poupe parce qu'elle opère de point à point, entre individus, dans le respect du «c'est mon choix«, du sacro-saint «si je veux et quand je veux«. La transmission en regard fait mauvaise figure parce qu'elle est sanctuarisante, inévitablement, communautaire et réglée («il est interdit d'interdire« signifiant finalement: il est interdit de transmettre).Pas de transmission sans rituels. Ils nous rendent contemporains d'un révolu capital, invisible, inaudible, et pourtant sensible au cours, en suspens dans le présent. Ils nous font la grâce d'un présent extra-historique. Ce que notre laisser-aller érode ou défait, ces machines à remonter le temps le reconstituent, le recomposent.


Qu'est-ce qui menace notre liberté?

Deux choses menacent notre liberté de pensée: la communication et la transmission. L'excès de l'une ou l'excès de l'autre. Autant dire: la négligence (qui est le fait de ne pas lire, de ne pas recueillir les documents du passé) et son antonyme exact, la religion (qui relie les hommes en recueillant leurs traces). Dans une société tout entière crispée sur ses transmissions, «les morts gouvernent les vivants«. Cela s'appelait l'Egypte pharaonique ou aujourd'hui l'Etat intégriste. Dans une société où la girouette communicative est reine, au contraire, les individus s'éparpillent à tous les vents, de l'opinion et de la mode. On appelle cela «l'ère du vide«. Essayons de ne pas avoir à choisir entre l'empire des sarcophages et le règne du Loto.Entre le nomade volatile et branché, excessivement disponible, surfant sans lest sur le réseau, et le paranoïaque cramponné à sa motte de terre, ses tombes et son clan, indisponible à quoi que ce soit d'autre. Dans sa quête du bonheur, ou du repos, l'humanité est peut-être comme le blessé insomniaque qui ne cesse de se retourner dans son lit, persuadé qu'il trouvera le sommeil sur le flanc droit, puis vingt minutes après, sur le flanc gauche, et ainsi de suite. Aucune position n'est tenable à la longue, force nous est de tester l'une, puis l'autre. D'alterner. Sur quel côté? Tout sera affaire de dosage, et de circonstances. Mais sans oublier les retours de bâton fondamentalistes, «territorialisants«, les renfermements identitaires dans la secte ou le dogme, le sacré et les racines, et toutes les gueules de bois communautaires sur lesquelles débouchent à terme nos ivresses «déterritorialisantes« et «désinstituantes«. Tout dépend du pays où l'on se trouve et des pressions qui s'exercent alentour. Tout dépend de l'idolâtrie majoritaire, économique-individualiste ou bien religieuse-communautaire. Est-ce l'homme-bunker, retranché dans ses certitudes, ou bien l'homme-bulle, flottant au gré des vents, qui donne le ton? A qui faut-il dire non, en premier? A chacun d'en décider.N.B.: Le texte initial de Régis Debray, fort long, a dû être assez sévèrement amputé, pour se plier à la mise en page de presse. De même, le titre, les intertitres et les encadrés ont été préparés par la rédaction.---------------------------* Ecrivain et professeur de philosophie, Régis Debray a été conseiller du Président français, François Mitterrand. Mais il a été un célèbre révolutionnaire romantique, dans le fil de Che Guevara, mis en prison en Amérique latine dans les années 70. Il est l'auteur de recherches sociologiques, notamment sur les élites en France. Dans cette veine, il a fait sensation en expliquant que le monde universitaire ne peut être qu'en opposition avec le gouvernement parce que les professeurs sont des fonctionnaires payés par le gouvernement.

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