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    Sortie de crise en Espagne: Il faudra attendre 2013
    Par Robert Lanquar

    Par L'Economiste | Edition N°:3387 Le 20/10/2010 | Partager

    L’Espagne est morose. Les commentaires des journaux et des blogs montrent un désarroi qui n’est pas seulement dû à l’état de l’économie, mais plutôt d’un leadership qui se fait désirer. La Vanguardia, le principal journal de Barcelone, titre «Quo Vadis Zapatero?» Pourtant, le FMI considère qu’en 2013 le pays sortira de la crise et fera mieux que la France ou l’Allemagne, la Hollande et surtout l’Italie. En 2010, selon les données d’Eurostat, le bureau européen des statistiques, l’Espagne connaîtra une certaine stagnation derrière la Hongrie et la Lettonie au même niveau que le Portugal. L’économie la plus touchée sera la Grèce qui pourtant se relève, et dont le tourisme, cet été, a été meilleur que prévu.Il semble que l’Espagne a déçu. Plusieurs prix Nobel, comme Robert Lucas, lui reprochent d’être passé du meilleur élève au plus maladroit de toute l’Europe. Les experts et agences de rating se sont engouffrés sur cette image pour réduire son crédit international. On se montre sceptique sur les effets multiplicateurs de la politique fiscale mise en place, mais on salue la fermeté avec laquelle le gouvernement est en train de réduire le déficit public. Le Nobel d’économie 2001, Michael Spence, assure que l’Espagne s’est réveillée avec un fort mal de tête et qu’elle devra attendre longtemps avant que cela lui passe. Pourtant, les chiffres sont là et montrent une situation moins malaisée que celle de l’Irlande et de l’Italie – dont la dette publique est le double de celle de l’Espagne; cependant l’Italie a su couvrir ses dettes avec des capitaux italiens sans recourir comme l’on fait les Espagnols au crédit international. Paul Krugman prédit que la sortie de crise sera extrêmement pénible. Comment appliquer ses recommandations: une réduction des salaires et des prix qui devraient atteindre 15% pour que l’Espagne retrouve sa compétitivité internationale, sinon il lui faudrait sortir de l’euro? La grève du 29 septembre pour empêcher la réforme qui va affecter l’âge légal de la retraite, qui passera de 65 à 67 ans, n’a pas eu l’effet escompté. Certains parlent d’échec cuisant pour les syndicats. Mais comme en France, un bras de fer pourrait s’installer et qui sait qui gagnera. Le ministre du Travail et de l’Immigration, Célestin Corbacho, vient de donner sa démission pour s’occuper des élections régionales de 2011. Il part amer, déclarant qu’il aura été le ministre du Travail le plus déçu de ses soixante dernières années en Espagne: le pays compte maintenant plus de 20,5% de chômeurs dont un million en Andalousie de l’autre côté du détroit.

    Sursaut du tourisme espagnol
    Si la croissance reste encore négative, le tourisme grâce à des efforts remarquables de promotion et de créativité de ses entrepreneurs, croît de l’ordre de 3,5% et le changement de tendance s’est fait sentir surtout dans des régions comme les Baléares et pour le marché des croisières. Le tourisme compensera, cette année encore, le déficit de la balance des paiements espagnole. Celle-ci est fragile. Par exemple le commerce bilatéral hispano-allemand s’est situé en 2009 sous le niveau de l’année précédente. L’Espagne a exporté moins de marchandises, mais la compensation est venue des dépenses des 10 millions de touristes allemands, qui sont 17% des visiteurs étrangers de ce pays, après les Britanniques.
    Une plateforme logistique intercontinentale
    Une des bonnes nouvelles vient du ministère des Travaux publics qui mobilisera 7.512 millions d’euros les dix prochaines années en collaboration avec les communautés autonomes, les entreprises privées et autres organismes et administrations, pour transformer l’Espagne en une plateforme logistique intercontinentale. L’objectif est de réduire les coûts des services jusqu’à 50%, et de relier les voies ferrées à un réseau de 34 terminaux portuaires. Ce sont ces mesures qui auront le plus d’impact pour le commerce avec le Maroc et l’Afrique de l’Ouest. L’idée est de retrouver en 2020 des niveaux comme ceux de l’Allemagne où les mouvements de marchandises transportées par le fer se montent à 22% du total contre 4% actuellement en Espagne. Des effets indirects se feront sentir comme sur les accidents de la route souvent causés par des camionneurs, même si l’Espagne a fait de considérables progrès ces quatre dernières années. Elle s’est convertie en le 4e pays européen pour la réduction de la mortalité sur la route qui a chuté de plus de 50% et pourrait bien servir de modèle à ses voisins du sud. Avec ce programme logistique, le ministère des Travaux publics cherche à améliorer la compétitivité du pays et un développement durable. La mise en place d’un tel programme suppose une économie environnementale de 370 millions euros, et évitera l’émission de 525.000 tonnes de CO2 annuellement.
    En quête de leadership
    Les analystes espagnols, comme Miguel Ángel Aguilar, estiment que le gouvernement actuel a épuisé sa crédibilité et qu’il sera difficile de changer, surtout si la crise économique se prolonge. Il y aura paix sociale s’il y a soutien du dialogue entre syndicats ouvriers et patronaux. On demande que soit reconsidérée la stratégie de l’Espagne dans l’Union européenne et le Maghreb, sans renoncer explicitement à l’Alliance de civilisations. L’Espagne aura-t-elle un siège à part entière dans le G20 qui se réunit en novembre 2010 en Corée du Sud? Y montrera-t-elle un leadership pour retrouver la confiance des investisseurs internationaux et éviter l’affaissement actuel des investissements? Le Rapport mondial des investissements, publié cet été par la Cnuced, reflète que la chute en 2009 fut de 78,2%, faisant passer l’Espagne du septième au dix-septième poste dans la classification mondiale. Si les investissements globaux dans ce pays ont connu une récupération timide entre janvier et mars 2010 de l’ordre de 5%, cette récupération reste de toute évidence insuffisante et laisse en évidence un paradoxe: comment expliquer cette chute et en même temps le fait que les entreprises espagnoles prennent des participations de plus en plus grandes à l’étranger? Cette morosité actuelle entachera-t-elle les relations avec ses voisins européens et nord-africains? Il ne le semble pas. Les relations avec la France sont excellentes car ce pays a su aider l’Espagne dans sa lutte contre le terrorisme ETA; et Miguel-Angel Moratinos a répété maintes fois que l’Espagne participe et participera encore plus à la modernisation économique du Maroc «qui offre de grandes opportunités d’investissements pour nos entreprises dans les domaines de la construction, des énergies renouvelables, du textile, du tourisme et du secteur ferroviaire».o

    Prospective FMI 2013

    Le dernier rapport économique du FMI le World Economic Outlook publié en octobre 2010 est un soulagement et un espoir pour l’économie espagnole. Si les réformes se poursuivent, le pays croîtra plus vite que la moyenne de l’euro-zone, plus rapidement que la France, l’Allemagne, la Hollande et surtout que l’Italie à partir d’un point d’inflexion qu’il situe en 2013. Tout en prenant des précautions, le pronostic du FMI base ce changement sur la manière et la rapidité dont les ajustements ont été faits. Pourtant, le chômage ne baissera que graduellement et le niveau de richesse acquise antérieurement à la crise de 2008, ne sera atteint qu’après la France ou l’Allemagne, mais bien avant l’Italie. Cela veut dire que l’Espagne sera amenée à fermer encore plus ses frontières à l’immigration. Mais le rapport du FMI est optimiste pour l’Afrique du Nord avec une croissance moyenne prévue de 5% en 2010 et 2011.


    Les Nobel d’économie et le chômage
    Le prix Nobel d’économie 2010 a été attribué le 11 octobre à trois spécialistes du marché du travail: les Américains Peter A. Diamond et Dale T. Mortensen et le Chypriote de nationalité britannique Christophe A. Pissarides. Pour le comité Nobel, ces économistes ont développé des modèles qui permettent de comprendre comment le chômage, l’offre d’emploi et les salaires sont affectés par la réglementation économique. Durant des décennies, ils ont cherché à prouver que plus le niveau des allocations chômage est important, plus le taux de chômage est élevé et la durée de recherche est longue. Certains aspects de cette théorie seraient applicables aux marchés autres que celui de l’emploi: économie familiale, logement, services publics, économie monétaire et finance. Pour le bâtiment, plus une économie nationale s’est axée sur la construction, plus elle aura des difficultés à en sortir. C’est ce qui se passe en Espagne et pourrait se passer dans les prochaines années à d’autres pays méditerranéens si une réglementation n’est pas mise en place avec des normes de qualité, en particulier environnementales, en relation avec une sérieuse analyse prospective des marchés. Pour l’Espagne c’est vital. Le prix des logements aurait baissé jusqu’à 25% sur le littoral : les hypothèques à rembourser seraient aujourd’hui plus élevées que la valeur de marché de la propriété hypothéqué.
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