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    Politique Internationale

    Son théâtre privé sera lancé dans un mois : Tayeb Saddiki calligraphe soufi

    Par L'Economiste | Edition N°:156 Le 01/12/1994 | Partager

    Tayeb Saddiki exposait ses toiles au SIEL. Un chant du signe calligraphique arabe. Avec l'héritage d'une sensibilité soufie, l'homme de théâtre se définit comme un marchand de bonheur.

    L'Economiste: Dans l'homme de théâtre qu'est Tayeb Saddiki, qui est le peintre?

    Tayeb Saddik: Une oeuvre d'art plastique fait partie intégrante d'une oeuvre dramatique. Le théâtre est un carrefour de plusieurs expressions, de différents arts: musique, danse, comédie, tragédie, mimes... Et puisqu'il contient un décor, des volumes, des couleurs, de la lumière, le théâtre est une espèce d'activité plastique en mouvement... Je dessine parce que j'ai toujours dessiné. D'ailleurs, la première fois que je suis venu au théâtre, c'était pour m'occuper de décor. Peu à peu je me suis dirigé vers l'interprétation, puis l'écriture et enfin la mise en scène.

    Comme on peint des jeeps ou des roses

    - Qu'est-ce qui vous fascine dans le signe calligraphique?

    - Il constitue, avec la calligraphie chinoise et la calligraphie japonaise, le monde du signe en Asie... Et puis je peints des lettres arabes comme d'autres peignent des jeeps ou des roses. Lorsque vous admirez un Cézanne vous ne pensez pas "ce sont des pommes", mais "c'est un Cézanne" (lui qui a peint beaucoup de pommes). Ce n'est pas tellement le thème qui est important dans l'art pictural. Ou bien un tableau vous interpelle, fait naître en vous une émotion, ou bien il vous laisse indifférent, ou même, vous y êtres réfractaire. Une oeuvre picturale parle d'elle-même, bien que ce ne soit pas dans le même langage pour différentes personnes.

    - Quelle est la place de l'expression de la calligraphie arabe dans le monde moderne?

    - La lettre arabe est par essence sacrée. Elle appartient au texte suprême, le Coran. Chaque signe est ainsi chargé de spiritualité, aucun ne saurait être profane. Le "alif", première lettre, représente Dieu. Les autres qui suivent ("tae", "bae", "sin"...) sont des lettres soumises, au pied du "alif". Le "jim", le "hae", le "khae" sont des vierges folles et repliées. Le "dal" le "zal", le "rae", le "zi"... s'enfoncent dans la terre. Seul un autre signe s'élève, avec une base soumise: le "lam"; enchevêtré avec le "alif" il devint lamalif, qui est le signe même de la négation, l'impossibilité de s'insurger contre l'unicité de Dieu: il n'y a de Dieu que Allah. La plupart des mots qui contiennent le "Hae" sont en rapport avec l'introversion de l'Homme, comme "hirmane" (frustration), "houb" (amour), "ihsas" (sensibilité)... Ceci est mon interprétation personnelle, un peu poétique. Mais il en existe d'autres, plus soufies, et d'autres encore qui relèvent davantage de la linguistique.

    - Avez-vous une part de vie mystique?

    - Né dans une famille soufie, la dimension spirituelle est toujours présente dans ma vie, ce qui m'apporte beaucoup de sérénité. Je ne suis pas un Musulman inquiet. Mais dans mon soufisme, je suis un homme, un peu disciple de Ibn Arabi, qui va aussi bien à la Kaâba qu'au cloître des moines ou à la synagogue. Je suis un humaniste avant tout.

    - Quels sont vos projets de théâtre?

    - Dans un mois je poserai la première pierre de mon théâtre. C'est un vaste programme: un théâtre de 600 places à côté duquel je construirai un café-théâtre, deux écoles de danse et un espace d'animation commerciale. Car un théâtre ne peut être édifié dans des coupe-gorge, il lui faut un environnement animé. Ce sera le 1er théâtre privé; j'espère qu'il ne sera pas privé de moyens financiers.

    "Je ne fais que ce qui m'amuse"

    - Sera-t-il représentatif d'une certaine mouvance artistique?

    - Tout d'abord, il servira ma troupe et mes oeuvres. Comme tout théâtre qui se respecte il sera ouvert tous les jours. Tant qu'une pièce fonctionnera bien, elle sera à l'affiche, si ses recettes baissent elle sera remplacée par une autre. Mais ce sera aussi un théâtre d'accueil, ouvert aux autres cultures.

    - Que pensez-vous de la situation actuelle du théâtre marocain?

    - Je ne répondrai pas à cette question. Tout simplement parce que je ne suis pas responsable du théâtre marocain, mais uniquement de mon théâtre. Je ne dis pas que j'en fais un meilleur, mais seulement que je fais un autre théâtre.

    - Que pensez-vous du théâtre moderne?

    - Le théâtre n'est pas un art qui s'occupe des petits soucis de la vie quotidienne. Le théâtre est intemporel, il aborde les grands thèmes humains, comme l'amour, la mort... L'homme de théâtre change parce que les époques changent. Celui qui, en 1994, montera une pièce écrite il y a 2000 ans par un Grec, en fera une lecture moderne (et là j'accepte le terme): un regard nouveau sur des textes et des idées immuables, qui ne vieillissent jamais. Nous sommes des serviteurs de textes et de publics, des marchands de bonheur. Je choisis des pièces qui me plaisent et dans lesquelles je trouve mon bonheur. D'une certaine manière, soufie, dirais-je, j'aspire à partager ce bonheur avec un public par une démarche artistique et intellectuelle.

    - Vous vous êtes détaché du monde du cinéma?

    - Je me suis aperçu que nos films ne sont vus que dans les festivals de Ouagadougou ou de Carthage, exceptionnellement dans quelques salles. L'industrie du cinéma n'existe pas au Maroc. Comme je ne suis qu'un individu et pas une entreprise, je n'ai pas les moyens de faire des films uniquement pour mon plaisir. J'ai écrit quelques scénarios. Le jour où j'en aurai les moyens, je m'amuserai à faire des films, car je ne fais que ce qui m'amuse.

    - Que pensez-vous du SIEL?

    - Je trouve que le livre est trop cher. Quand j'étais enfant, on me disait que pour être riche il faut lire. Maintenant je sais que pour lire il faut être riche. Scandaleux. Notre pays ne possède même pas une imprimerie nationale. Un livre ne doit pas coûter plus de deux paquets de cigarettes.

    Propos recueillis

    par Bouchra LAHBABI

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