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Sociale et écologique, la pêche artisanale se défend

Par L'Economiste | Edition N°:414 Le 04/01/1999 | Partager

Les industriels de Dakhla montent au créneau. La pêche artisanale est sélective et socialement rentable, contrairement à la flotte hauturière, clame M. Houmaid Hammoudi, président de l'Association des Industriels des Produits de la Mer de Oued Dahab. Il invite les céphalopodiers à faire front commun face aux acheteurs japonais et européens.


- L'Economiste: A tort où à raison, les céphalopodiers accusent la pêche artisanale d'utiliser une technique destructive. Quel est votre avis?
- M. Houmaid Hammoudi: C'est purement et simplement une calomnie. En fait, la pêche artisanale est très sélective et socialement rentable, contrairement à la pêche hauturière. En revanche, c'est cette dernière qui demeure fondamentalement destructive. Utilisant les chaluts de fond, les céphalopodiers raclent le fond de la mer, provoquant ainsi un véritable désert dans l'océan. C'est une méthode de pêche destructive qui utilise des filets de pêche non réglementaires de moins de 40 mm avec une double poche. De plus, cette pêche hauturière jette systématiquement à la mer de grandes quantités de poissons morts, car soit leur taille est petite soit leur valeur marchande est trop faible. Je peux vous affirmer ainsi, que depuis 1975, cette flotte jette chaque jour à la mer près de 1.000 tonnes de poissons morts de diverses espèces. Du coup, l'écosystème se voit automatiquement désarticulé.
En outre, le débat sur la surexploitation de la ressource halieutique est biaisé, puisque l'argument avancé se limite au seul nombre élevé de bateaux opérant dans les eaux marocaines. La surexploitation est en définitive beaucoup plus liée aux méthodes utilisées par la pêche hauturière qu'au nombre des unités sillonnant dans cette zone. Et pour preuve, même avec un repos biologique de deux mois visant à régénérer les ressources halieutiques, deux semaines sont suffisantes pour détruire le stock constitué.
Pour notre part, nous lançons un appel aux opérateurs de la pêche hauturière pour entamer un débat sérieux sur l'avenir du secteur et pour ne pas négocier en rang dispersé avec les Japonais.

- Le surinvestissement dans la pêche artisanale y est-il pour quelque chose?
- Ecoutez, nous ne pouvons pas ignorer que ce secteur est désorganisé, mais cela ne veut pas dire pour autant qu'il y a surinvestissement induisant une surexploitation. Car en fait les prises d'un seul bateau équivalent à celles de 20 barques. En outre, chaque poste de travail à bord d'un bateau coûte 1 million de DH contre 16.000 pour la création d'un emploi dans la pêche artisanale. Actuellement, le nombre des barques n'est pas définitivement fixé, il est en tout cas supérieur à 5.000 sur tout le littoral sud. Il ne s'agit pas d'un surinvestissement mais plutôt de concentration de pêcheurs dans certains points de pêche plus poissonneux que d'autres.

- Quelle solution préconiserez-vous alors?
- Il ne s'agit pas de réinventer la roue, mais simplement de diagnostiquer l'existant afin de trouver la meilleure solution. Compte tenu de son impact négatif sur les ressources halieutiques, la flotte hauturière utilisant les chaluts de fond doit absolument disparaître ou du moins se reconvertir. Cela est d'autant plus inquiétant que cette flotte n'est autorisée à pêcher qu'au-delà des 6 miles. Or, non seulement elle se transforme en pêche côtière, mais elle pénètre même les 3 miles et au passage confisque les poulpiers déposés par les marins de la pêche artisanale.
La solution serait de reconvertir ces chalutiers de fond en unités de transformation du poisson à terre. Mais à court terme, le Ministère pourrait commencer à prendre des mesures visant à pousser les céphalopodiers à pêcher à 12 miles, puis dans une deuxième étape à vingt miles et ainsi de suite.

- Cette solution n'est probablement pas applicable en raison de la rentabilité de
plusieurs unités céphalopodières?
- Dans ce cas, il faut prendre des mesures courageuses pour arrêter cette flotte et indemniser ces propriétaires. Il faut garder présent à l'esprit que la pêche artisanale est aujourd'hui la solution idoine pour, non seulement préserver les ressources halieutiques, mais aussi pour créer de l'emploi. En effet, il s'agit d'un choix stratégique pour lutter contre le chômage. Au lieu qu'elle soit combattue, la pêche artisanale devra être reconnue et encouragée, conformément aux recommandations de la FAO. Nous pourrons avancer, sans risque de nous tromper, que plus de 30.000 familles vivent de cette activité tout au long de la côte entre Tarfaya et Laguira, soit sur plus de 1.000 km.

- Justement concernant l'emploi, comment les conditions de vie de la population des pêcheurs peuvent-elles améliorer?
- Effectivement, la situation de ces pêcheurs est digne plutôt du moyen-âge que du 21ème siècle. Il faut construire le plus tôt possible des villages de pêche. Il est extrêmement urgent de s'attaquer à ce problème. Nous avons même demandé au Ministère des Pêches Maritimes de nous fournir le Schéma d'Aménagement Littoral pour participer à la construction de quelques villages avec lesquels nous travaillons. Car la situation est intenable.
Les marins vivent dans des barques avec des murs de contre-plaqué ou de simples couvertures de laines montées sur des piquets de roseau ou de bois. Heureusement que la construction de six points de débarquement aménagés est d'ores et déjà lancée. Il faut que les autres suivent, et rapidement.

Propos recueillis par Hassan BOUCHACHIA

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