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    Social : Mourad Chérif tire les leçons de la grève à l'OCP

    Par L'Economiste | Edition N°:223 Le 28/03/1996 | Partager

    "L'OCP ne renoncera pas à sa politique sociale et la maintiendra dans sa vision stratégique", c'est ce qu'indique M. Mourad Chérif, directeur général, après le mouvement de grève des 13 et 14 mars qui avait affecté environ un quart du personnel.


    - L'Economiste: L'OCP est presqu'un test dans l'évaluation de la politique sociale. Le dernier mouvement de grève va-t-il vous amener à renoncer ou réviser votre stratégie?

    - M. Mourad Cherif: Non, il n'est pas question de renoncer. Je considère qu'une entreprise aussi importante que l'OCP a un rôle social à jouer. Elle doit le faire dans la sérénité. Le dialogue est une culture qui permet de se comprendre, de convaincre et d'être convaincu, d'anticiper les évolutions.

    - Mais la CDT a employé une formule qui a fait mouche: "le dialogue ne se mange pas".
    - Je ne veux pas porter de jugement sur des mots, même s'ils sont séduisants. Les faits restent les faits. Ce qui est réel et palpable, c'est qu'en dix mois la masse salariale de l'Office a été augmentée en moyenne de 10% et que la politique de logement, une très ancienne politique pratiquée par l'OCP, a été fortement relancée, que ce soit au niveau du logement lui-même ou de l'aide à l'acquisition ou encore des indemnités que nous versons. Ceci a été fait dans le cadre d'une politique concertée avec les syndicats et les représentants élus du personnel, une politique volontairement et directement orientée vers les revenus petits et moyens.

    - Si les faits restent les faits, la grève donne du poids à ceux qui pensent que l'OCP ne peut se développer qu'avec un management autoritaire à l'intérieur.
    - Je ne peux pas adhérer à ce raisonnement. D'abord les temps ont changé et ce n'est pas mon style. Nous n'avons pas sanctionné les grévistes de juin 1995, ni dans leur fonction, ni dans leur carrière et pas davantage dans les acquis sociaux auxquels ils peuvent prétendre. Il n'est pas question de modifier cette approche qui s'inscrit dans la modernisation du Maroc. Bien sûr nous restons intraitables sur les questions de sécurité. Notre conception du dialogue social n'est ni de la faiblesse ni de l'autoritarisme. C'est pourquoi j'insiste sur la culture à acquérir dans ce domaine.

    - Peut-être avez-vous commis une erreur dans votre stratégie en privilégiant le redressement financier sur les conditions sociales?
    - Votre raisonnement ne tient pas. Le travail social s'est fait en même temps que celui sur la restructuration financière. Les chiffres le prouvent. Ensuite, notre stratégie de communication a privilégié les volets du redressement financier et de l'investissement, parce qu'il était primordial de rétablir des courants de confiance avec nos partenaires, l'Etat, les banquiers, nos clients et nos associés. Mon objectif, et c'est important pour le personnel, était de restaurer la confiance des partenaires dans l'entreprise. Nous avons besoin de leur soutien. C'est pourquoi le premier travail devait être de bien montrer que l'entreprise est en train de se redresser.

    . Vous espériez, en arrivant à l'OCP, introduire une notion nouvelle pour le Maroc, les "contrats sociaux de progrès à moyen terme". Votre idée conserve-t-elle son opportunité?
    - Je n'ai pas abandonné cette idée, mais je pensais qu'elle ne pouvait être introduite que lentement et je le pense toujours. Elle doit s'appuyer sur une culture partagée qui est encore en chantier. Pour l'instant, c'est un peu tôt d'envisager un système tel que des contrats de progrès.

    - Vous avez 16.000 retraités pour 28.000 travailleurs, et la proportion va continuer d'augmenter. Seriez-vous en train de privatiser en catimini les ressources phosphatières du pays au profit de vos retraités?
    - Vous exagérez, mais le côté provocant de votre question est intéressant. Nous avons un système autonome de retraites, très ancien et très favorable aux retraités, c'est vrai. C'est un avantage dont bénéficie notre personnel, sur lequel nous n'avons pas l'intention de revenir. Tous les systèmes de retraites, je l'admets, peuvent devenir dangereux si on ne maîtrise pas leur évolution sur des durées allant de 10 à 30 ans, sur le très long terme donc. Nous venons de lancer des travaux concernant l'équilibre de notre système de retraites sur le long terme. Nous nous sommes attaché les conseils d'un cabinet extérieur spécialisé, car c'est un dossier complexe. Puisque je tenais et que je tiens toujours à ce que l'OCP ait une vision stratégique, dans le domaine social, comme il en a une dans les domaines industriel, commercial et financier. C'est pourquoi nous devons faire ce travail d'investigations à long terme pour que nous ne soyons pas, un jour, handicapés par notre caisse de retraites.

    Propos recueillis par Nadia SALAH

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