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Social: La RATC dans le collimateur

Par L'Economiste | Edition N°:24 Le 09/04/1992 | Partager

L'UMT a accepté ce délai d'un an pour recouvrer ce "droit usurpé" de l'avis du Secrétaire Général UMT du bureau RATC. Il explique que les employés exerçaient 56 heures par semaine au lieu de 48, soit 26 heures de plus par mois. Ils pensaient recevoir la compensation à 55 ans: un départ à la retraite avec une pension CIMR pleine.
Quand les premiers retrai-tés ont commencé à percevoir leur pension, ils se sont aperçus d'un abattement de 28% pour ce départ "anticipé", pourtant figurant dans leur statut. Tous les syndicats ont décidé de réclamer le paiement effectif de ces heures.
Il leur restait à trouver la bonne porte pour taper et exprimer leurs doléances. Les communes et les ministères de tutelle, Intérieur et Finances se renvoyaient les responsabilités. Un communiqué du Ministère de l'Intérieur, en Décembre dernier désignait la bonne porte: les communes.
L'UMT saute sur l'occasion, arrache à la Communauté Urbaine de Casablanca un procès verbal garantissant des "subventions d'équilibre", revendications salariales comprises. La centrale de Mahjoub Ben Seddik avait tiré quelques leçons du conflit de 1979: c'est parce que la Régie fonctionne que les revendications sont possibles. Les syndicalistes UMT évitent donc la rupture et continuent le travail.
Par contre, CDT et UGTM appellent à la grève.
Parmi 3.200 employés, 1.500 (selon la Direction) et 2.700 (selon les deux syndicats) les suivent, à compter du 17 Février. Toujours selon les deux syndicats, la Régie aurait recruté des chauffeurs supplémentaires, dont certains seraient ses retraités.
Sur les 370 bus qui circulent en temps normal, 300 continuent leur navette, non sans subir quelques pressions, confirmées par la Direction de la RATC et les délégués UMT: pare-brise cassés au lance-pierres, intimidations qui ont abouti à l'hospitalisation de machinistes non grévistes et à une cinquantaine de plaintes déposés par des ouvriers contre d'autres ... Eternel heurt entre Droit au travail et Droit de grève.
CDT et UGTM réfutent en bloc les accusations d'agression.
L'unité du personnel "prend un coup" et la Direction de la RATC regrette "la politique de concertation", mise en place avec la Commission du personnel où les délégués discutent les revendications, négocient, aident au maintien de la discipline. Elle est composée de 13 personnes parmi les élus: 8 UMT, 3 CDT, 1 UGTM, 1 non affilié. La Direction de la RATC souligne volontiers ses "préoccupations sociales". C'est ainsi, que sont soulignés des éléments tels que le maintien de sur-effectifs à la Régie, maintien qui a été condamné à l'occasion des travaux au Ministère des Finances concernant le redressement des entreprises publiques. De source proche de la Direction, on évoque aussi les problèmes d'absentéïsme, jugés "graves", bien que rarement sanctionnés.
L'autonomie de gestion dévolue à la Régie ne joue en réalité que lorsqu'elle établit ses comptes et est une fiction pour le reste, en raison, précisément, de la mission de service public qui lui est dévolue. Les décisions sont prises par un Conseil d'Administration de 9 membres, parmi lesquels 6 sont des élus locaux qui changent chaque année. Pour autant, il n'est pas question de répondre systématiquement aux pressions salariales et de répercuter leur coût sur les prix des services, pour retrouver un équilibre d'exploitation, à un niveau plus élevé.
Le tickets sont vendus 1,50 DH ou 1,80 DH en fonction du trajet. En moyenne le ticket revient à 1,90 DH. Cette petite différence prend des proportions de gouffre dès lors qu'elle est multipliée par les 550.000 à 600.000 personnes transportées ... chaque jour.
Pour les seuls abonnés scolaires et universitaires, qui sont quelques 45.000 à Casablanca, et auxquels 100 bus sont affectés, la perte a été de 40 millions de Dirhams en 1991. La perception actuelle de la mission de service public ne permet pas d'augmenter les abonnements mensuels, au delà de 40 Dirhams/mois pour les scolaires et de 50 Dirhams/mois pour les universitaires, ni de vendre le ticket "plein tarif" à son coût, à des usagers à faible revenu.
Si le souci social interfère sur les recettes, bloque leur extension, il joue aussi sur l'augmentation des charges. La RATC n'étant pas une entreprise privée, ses employés n'adhèrent pas au régime général de la CNSS. Un régime particulier a été négocié avec la Caisse pour la retraite (à l'exception des autres prestations assurées par une caisse interne). Le personnel contribue avec ses cotisations mais la RATC a déboursé un million de Dirhams pour le rachat des points. Situation paradoxale, la CNSS est ici un régime complémentaire (alors qu'elle est le régime de base pour le secteur privé) et la CIMR le régime de base (alors qu'il est complémentaire par ailleurs).
La masse salariale en sera affectée et sera aussi alourdie, en 1992, pour l'alignement au SMIG de 400 personnes, d'un montant de 8 millions de Dirhams. Le ratio frais de personnel sur chiffre d'affaires, qui atteint déjà le 45% pourrait s'aggraver.
Si donc les coûts salariaux (mais aussi de carburant, des pièces détachés ...) s'élèvent alors que le prix du ticket stagne, la Régie s'installe dans le déficit et devient en droit d'attendre des subventions pour assurer ses équilibres financiers et ses paiements.
La RATC n'a reçu que 29 millions de Dirhams en 1990 qui ont permis l'achat, en importation temporaire, de 200 autobus d'occasion.
Si elle n'a pu faire de l'Etat son bailleur de fonds, elle en a fait sa première victime, avec des impayés de 90 millions de Dirhams. Les assurances viennent en second rang avec une ardoise de 10 millions de Dirhams.
Créanciers, personnel et surtout usagers ont intérêt à un dénouement rapide de l'affaire, à moins que la grève soit "politique". L'accusation est lancée à mots couverts ce dont se défendent les leaders CDT et UGTM. Leurs Centrales, disent-ils, avaient émis des réserves sur la grève, mais "la base était impatiente" . o

Les "Kurdes" et le marché "sauvage" du transport

Les "Kurdes" sillonnent Casablanca. "Kurdes" est le surnom curieux donné aux cars qui circulent à Casablanca depuis le déclenchement de la grève du personnel CDT et UGTM de la RATC, le 17 Février. Assurant auparavant des liaisons Casablanca-Berrechid ou desservant quelques souks ruraux, ces cars relient maintenant Derb Ghallef au Hay Mohammadi ou Aïn-Sebaâ au Maârif. Ils affichent les numéros de ligne RATC qu'ils desservent, embarquent les passagers dans les stations réservées, mais s'arrêtent, au moindre signe, sur leur parcours, fidèles aux habitudes des grandes lignes rurales.
Leurs "graisseurs", devenus receveurs, continuent de hurler les destinations pour racoler les passagers et il en est né une "guerre des tarifs".
Le transport urbain est apparemment une aubaine pour ces cars, puisque bus privés et même taxis se plaignent de cette "concurrence sauvage".
Les Casablancais, usagers de bus surtout, s'adaptent par leur débrouillardise traditionnelle à ce nouveau service qui prospère au grand jour, mais que personne ne déclare avoir autorisé. Pas la Direction de la RATC du moins, qui s'abstient de tout commentaire sur la question.
On ignore combien de cars circulent sous ce régime qui a toutes les apparences d'être sauvage, mais qui logiquement ne peut pas l'être. L'efficacité apparente de ce marché "sauvage" amène à s'interroger sur la valeur de la réglementation qui jusqu'ici régit les transports, en ville et ailleurs, surtout lorsqu'on considère que l'une des références du libéralisme contemporain est une étude de Milton Friedman fustigeant le système d'agrément des transports de New York ...

Khalid BELYAZID

(1) Cf L'Economiste du 12 Décembre 1991: "Tensions sociales: les pouvoirs locaux en première ligne".

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