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    Economie

    Smara: Comment le malaise s'est installé

    Par L'Economiste | Edition N°:1167 Le 19/12/2001 | Partager

    . Sans ressources propres et indépendantes de l'Etat, la ville est soumise à de lourdes pressions socialesLe taxi à destination de Smara ne quittera Laâyoune qu'à 14h30. Il s'arrêtera à deux reprises à la sortie de la ville. Deux barrages, le premier monté par des policiers et le second par des gendarmes, filtrent les passagers. Au deuxième, on fait carrément descendre les voyageurs du taxi pour vérifier leur identité. La CIN ne suffit pas. Le gendarme note toute la filiation du voyageur.Une heure et demie plus tard, le taxi s'arrête de nouveau. Non pas pour une nouvelle vérification mais pour la prière de Al-Aâsr que les voyageurs effectueront à même le sable. Un paysage désertique sur toute la route qui relie Laâyoune à Smara. De temps à autre, des troupeaux de chameaux en pâturage défilent très loin. 18h, arrivés à l'entrée de Smara, deux nouveaux barrages. Le voyageur sera étonné en cette fin de journée de Ramadan par le nombre important de personnes rompant leur jeûne à l'extérieur, dans les cafés. «Ce sont principalement des militaires et des fonctionnaires célibataires», explique un compagnon de route. Le commerce, très peu développé, constitue l'une des principales sources de revenu à Smara en dehors des salaires de la fonction publique. «Difficile de développer de nouvelles activités économiques dans la ville». Abdelghani Sebbar, gouverneur de la ville, est conscient des limites de la province dont il a la responsabilité. Avec une population de 50.000 personnes dont 70% en âge d'activité et un taux de chômage de 27%, la pression sur l'administration, principal pourvoyeur d'emplois, est grande. Smara vit grâce aux subventions étatiques. La province essaie aujourd'hui de réduire la pression exercée sur la ville, à travers le développement des communes rurales. «L'avenir de la ville est dans la fixation de la population au niveau de ces communes pour lui permettre de s'adonner à une activité qu'elle maîtrise: l'élevage», indique le gouverneur. Autre secteur sur lequel misent les responsables de Smara qui souhaitent relancer le commerce avec la Mauritanie, le tourisme. «La ville dispose d'un patrimoine rupestre important et de plusieurs zaouias qui peuvent constituer une attraction touristique. Le secteur sera relancé lorsque les conditions objectives de son développement seront réunies», explique Abdelghani Sebbar. En attendant, l'administration locale doit composer avec des problèmes sociaux graves qui étaient d'ailleurs à l'origine des incidents du 17 novembre: le chômage et l'habitat. Sur ceux-là est venu se greffer le dossier des Sahraouis disparus. . «Opacité»Ces derniers sont au nombre de 54 selon une liste déposée par leurs familles à la Province. «C'est un dossier dont a été déchargée l'administration locale. Il est aujourd'hui entre les mains du Conseil Consultatif des Droits Humains». L'impact de ce dossier sur les familles sahraouies est important en raison des relations tribales qui règnent encore avec force dans la région. A la Province, on précise toutefois que «ce dossier n'a été remué qu'après les premiers dédomagements du Conseil Consultatif. L'aspect pécuniaire a aiguisé l'appétit de plusieurs personnes«.Les habitants de Smara reprochent aux responsables locaux l'opacité dans laquelle sont gérés les dossiers de l'emploi et de l'habitat. «A chaque nouvelle opération de recrutement ou de distribution de logements, on est surpris par l'apparition de bénéficiaires n'ayant aucune relation avec la province», avance un jeune au chômage. Une perte de confiance qui a conduit le 17 novembre à un affrontement très musclé avec les forces de l'ordre qui s'est soldé par l'arrestation d'une quinzaine de personnes détenues aujourd'hui dans la prison de Laâyoune en attendant leur jugement (voir encadré). «Ce jour-là, j'ai regretté d'être marocain. Les forces de l'ordre n'ont épargné personnes. Sahraouis et non Sahraouis, femmes, enfants et vieux y sont passés. A leurs yeux, on était tous des séparatistes», reproche, un jeune de la ville. La population qui portait au début de la manifestation les portraits de Sa Majesté le Roi a commencé, après le déclenchement des affrontements à scander des slogans pro-polisario. Ils ont été relayés par les cellules des séparatistes sur place. «Je ne comprends pas pourquoi l'autorité locale ne renonce pas à son approche sécuritaire pour voir enfin en nous des citoyens comme tous les autres Marocains», s'interroge un autre jeune de Smara. Mais pourquoi les événements de Smara ont-ils pris une telle ampleur? En janvier 2000, des incidents similaires avaient éclaté à Oulmès. Des problèmes d'emploi ont conduit à un affrontement très violent entre la population d'un village proche d'Oulmès et les forces de l'ordre. Des armes à feu, avec des balles en caoutchouc, des hélicoptères avaient été utilisés pour disperser la population qui avait été pourchassée jusque dans les domiciles. Des généraux avaient fait le déplacement au village qui fut bouclé pour plusieurs jours. Pourtant, à aucun moment durant ces incidents bien plus violents qu'à Smara, on a remis en cause la marocanité des manifestants.


    Un journaliste en prison

    Alors qu'il couvrait la manifestation du 17 novembre, Nourredine Darif, correspondant de Al Amal Adimocrati, journal du parti de l'OADP, fut arrêté et sérieusement malmené par les forces de l'ordre. Son domicile, comme le raconte sa femme, fut perquisitionné et son matériel de travail détruit. Darif est encore aujourd'hui en prison à Laâyoune où il attend depuis le 17 novembre son jugement avec d'autres manifestants arrêtés. Au début, «il fut accusé de collaboration avec des parties étrangères». Une très grave accusation qui a été par la suite abandonnée. Darif est aujourd'hui poursuivi pour «avoir saccagé des biens publics». Selon sa famille, il a été violemment torturé et souffre encore de douleurs intenses au niveau du dos. Mohamed Ben Saïd Aït Ider indique que «des méthodes policières ont été utilisées pour lui soutirer des aveux». La demande d'expertise médicale déposée par son avocat n'a pas encore été satisfaite. Darif n'est pas un sahraoui. Originaire de Khouribga, il est enseignant. En tant que militant du parti de l'OADP, il a embrassé les problèmes quotidiens des Sahraouis «ce qui lui a valu les foudres de l'administration dont les responsables lui ont toujours reproché ces contacts». Ibrahim Yassine numéro deux de l'OADP s'étonne du chef d'accusation émis contre Darif: «C'est le meilleur service que pouvait rendre l'administration aux séparatistes: accréditer l'idée que des pro-polisario existent au sein même des partis politiques. Les autorités locales ont très mal géré le dossier». Le gouverneur de la ville a refusé de commenter les incidents du 17 novembre: «Le dossier est aujourd'hui entre les mains de la justice», explique-t-il.Certes, passer devant la justice, c'est mieux que de «disparaître», mais il y a encore du chemin à faire pour un traitement plus normal. Aniss MAGHRI

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