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Economie

Six ans de règne
La révolution de velours de l’Ijtihad

Par L'Economiste | Edition N°:2075 Le 29/07/2005 | Partager

. Protéger les référentiels ouverts et modérés de l’islam . Un autre réarmement idéologique. La libération des vraies valeurs religieusesUNE vraie révolution de velours intellectuelle et idéologique se déroule actuellement. La relance de l’exercice de l’Ijtihad religieux, la modernisation du champ religieux, dans son sens plein est ce que l’on doit à SM le Roi en personne. L’année 2004 comme celle-ci a été ponctuée par plusieurs interventions et discours royaux, en plus du chantier de restructuration lancé sous le mandat du ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufik.Dire halte aux dérives intégristes et redorer le blason à une religion prise en otage par des “incultes charlatans effrontés” constitue le principal souci de ces réformes, ou plutôt en a été le catalyseur. Le leadership religieux est repris en main pour contrer “émirs”, “prédicateurs” (comme Youssef Fekri, du mouvement du “Droit chemin”) qui s’érigent en “missionnaires”.Le monde religieux est resté pendant longtemps interlope et opaque. Le choc du 16 mai et les autres barbaries qui s’en sont suivies à travers le monde ont mis fin au laxisme et à la léthargie qui entouraient ce monde. En islam, l’Ijtihad est par essence le fait de “déployer sa critique vivifiante à partir du feu même de la parole divine”(1). C’est ce que ces nouveaux oulama, éducateurs, animatrices ont comme mission. Plus question de laisser cette parole et ces textes emprisonnés dans le carcan des interprétations sectaires et intégristes. Comme l’a écrit le chercheur Mohammed Taleb(1), la théologie musulmane de la libération doit, en quelque sorte, libérer le Coran de ces lectures mutilantes et réductrices. C’est le fil directeur de tous ces mouvements à tous les niveaux. La religion doit être vécue dans son temps, discutée et déployée par des éclairés. Des femmes oulama “versées dans les sciences” sont mises sur le devant de la scène. Des formations sur le VIH sont dispensées aux imams. Des jeunes éducateurs sont déployés pour être proches du citoyen. Ceux-ci ont à leur disposition un numéro de téléphone hotline via lequel les oulama répondent à toutes les questions religieuses et culturelles. . Contre la pensée uniqueLa relecture du rite malékite est elle aussi une décision courageuse. La Commission permanente pour la revivification du patrimoine “soumettra “al-Mowattae”, traité de l’imam Malik ibn Anas, à un travail rigoureux d’authentification scientifique, qui sied à la thématique de l’ouvrage, et qui reflète la place privilégiée que son auteur occupe aux yeux des Marocains”. Plus de place pour “les pseudoclercs en matière religieuse, ni pour les incultes charlatans effrontés, et encore moins pour les propagateurs autoproclamés d’allégations mystificatrices”, a déclaré le Souverain.Plus question non plus de prêches, ni de fatwas sauvages. Celles-ci sont dorénavant proposées par l’instance académique récemment créée au sein du Conseil supérieur des oulama. Il s’agit de “stimuler la dynamique de l’effort jurisprudentiel, avec l’adoption d’une démarche innovante, conciliant les vues doctrinales et la pratique du terrain”(2).Le programme d’urgence pour la construction de mosquées dans les quartiers périurbains est un autre volet de cette refonte d’un monde caractérisé par son opacité. Parmi les 33.000 mosquées recensées, un tiers comptait parmi celles dites sauvages.Les imams n’auront le droit d’exercer qu’après une accréditation accordée par le Conseil des oulama, et en remplissant des conditions très précises, comme celle de n’appartenir à aucun parti politique ni autre organisation.La construction des mosquées est elle aussi soumise à un contrôle et une plus grande transparence. La nouvelle loi 29-04 institue de nouveaux critères pour leur construction. Les donateurs qui veulent financer la construction des lieux de culte doivent créer une association et soumettre leur projet à l’aval des autorités locales.Le Souverain, dans son discours royal du 30 avril 2004 au Conseil des oulama, a expliqué les contours d’une politique nouvelle axée sur la modernité mais basée sur le respect des référentiels de l’islam, qui sont ouverts et modérés. Sont mises en avant les “valeurs humanistes” d’une religion lâchement et injustement pointée du doigt, ce qui fait le jeu de ces barbares primitifs. Le Souverain a le souci de “prémunir le Maroc contre les velléités d’extrémismes et de terrorisme”. Sa légitimité en tant que Commandeur des croyants et en même temps Monarque permet ce genre de tour de force. Tout comme l’opinion publique retiendra le tour de force de la réforme de la Moudawana: le Roi a repris le dossier, a réuni une commission d’éclairés pour travailler dessus et l’a soumise au Parlement, donc au vote. Voilà comment une loi de Dieu passe à la loi de l’homme et est sujette à discussion et démarche contradictoire, sans en craindre la sacralité- un argument souvent brandi pour éviter le vrai Ijtihad et sombrer dans la pensée unique, ce que n’est pas, par définition, l’islam (voir page 8).Le Roi a également ordonné la nomination de délégués régionaux, “appelés à assurer sur le terrain une gestion moderne des affaires islamiques et à se mettre à l’écoute du citoyen”. La religion islamque, sera portée par les nouvelles exigences mondiales prises en compte en matière jurisprudentielle.En même temps que ce mouvement de fond, rien ne dit comment les maillages intégristes évoluent. Si le champ visible de l’exercice religieux est en cours de protection et les pratiquants sensibilisés, il faudra compter en parallèle sur la veille sécuritaire pour lutter contre ces formes radicales (voir page 7).


Femmes

Le Roi accorde une place importante à la participation de la femme à la vie religieuse, mais aussi dans la vie familiale et professionnelle. Cet intérêt, qui montre le souci de se conformer aux exigences du présent et “rendre la dignité à la femme”, constitue un très fort instrument idéologique pour faire porter loin la voix de la modernité et de la tolérance. Le souci de l’égalité homme-femme est là même au sein du Conseil des oulama. Enfin, en redorant le blason à la religion, il souhaite redonner sa vraie place à la femme, y compris dans l’exercice et le savoir religieux. Il dit souhaiter “voir des femmes versées dans les sciences religieuses siéger dans ces conseils, et ce par souci d’équité à leur égard et d’égalité entre l’homme et la femme”.Mouna KADIRI------------------------------------------------------------------------------------------(1) Voir Tribune dans l’édition du 14 octobre 2003, “De l’islah à la théologie islamique de la libération”, cf. www.leconomiste.com(2) Discours royal, lors de la séance d’ouverture de la première session du Conseil supérieur des oulama, le 8 juillet dernier.

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