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Culture

Sénégal: Une réforme à reculons du code de la famille

Par L'Economiste | Edition N°:1668 Le 23/12/2003 | Partager

. Retour à la répudiation, à la tutelle et à l’autorité conjugale. Branle-bas de combat autour du texte de Léopold SenghorImam Mbaye Niang n’a pas dit son dernier mot. Ce patron d’un parti pro-islamiste (Parti de la Réforme pour le Développement Social), est le coordinateur d’un mouvement qui suscite un débat animé au Sénégal. Le mouvement s’appelle Comité islamique pour la réforme du code de la famille (Circofs). Et il prône le retour des valeurs islamiques dans le code actuel, qualifié de «profane». Retour à la répudiation, au tutorat, à la polygamie, au devoir d’obéissance de la femme à son mari… sont, entre autres, les revendications de ce mouvement.Au Sénégal laïc, une drôle de réforme est en train de prendre de l’avance. Une réforme qui soulève un débat au niveau des médias et des classes politique et intellectuelle. Le texte actuel, élaboré en 1972 du temps de Léopold Senghor, ne reconnaît pas la répudiation, encore moins la conception autoritaire du mariage ou la tutelle. En somme, il regroupe des valeurs que le Maroc est en train de mettre en place après un douloureux accouchement. Au Sénégal, la réforme va tout simplement dans le sens contraire. Mais le comble, c’est que les religieux sénégalais se sont inspirés, entre autres, de la Moudawana marocaine ancienne version que le Royaume est en train de modifier. Le président Abdoulaye Wade a signifié son refus total à cette réforme: elle ne sera pas adoptée durant son mandat. Mais les islamistes ne lâchent pas prise. «Si Wade ne change pas d’avis, il sera sanctionné au moment des élections», dit l’imam Mbaye Niang, dans un entretien à L’Economiste à Dakar. Dans un pays où la population est à 95% musulmane, le risque paraît sérieux. Les islamistes assurent avoir le soutien des marabouts. Ceux-là mêmes qui font et défont l’économie et la politique au Sénégal. «Les califes (marabouts) ont tous apposé leurs signatures sur notre texte de réforme», affirme Mbaye. La bataille des mosquées a déjà commencé. Les membres du comité sont en train de faire la tournée des régions pour sensibiliser les imams. Ils ont investi les lieux de culte et les prêches du vendredi, particulièrement virulents, réclament la restauration de la religion. Au Sénégal, l’imamat n’est pas institutionnalisé. Les imams sont libres de choisir les sujets de leurs prêches. ONG, députés, universitaires et intellectuels sont sur le pied de guerre pour dénoncer le coup dur que prendrait le Sénégal si jamais cette réforme, basée sur la charia, venait à passer. Un mouvement féministe composé de 18 associations s’active. Il s’agit du réseau Siggil Jigéen, un espace d’échanges pour la promotion des droits des femmes sénégalaises. Contactée, sa présidente Safietou Diop estime que ce projet constitue un danger pour la cohésion nationale: «Les Sénégalais sont très pacifiques et vivent en harmonie sous le code actuel». Pour cette militante, les membres du Circofs se sont réfugiés dans la religion pour réaliser leurs ambitions politiques et si leur texte est adopté, «ils commettront d’autres folies». «Ils font une lecture erronée du Coran, uniquement pour servir leurs intérêts», s’emporte-t-elle. L’expérience du Nigeria est encore dans les mémoires pour convaincre les Sénégalais de la déchirure sociale qui les menace. Car ce projet instaure des tribunaux musulmans et une justice à double face: une pour les musulmans et une autre pour les non-musulmans. Que reproche le Circofs à l’actuel code de la famille?Un: il reconnaît uniquement les mariages civils. Or, «une bonne partie» des Sénégalais se marient dans les mosquées comme à l’époque du Prophète. Le certificat produit dans ces lieux de culte n’est pas reconnu officiellement. Et ne peut donc servir de justificatif pour l’établissement des papiers administratifs comme la prise en charge, l’assurance-maladie…Deux: l’âge du mariage, fixé à 18 ans. Les islamistes demandent l’abolition de ce seuil. Car pour eux, il existe des filles qui sont prêtes pour le mariage bien avant.Trois: la dot n’est pas obligatoire. Or, l’islam oblige l’époux à la verser.Quatre: la tutelle sur la mariée n’est pas obligatoire non plus. Chose qui contredit le texte religieux, selon le Circofs.Cinq: la répudiation est interdite et c’est le juge qui proclame le divorce. Là encore, les islamistes demandent le rétablissement de cet acte.Sur l’épineux dossier de l’excision des filles, le comité n’a pas une position claire. Cette pratique barbare est interdite dans le texte actuel. Mais les religieux disent qu’elle n’a pas été abolie par l’islam. Ils n’insistent pas sur ce point, vraisemblablement en raison de son extrême sensibilité. Petite barbe sel et poivre et tout de blanc vêtu, l’imam Mbaye pense que son mouvement n’est pas à contre-courant, c’est-à-dire contre les valeurs mondiales d’ouverture et de modernité. «L’Occident n’a pas le droit de nous imposer son modèle de démocratie. Nous ne retirerons de la modernité que ce qui est compatible avec la religion», dit-il.


La réforme est née dans une mosquée inachevée…

Mbaye Niang est ingénieur aéronautique. Il a fait ses études au Maroc, à l’Université Al Qaraouiyine et puis à l’Ecole Hassania des travaux publics de Casablanca. Il est imam dans une mosquée près de l’aéroport de Dakar, appelée «mosquée inachevée» en raison de la rupture des travaux de construction. C’est dans cette mosquée que le Circofs, dont le président actuel est Me Babacar Niang, a vu le jour. Et c’est là que se décident depuis 1974 les orientations du «combat contre la profanation».En fait, les revendications des islamistes remontent au début des années 70, au moment où le texte actuel a été adopté. C’est Léopold Senghor, premier président du Sénégal, qui l’a validé, malgré l’opposition des milieux religieux qui y ont vu une «grave offense» à l’Islam. En fait, les termes du débat en cours sont ceux d’il y a trente et un ans. Depuis 1972, les appels à l’abolition de la loi ne cessent de prendre de l’ampleur.


Histoire

Le Circofs a demandé une audience au président Abdoulaye Wade pour lui réexpliquer ses principales revendications. La réponse du président indique qu’une commission a été constituée pour étudier le projet de réforme. Le projet de code du statut personnel est composé de 276 articles, répartis en sept livres. Le Livre 1 porte sur le mariage et les obligations qui en résultent. Le Livre 2 traite du divorce, tandis que le Livre 3 parle de l’adoption, la filiation et la garde de l’enfant. Le Livre 4 traite de la tutelle et le Livre 5 du testament. Les Livres 6 et 7 portent sur les successions et le waqf (les biens inaliénables). La mouture du Circofs s’est inspirée des amendements proposés par les religieux en 1972. Le comité, appuyé par un autre collectif composé de 17 associations islamiques, s’est en effet basé sur les recommandations de l’«Analyse islamique du projet de code de la famille» faite en mai 1972 par le Conseil supérieur islamique du Sénégal. Ce document a été signé par les califes et les grands marabouts qui ont tous disparus maintenant. Pour eux, certains articles du Code Senghor étaient en contradiction avec le droit musulman. D’autres seraient «d’inspiration chrétienne» comme la possibilité par la femme de verser la dot à son mari. Après l’adoption de la loi, le Conseil supérieur islamique a alors écrit au président pour lui signifier son refus. Le Circofs s’appuie justement sur ce rejet pour relancer la réforme. En 1972, certains marabouts avaient déclaré que le Code ne s’appliquerait jamais sur les zones qu’ils dirigent et que leurs disciples n’iraient pas devant la justice officielle pour des problèmes touchant le mariage, le divorce ou l’héritage. C’est ce droit à double vitesse qui inquiète au Sénégal. Les religieux du Circofs se sont aussi inspirés des codes de statut personnel dans les pays à rite malékite comme les pays du Golfe, l’Algérie et le Maroc. Nadia LAMLILI

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