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    Séisme d'El Hoceïma
    Une nuit parmi les sinistrés d'Aït Kamra
    De notre envoyée spéciale, Fédoua TOUNASSI

    Par L'Economiste | Edition N°:1719 Le 05/03/2004 | Partager

    . Les femmes et les enfants sous les tentes. Les hommes préfèrent se regrouper à l'extérieur . C'est toujours le manque de couvertures qui se fait le plus cruellement ressentir POUR mesurer l'horreur de la catastrophe qui s'est abattue sur la région d'El Hoceïma, il faut se déplacer dans les villages ou douars environnants qui ont été le plus touchés. Aït Kamra, Bouhem, Aït Daoud… Départ donc pour Aït Kamra, une localité d'une vingtaine de kilomètres à El Hoceïma et qui englobe une population de près de 6.000 personnes. Un campement a été installé par la Fondation Mohammed V pour recueillir les sinistrés. Ces derniers ne sont pas tous d'accord pour s'installer dans le campement et préfèrent récupérer leurs tentes pour les monter tout près de leurs maisons en ruine. A première vue, cela peut sembler illogique. Mais en posant la question à quelques sinistrés, on comprend mieux leurs réticences. “Les maisons sont certes démolies, mais sous les décombres, il reste encore des choses auxquelles nous tenons beaucoup et nous ne voulons pas que les pilleurs s'en emparent”, explique Abdesslam Hussein El Fassi, 38 ans, ferrailleur de sa province. Ce dernier n'a pas pu s'installer près de chez lui. Il demeure dans le campement en compagnie de sa mère, sa soeur, sa femme et ses quatre enfants. Son frère ainsi que d'autres membres de la famille ont péri lors du séisme. “J'ai perdu mon fils, mais j'ai pu sauver ma fille ainsi que ma petite-fille”, raconte Fadma, la mère de Hussein, éplorée. Cette femme de soixante-dix ans à peu près, n'a pas hésité à fouiller, creuser dans les décombres pour sortir sa progéniture. Son fils et sa petite-famille doivent leur salut à une visite chez les beaux-parents habitant dans une autre localité. La nuit venue, ils ne parviennent pas à trouver le sommeil, habités par une peur entretenue par les nombreuses répliques. “Cela fait pratiquement trois jours que personne ici n'a pu dormir d'autant plus que la terre a encore bougé, mardi”, raconte-t-il. Et plus particulièrement les hommes, n'osant pas se mettre sous le même toit que leurs mère, soeurs ou belles-soeurs entre autres. Ils préfèrent se regrouper au milieu du hameau pour discuter, malgré le froid glacial qui s'abat sur le massif du Rif la nuit. L'angoisse se lit sur tous les visages. Certains ne cessent de ressasser les détails de la nuit du drame. D'autres expriment leur peur mais aussi leur malheur sans fausse pudeur. “Nous n'avons plus de maison, plus rien. Qu'est-ce qu'on peut faire?” répètent-ils sans arrêt. Pour eux, l'avenir ne s'annonce pas tout rose. Mais il faut parer au plus urgent maintenant et loger les gens, soulignent-ils. “Tout le monde veut des tentes. Même ceux qui ont des maisons ne vont plus chez eux. Ceux qui ont eu la chance de voir leur habitation en pisé tenir le choc n'y rentrent plus que pour leur toilette”, indique un responsable. Les quelques dizaines de tentes mises à disposition par les associations nationales et internationales ainsi que par les autorités à Aït Kamra semblent insuffisantes. Les estimations font état d'un manque de 1.500 tentes pour cette seule localité.La présence des femmes se fait plus discrète. On les devine derrière les toiles ou sous des abris de fortune. Mais passés les premiers instants de méfiance, elles vous invitent à rentrer et les langues se délient. Elles veulent toutes raconter leur malheur. Même celles qui ne parlent pas l'arabe. On sent chez elles un besoin de se confier, encore étonnées de l'intérêt qu'on leur porte. Mais le plus surprenant, c'est que malgré ces conditions, femmes et enfants sont d'une propreté étonnante. Et en dépit de leur dénuement, ces gens sont d'une générosité et d'une solidarité remarquables. Ils n'hésitent pas à vous proposer de partager leur maigre repas. “Ce n'est pas la nourriture qui manque mais plutôt l'envie de préparer”, raconte Maïmouna. Il est près de minuit, à l'intérieur des tentes, on s'organise pour la nuit. On essaye tant bien que mal de caser tout le monde et de couvrir les plus petits d'abord. Le manque de couvertures se fait cruellement ressentir. On entend au loin le vrombissement d'un camion et c'est le branle-bas de combat. Ce sont les convois d'aide humanitaire qui arrivent encore. Tout le monde prie pour que ce soit des couvertures. Et c'est le cas. Dès l'arrivée des camions, les sinistrés s'organisent pour recevoir leurs lots. Ils ont compris que sans organisation, rien ne peut se faire. Une fois la caravane partie, les premiers signes d'épuisement commencent à se faire sentir. Encore une nuit dans le froid et la peur, la douleur aussi est omniprésente, en attendant un lendemain meilleur.


    Scènes de pillage

    LES scènes de pillage sont encore d'actualité à El Hoceïma et environs. Des camions d'aides sont dévalisés. “Ce sont des mafias bien organisées qui s'y attaquent”, explique un responsable sous couvert d'anonymat. Comme cela a été le cas pour ce container transportant des couvertures tombé entre leurs mains dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 mars. Au total, 360 couvertures seulement ont pu être sauvées sur les 5.000 initialement envoyées. “On les retrouvera certainement après dans des souks à Fès ou à Tanger”, ajoute-t-il. Des camions de vivres sont aussi pris d'assaut à El Hoceïma même en plein jour. “Même ceux qui n'en ont pas besoin se servent”. Toutefois, lorsque ces opérations de distribution sont organisées par les Associations, elles se font de manière plus équitable.

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