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    Tribune

    Sécheresse quand tu nous tiens

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    par Saâd BENARAFA*

    Rien ne va plus depuis que la pluie fait des caprices: l'économie, le moral... Tout le monde est prudent. Dès que la pluie revient, tout le monde oublie la sécheresse, baisse les bras comme si ce fléau était définitivement oublié.

    L'homme a toujours tendance à garder l'espoir, à attendre le retour de la pluie. Pendant cette attente, il économise, il diffère les grandes décisions, il surveille son compte bancaire et son stock de grains avec anxiété. Mais il a la mémoire courte, et dès le retour des premières pluies, il pense que la période de sécheresse est terminée et il ne s'intéresse plus à ce phénomène imperceptible qui commence par une journée de beau temps fort appréciée après les intempéries et dont la gravité n'est perçue qu'après le dernier jour sans pluie.

    Cette légèreté pourrait être attribuée à une absence de consensus sur une définition objective et précise de la sécheresse. En effet, la nature complexe et interdisciplinaire de la sécheresse a entraîné la formulation de plus de 150 définitions émanant des différents secteurs sociaux et économiques qu'elle affecte.

    La confusion qui naît de cette multitude de définitions est elle-même générée par la complexité du concept de sécheresse et ses impacts sur l'environnement et la société.

    La cause causale

    Face à ce phénomène, la première réaction de l'homme est de rechercher la cause:

    Est-ce l'eau précipitable contenue dans l'atmosphère qui est inférieure à la normale?

    Est-ce la subsidence (affaissement et assèchement) étendue, la stabilité et l'absence de convection?

    Est-ce l'homogénéisation des masses d'air qui se fait d'une manière plus lente et empêche la genèse des perturbations pluvigènes?

    Est-ce l'interaction océan-atmosphère?

    Est-ce la variation des aérosols microphysiques qui diminue le processus de condensation de la vapeur d'eau et la formation des nuages?

    Est-ce la variation du système de blocage qui déroute les perturbations pluvigènes de leurs trajectoire habituelles?

    C'est un peu tout cela, mais la cause causale, les scientifiques ne la connaissent pas encore.

    Revenons donc à la définition de la sécheresse; elle doit tenir compte des causes précitées et donc des données physiques et dynamiques, mais elle doit aussi englober les impacts sociaux et économiques aux niveaux local et régional.

    On l'appellera sécheresse socio-économique lorsque les précipitations ne sont pas suffisantes pour les besoins habituels des activités humaines.

    Ces activités dépendant notamment de la répartition des infrastructures, des animaux et des populations humaines, de leur style de vie et de leur utilisation des terres.

    L'hydrologue la définira en terme de déficit des débits fluviaux par rapport à la normale.

    L'agronome emploiera le terme sécheresse lorsque la culture dont il s'occupe manque d'eau au moment où elle en a besoin; différents types de sécheresses agricoles peuvent alors être retenus selon les cultures. les sols, les débuts et le régime des précipitations de chaque saison.

    Quant au météorologiste, il choisit généralement un seuil auquel il compare la pluviométrie annuelle. Ce seuil qui varie selon la région climatique étudiée est déterminé par rapport à la moyenne pluviométrique qui est calculée sur plusieurs années, cette moyenne est appelée normale pluviométrique lorsqu'elle se rapporte à trente années.

    Qu'en est-il de notre saison?

    La multitude de types de sécheresse qui résultent des définitions précitées rend complexe l'expression d'une synthèse déduite d'une comparaison avec les sécheresses passées. Cette complexité est due aussi à la variabilité saisonnière, interannuelle et spatiale qui caractérise les précipitations au Maroc.

    En outre, il ne faut pas perdre de vue le fait que 75% de la surface de notre pays ne reçoit que 11% des précipitations annuelles totales qui arrosent le Maroc.

    Si on prend en compte les hauteurs des précipitations et qu'on les compare à la normale calculée sur la période de 1951-1980 (moyenne sur 30 ans recommandée par l'Organisation Météorologique Mondiale), on trouve que le mois d'octobre 94 a connu une pluviométrie très variable d'une zone à l'autre mais voisine de la normale dans l'ensemble.

    Pour le mois de novembre 94 les précipitations ont atteint à peine le tiers de la normale, tandis que septembre, décembre 94 et janvier 95 étaient pratiquement secs, et ce sur l'ensemble du pays. Cette première moitié de l'année agricole 94-95, n'a donc bénéficié ni de la variabilité spatiale habituelle qui aurait pu épargner de la sécheresse certaines régions, ni d'une distribution temporelle favorable.

    Déficits sur 20 ans

    En outre; durant les vingt dernières années, le cumul des déficits a atteint 100 à 200% dans le Gharb, le Chaouia-Doukkala et le Haouz, 100 à 300% dans le Saïs et les versants occidentaux du Moyen-Atlas et près de 500% dans le Tadla.

    Les répercussions sur les cultures en bour, sur les cultures irriguées. sur la nappe phréatique ou sur les volumes d'eau retenue dans les barrages vont donc être ressenties différemment selon la définition de la sécheresse adoptée et la détermination avec précision de l'ampleur de leurs impacts économiques sera une tâche très ardue...

    Les preneurs de décision devraient en conséquence se préparer davantage à la sécheresse en développant et mettant en place une stratégie et des plans d'action qui réduisent ses impacts sociaux et économiques. Je dis bien, s'y préparer pour y parer et non attendre son avènement pour la gérer en tant que crise.

    Pour apporter sa contribution, la Jeune Association Nationale de Climatologie (ANACLIM) créée en octobre 1994, a l'intention d'organiser une table ronde sur la sécheresse au courant d'octobre 1995.

    Les thèmes provisoires envisagés porteront sur la prédiction, la détection, la surveillance et le déclenchement d'alarme, l'adaptation sociale et technologique, l'évaluation des impacts, le rôle du gouvernement dans la planification et la réaction, le rôle des organisations internationales et financières dans la planification et la réaction.

    * Président de l'ANACLIM

    (Association Nationale de Climatologie)

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