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Economie

Scandale sanitaire aux abattoirsAbattage clandestin: Un réseau bien organisé mais qui tue

Par L'Economiste | Edition N°:896 Le 16/11/2000 | Partager

. Près de 50% de la viande mise en vente à Casablanca proviennent de l'abattage clandestin. Chiffre d'affaires du réseau: Pas loin de 1,15 milliard de DH. Le manque à gagner annuel de la CUC est estimé à 52 millions de DirhamsL'abattage clandestin existe, mais il ne faut pas en parler. C'est un sujet tabou pour les élus et responsables du Grand Casablanca. Cette activité, entre autres, atteste de leur incapacité à gérer correctement les affaires de la métropole, d'où le grand silence qui entoure la question. Triste constat.La pratique de l'abattage clandestin est reconnue par les différentes parties: collectivités locales, préfectures, Communauté Urbaine, directions centrales et régionales du Ministère de l'Agriculture, arrondissements, services de contrôle alimentaire... Une dizaine de services impuissants devant un phénomène qui menace au quotidien la vie et la santé de plus de quatre millions de Casablancais. Les estimations concernant l'étendue de ce fléau au niveau de la capitale économique diffèrent d'une source à l'autre. La viande mise en vente et provenant de l'abattage clandestin est estimée par les services vétérinaires aux Abattoirs de Casablanca à 10.000 tonnes contre 26.000 issues des circuits officiels, ce qui équivaudrait à un taux de 38% par rapport à l'abattage officiel. Ce taux est de seulement 30% pour les services centraux du Ministère de l'Agriculture. Les représentants des professionnels du secteur (bouchers autorisés, transporteurs, chevillards, tripiers, entrepreneurs des abats) l'estiment quant à eux de 50%. Pour un spécialiste de la Communauté Urbaine de Casablanca, qui requiert l'anonymat, la quantité de viande clandestine dépasse celle écoulée sur le marché légal. . DangerD'autres statistiques permettent aussi de confirmer l'ampleur de cette situation. Ainsi, le nombre d'autorisations d'exercer accordées aux bouchers est de près de 4.000. La production déclarée des Abattoirs de Casablanca est de 400 bovins et 1.200 ovins par jour. Répartie sur le nombre des bouchers, elle donne le dixième d'un boeuf et le tiers d'un mouton par commerçant. Ce qui est parfaitement irréaliste. Cette simple constat permet d'apprécier l'inexactitude des chiffres.Cette divergence quant à l'estimation de l'importance de ce fléau ne peut toutefois occulter la gravité de la situation: plus de quatre millions de Casablancais sont quotidiennement menacés sanitairement. En effet, les circuits d'abattage clandestin accueillent indifféremment bêtes saines et bêtes malades. Des bêtes atteintes, à titre indicatif, de tuberculose ou de kystes hydatiques(1), ou mêmes enragées sont mises sans scrupule en vente. La transmission de la maladie à l'homme est, selon les spécialistes, automatique. Aussi lors d'une enquête menée par L'Economiste en 1998 sur les réseaux occultes de la décharge publique de Médiouna, des employés avaient-ils confirmé que les bêtes pâturant au milieu d'ordures contenant des déchets médicaux constituent une source d'approvisionnement pour des bouchers peu scrupuleux. Selon «les travailleurs sur place«, un camion se rend de nuit, une fois par semaine, à la décharge pour embarquer les bêtes qui alimenteront les étals de plusieurs points de vente. L'enquête a permis également de constater que des bêtes agonisantes étaient égorgées sur place. L'élevage à la décharge se fait au vu et su de tous.. Manque à gagner: 52 millions de DHLes foyers de l'abattage clandestin sont principalement localisés dans les quartiers de Smat (ancienne médina), Ben M'sick, Bachkou et Ferrara (Préfecture Hay Hassani), Sidi Bernoussi, le marché de Dallas à Walfa et le quartier de Zaouia à Derb Ghellaf (Préfecture Anfa). Ce dernier constitue la plus grande concentration de bouchers au Maroc avec près de 80 commerçants. Quelques-uns de ces derniers se disent disposés à s'approvisionner directement des abattoirs, «mais sans passer par le circuit des chevillards qui monopolisent la filière et imposent leurs conditions«.Outre les risques de maladie, l'abattage clandestin cause de grandes pertes pour l'économie de la ville. En effet, la Communauté Urbaine de Casablanca (CUC), via la Direction des Abattoirs, perçoit des taxes dont la moyenne est de 2 DH par kilo de viande. Si l'estimation des professionnels quant à l'importance de l'abattage clandestin est véridique (la moitié de la viande mise sur le marché), le manque à gagner de la CUC serait de 52 millions de DH (26.000 tonnes x 1.000 kg x 2 DH).Les bouchers s'approvisionnant uniquement auprès des abattoirs se déclarent également lésés. «Les clandestins pratiquent souvent un dumping. Nous nous trouvons obligés, pour écouler nos produits, de nous aligner sur leurs prix«, tonnent-ils. Les autres corps de métier exerçant au sein des abattoirs se plaignent aussi du préjudice que leur cause l'activité clandestine. «Le revenu de chacun d'entre nous aurait sensiblement augmenté si toute la viande transitait par le réseau officiel«, affirme Hadj Moustanjid, porte-parole des cinq associations présentes dans les abattoirs.(1) Selon Dr Aziz Draam, 11.000 cas de kystes hydatiques ont été diagnostiqués aux CHU de Casablanca et Rabat. Chaque malade produit près de 3 kg de déchets médicaux, qui ne subissent aucun traitement avant d'être jetés dans les décharges où pâturent plusieurs troupeaux. Un cercle fermé pour la reproduction de cette maladie est ainsi constitué.


Des mesures répressives peu convaincantes

. Seulement quatre vétérinaires pour inspecter tout le territoire du Grand Casablanca!Docteur Abdelaziz Draam, chef du service vétérinaire communautaire de la Wilaya de Casablanca, souligne que les mesures actuellement en vigueur pour lutter contre l'abattage clandestin sont peu répressives. Le contrôle de ce fléau est assuré par une commission multidisciplinaire composée d'un vétérinaire, de représentants de la profession et du service économique de la Wilaya sur le territoire de laquelle sera opérée l'inspection. Une circulaire conjointe des ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture précise que les vétérinaires inspecteurs de la Direction de l'Elevage ont la qualité d'officiers de police judiciaire pour dresser un procès-verbal pour toute infraction à ce niveau. Reste que les moyens, notamment humains, dont disposent ces services demeurent insuffisants. Quatre vétérinaires sont mobilisés pour tout le Grand Casablanca, soit un vétérinaire pour plus d'un millions d'habitants.Selon Docteur Draam, la législation actuelle prévoit deux types de sanction. La première est administrative. Le vétérinaire constatant l'infraction établit un procès-verbal qu'il transmet au gouverneur. Ce dernier peut décider de la fermeture de la boucherie, mais pour une période limitée à 8 jours. M. Draam estime qu'il faut établir la sanction du retrait de l'autorisation d'exercer au lieu de la fermeture. La deuxième sanction est, quant à elle, pénale. Dans ce cas, le PV du vétérinaire est directement transmis au Parquet. Ce dernier condamne le boucher, s'il s'agit de sa première infraction, au paiement d'une amende d'environ 1.000 DH! En cas de récidive, le boucher peut être condamné à une peine de prison allant de deux à six mois. M. Draam ajoute que si les analyses effectuées démontrent que la viande présente un risque pour la santé publique, le boucher peut être condamné à des peines plus graves. «Un boucher à Derb Ghellaf avait été dernièrement surpris en train de préparer de la viande clandestine. Les analyses effectuées par la suite avaient démontré que cette viande provenait d'une vache enragée. Le boucher a écopé de huit ans de prison«. Dans ce cas, le boucher a été jugé non pas pour son acte illégal (vendre de la viande clandestine), mais pour avoir proposé une marchandise menaçant la santé du consommateur! Aniss MAGHRI

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