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Economie Internationale

Scandale russe: Moscou accuse la presse internationale de contre-marketing

Par L'Economiste | Edition N°:587 Le 03/09/1999 | Partager

· L'attaque est venue du parquet que le Kremlin tente de neutraliser depuis des mois
· La chaîne télévisée officielle qualifie cet acte d'une nouvelle tentative d'isolation de la Russie


Pour la première fois, un enquêteur russe a confirmé avant-hier certaines révélations de la presse occidentale sur la corruption à la tête de l'Etat. En rompant ainsi la loi du silence, il a donné un sérieux coup à la thèse du complot défendue par le Kremlin, rappelant les grandes heures soviétiques. "Un exemple: j'ai besoin de lancer une information négative en Russie mais elle est si importante qu'on pourrait me couper la tête. Qu'est-ce-que je fais? Je la donne à la presse étrangère et le lendemain tous les journaux russes la reprennent", expliquait avant-hier le ministre de la Presse Mikhaïl Lessine au journal Kommersant;
Si l'on suit "le Ministère de la Propagande" -surnom donné à ce poste créé par Boris Eltsine en juillet dernier-, les révélations occidentales entreraient dans le cadre de sombres machinations visant le chef de l'Etat. Ceux qui tirent les ficelles se trouveraient en Russie -les ennemis du président- mais aussi aux Etats-Unis -les Républicains, soucieux de noircir le bilan de la présidence Clinton.
Cette attitude risque toutefois d'être de plus en plus difficile à tenir. L'attaque est venue de la Procurature Générale (le Parquet) que le Kremlin tente en vain de neutraliser depuis des mois.
Apparemment frustré d'avoir été relevé de ses fonctions, l'enquêteur a confirmé que le patron des Affaires Economiques du Kremlin -un fidèle d'Eltsine- avait bien été interrogé dans le cadre de l'affaire Mabetex -du nom de la société suisse soupçonnée d'avoir versé des pots-de-vin à des officiels russes- et que le Parquet était en possession de "documents probants".
Cette fois, il n'est plus question d'un jeu Américain cherchant à enfoncer la Russie ou d'une basse manoeuvre politique visant à diffamer le chef du Kremlin. L'information émane du Parquet, d'un homme avec qui la justice helvétique collaborait jusqu'ici et qui était attendu en début de semaine en Suisse pour recueillir des informations dans le cadre d'une demande d'entraide judiciaire.
Malgré les difficultés qui s'accumulent pour le Kremlin, la classe politique reste toujours étrangement silencieuse. Le week-end dernier, les partis d'opposition ont conclu des alliances en vue des législatives de décembre. Mais aucun -communistes, centristes de droite ou de gauche- ne paraît décidé à faire de ces scandales un thème de campagne.
"Quoi de plus logique?", explique le politologue Boris Kagarlitski; "on ne fait pas campagne en disant que la Terre est ronde. Or, ces révélations sont ici une banalité. Les Russes sont depuis longtemps convaincus que tous -le gouvernement, les fonctionnaires, ceux qui ont privatisé, etc- sont des voleurs. Il n'y a aucune surprise. Pour une campagne électorale, ça n'est pas porteur".
Il y aurait aussi une autre raison: l'imbrication des mondes politiques, financiers et mafieux qui font de l'élite politique russe un étrange marécage. "La Russie est peut-être l'un des pays les plus corrompus au monde, poursuit Kagarlitski; le monde politique sent qu'il n'a pas intérêt à trop exploiter ces affaires".
Les dernières révélations de Mikhaïl Khodo- rovski à la presse américaine semblent accréditer cette thèse. Patron de la firme pétrolière Youkos mais surtout ancien président de la banque Menatep citée dans le scandale de la Bank of New York, il a expliqué que les fonds transférés dans cette banque provenaient en grande partie de dirigeants russes ayant eu vent de la dévaluation d'août 1998. En filigrane, on peut lire dans ces confidences une menace de chantage venant d'un homme qui en sait long sur les responsables et autres "oligarques" qu'il a côtoyés.
Pour faire face, le Kremlin a un atout de taille: le premier ministre Vladimir Poutine. Il était chef du FSB (successeur du KGB) jusqu'à sa nomination début août. Il est donc parfaitement au fait des "kompromat" (matériels compromettants) qui touchent les hommes politiques de tous bords et autres gêneurs qui s'aviseraient de parler.
Mais pour l'instant, le Kremlin ne semble pas vouloir passer à l'offensive. Une discrète réunion de la Famille (le clan présidentiel) se serait tenue il y a une semaine au Kremlin pour déterminer le comportement à suivre face à la "campagne" internationale. La Famille aurait décidé de continuer à faire le gros dos: les révélations finiront bien par se tarir...
La plus grande chaîne de télé ORT, contrôlée par l'homme d'affaires Boris Berezovski, proche du Kremlin, n'a toutefois pas résisté à servir un copieux plat de propagande lors de son "émission analytique" du samedi soir. "Nous voilà devant une nouvelle tentative d'isoler la Russie, a commenté le présentateur, la mine sombre; c'est une campagne de discrédit planifiée qui ne fait que commencer".

Véronique Soulé Correspondante à Moscou
Syndication L'Economiste-Libération (France)


L'Occident ferme les yeux


L'économiste Keynes avait autrefois énoncé un principe simple: vous devez cent Dollars à votre banque, vous avez un problème; vous lui devez un million de Dollars, c'est elle qui a un problème... La Russie post-communiste a modernisé la proposition: si vous possédez plus de 7.000 têtes nucléaires et un statut d'ex-superpuissance dont le chaos menacerait la stabilité mondiale, vous n'aurez plus aucun problème avec la banque...
Depuis la disparition inespérée de l'Union soviétique, l'Occident et ses institutions financières (FMI, Banque mondiale...) ont été confrontés, avec la Russie, à un dilemne qu'ils ont choisi de résoudre en fermant les yeux. Dès le début de la transition russe, tout ce que la planète comptait de banquiers ou de fonctionnaires internationaux s'étant un jour penché au chevet de la Russie malade savait qu'une part non négligeable de l'assistance financière extérieure était détournée au profit d'une oligarchie en voie de constitution accélérée. Il a été décidé de faire comme si de rien n'était. Pourquoi une telle complaisance?
Chaque fois que la question leur était posée, les responsables occidentaux apportaient la même réponse: 1) Ne pas aider la Russie, c'est favoriser le chaos au sein d'une puissance nucléaire; 2) Il ne faut pas "humilier" la Russie en lui posant des conditions comme on le ferait au Togo ou au Bangladesh; 3) Il y a sûrement du gâchis, mais le "marché" s'instaure progressivement et, avec le temps, la régulation se fera... Une logique qui a conduit à admettre la Russie, dont l'économie pèse moins lourd que celle des Pays-Bas, au sein du groupe des sept pays les plus industrialisés, devenu complaisamment le "G8".
Cette logique avait une incontestable part de vérité: le chaos nucléaire fait partie des fantasmes, réels ou exagérés, qui accompagnent depuis bientôt une décennie la disparition de l'URSS. Il aurait été irresponsable de la part des responsables occidentaux de traiter cette question à la légère dans les premières années de l'après-guerre froide. Tout comme cette "humiliation" qu'il ne fallait pas infliger à la Russie sous peine de la voir, telle l'Allemagne des années 30, humiliée par les termes du Traité de Versailles, prendre un jour sa revanche une fois rétablie. On a vu lors de la dernière guerre du Kosovo comment les réflexes antioccidentaux peuvent revenir rapidement à la surface en Russie.

Libération (France)

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