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    Tribune

    Samouraï, marxistes ou islamistes : L'intégrisme phénomène universel

    Par L'Economiste | Edition N°:167 Le 16/02/1995 | Partager

    par Mohammed LARAQUI HOUSSAINI *

    Le terme intégrisme est associé aux débordements violents qui se réclament de l'Islam en Algérie, en Egypte, en Iran. Le Monde musulman a réfuté l'amalgame lors de la conférence de l'OCI. Mais l'intégrisme est un phénomène général qui naît dès qu'il y a exclusion et rejet de l'autre. Une explication sociologique.

    L'INTEGRISME focalise l'attention du monde: populations, classe politique, intellectuels et médias s'interrogent. S'agit-il d'un phénomène universel ou d'un phénomène propre à la société arabo-musulmane? Quels sont ses fondements, son champ, ses causes, ses formes et les moyens de le contrecarrer?

    Dans ses fondements l'intégrisme est l'attitude de ceux qui veulent maintenir dans son intégrité un système de référence donné.

    L'intégrisme conjugue deux éléments fondamentaux:

    - il s'agit d'une attitude intellectuelle (la façon de penser) et/ou d'une attitude comportementale (la façon d'être et la façon de faire) que l'on observe à l'égard de nous-mêmes ou à l'égard des autres. Ainsi, on peut être intégriste sur le plan des idées et des opinions comme on peut l'être au niveau de la pratique et des comportements. Aussi peut-on être intégriste envers soi-même comme on peut l'être vis-à-vis des autres.

    - Ils s'agit d'une volonté de maintenir invariable un système de pensée et/ou de comportement. Ce qui suppose que le système en question ait atteint son état parfait et ultime tout du moins chez l'intégriste, et qu'il ne peut être sujet à critique ou à évolution.

    La référence à un système de valeurs est une propriété commune à tous les hommes. C'est plutôt la diversité des systèmes de valeurs ou la diversité des pratiques relevant d'un même système de valeurs qui fait la distinction des hommes. Nous sommes différents parce que nous disposons de systèmes de valeurs différents ou parce que nous pratiquons différemment un même système de valeurs.

    N'est pas intégriste celui qui affirme sa différence à travers son adhésion à un système de valeurs donné. L'intégriste est bien celui:

    - qui soutient la suprématie de son système de valeurs et de sa propre pratique,

    - et qui contraint les "autres" à se soumettre à son système de valeurs et à sa pratique préalablement à tout dialogue.

    Le champ de l'intégrisme

    Les systèmes de valeurs se distinguent par leur conception (humaine ou divine), par leur champ d'action (triple relation homme/nature, homme/homme et homme/Dieu ou double relation homme/nature et homme/homme) et par leur pratique (immuable ou adaptative). Autant d'éléments consacrant la différence des hommes au-delà des différences naturelles (biologiques et géographiques). On retrouve ici toutes les conceptions et les pratiques humaines, culturelles soient-elles, religieuses, politiques, économiques ou sociales.

    Toute conception qui se réclame supérieure et indiscutable est une conception intégriste. Toute pratique que l'on Impose aux "autres" sans leur consentement, leurs auteurs sont des intégristes. Que ces conceptions et pratiques émanent de personnes, de groupes ou de régimes majoritaires dominants ou minoritaires dominés.

    Le champ de l'intégrisme est dès lors immense et vaste. Le réduire au champ religieux est une myopie.

    Le marxisme est une conception (humaine) du monde réduite à la double relation homme/homme et homme/nature qui soutient sa supériorité par rapport à toute autre conception et appelle à son élimination. Le marxisme est bien une doctrine intégriste. Le communisme, forme appliquée du marxisme, est une pratique intégriste.

    4 causes

    Nous relevons quatre causes de l'intégrisme, une fondamentale et trois subsidiaires.

    1 - La cause fondamentale de l'intégrisme est l'exclusion. On ne naît pas intégriste, on le devient ou plus exactement on nous pousse à la devenir. L'intégrisme est un phénomène psychosociologique et non naturel. Le point de départ de l'intégrisme est la sensation profonde du rejet et de l'injustice. Sensation qui peut être à tort ou à raison.

    Le rejet qui pousse à l'intégrisme n'est pas le rejet religieux, ni économique, ni social ou culturel mais plutôt le rejet politique.

    Les champs religieux, économique, social et culturel "dominants" admettent toujours l'existence d'espace pour l'autre "dominé". Les Juifs, malgré leur faiblesse numérique, avaient toujours pu disposer de leur propre espace religieux, culturel et économique dans les terres d'Islam.

    Mais que faire lorsqu'on est exclu du champ politique. Lorsqu'on existe dans les faits et non en droit. Lorsque la loi refuse de reconnaître notre existence et notre différence. Lorsque le régime politique en place n'est pas un régime démocratique qui reconnaît les droits des opposants?

    Deux solutions sont alors possibles:

    - combattre clandestinement pour changer les conditions qui ont décrété la loi d'exclusion et partant modifier la loi.

    - chercher refuge dans un autre champ politique et combattre de l'extérieur. C'est l'exil politique.

    Les exemples frappants sont ceux de M. Yasser Arafat et du FIS. La reconnaissance par Israël du premier le fait sortir de sa clandestinité pour devenir un président. L'exclusion politique du FIS en fait un parti hors-la-loi.

    Cette logique a d'ailleurs été considérablement critiquée lors de l'attribution du Prix Nobel à l'ancien chef de l'Organisation de Libération de la Palestine.

    2 - La deuxième cause de l'intégrisme est l'unicité et l'opacité culturelles. Quand un système de valeurs soutient sa supériorité et celle de ses adeptes il appelle à l'élimination des "autres" parce qu'ils sont différents. Le nazisme, le fascisme, le racisme, le colonialisme, le xénophobie..., en combattant la diversité culturelle, ont nourri l'intégrisme.

    3 - La troisième cause de l'intégrisme est l'identification au système de valeurs. L'intégriste ne conçoit pas son existence en dehors de son système de valeur et du groupe qu'il incarne. C'est ce qui explique sa prédisposition à sacrifier sa propre existence pour affirmer l'existence de son système de valeurs et de son groupe. Les champs de sacrifice sont nombreux et pas nécessairement religieux. Les guerriers samouraïs étaient des intégristes. Les Palestiniens et les Tchétchènes le sont aujourd'hui. Ces actes sont pour leurs auteurs des actes nobles d'honneur et de fidélité. Ils sont pour l'occupant un horrible suicide, un acte de barbarie.

    4- La quatrième cause de l'intégrisme est le cloisonnement éducatif. A force de vivre seul, coupé de son entourage, l'intégriste développe un complexe de peur, de rejet puis de mépris à l'égard de l'autre. La seule existence de l'autre le dérange. Extrêmement émotionnel, il est révolté quand il est contrarié.

    Les formes de l'intégrisme

    C'est le champs dans lequel s'exerce l'intégrisme qui définit sa forme et non le système de valeurs auquel il se réfère. Le mouvement islamiste en Egypte pratique un intégrisme politique et non religieux. Le mouvement séparatiste basque s'inscrit dans l'intégrisme politique. Le mouvement des étudiants français en mai 1968 relève de l'intégrisme culturel. Il n'était pas accompagné d'une revendication de pouvoir.

    La situation évolutive du FIS mérite une clarification. En revendiquant en 1991 le pouvoir par le dialogue, le FIS accomplissait un acte d'opposition politique légitime. En usant des armes pour reconquérir le pouvoir, il se positionnait dans l'intégrisme politique.

    En s'attaquant aux religieux européens et musulmans, le GIA faisait de l'intégrisme religieux. En choisissant pour cible les universitaires, les journalistes, les industriels, les chanteurs... il déclare un intégrisme total: une guerre.

    L'intégrisme est condamnable quelle qu'en soit la forme. Toutefois, c'est l'intégrisme politique qui constitue le véritable danger, parce que:

    - il a pour finalité l'acquisition du pouvoir (donc la relation avec l'autre) et non uniquement l'affirmation de l'identité;

    - dans sa recherche du pouvoir, il recourt à tous les moyens, discours et thèses (religieuses, culturelles et sociologiques); il devient multiforme et prêche la confusion à tel point qu'il est difficile de la condamner totalement ou de le soutenir sans réserves.

    L'intégrisme naît toujours en réaction à une exclusion. Il se développe et devient actif et hégémoniste. il est rare qu'un intégrisme reste réactif.

    Les séquelles de l'intégrisme ne s'effacent pas facilement. Une tendance vers l'intégrisme marque ses victimes pour en faire des futurs intégristes. L'intégrisme engendre l'intégrisme.

    * Cadre financier

    Comment contrecarrer l'intégrisme?

    Deux mesures suffisent pour contrecarrer l'intégrisme "non politique":

    - La communication: Créer un espace de communication libre autour des systèmes de valeurs des “dominés". Permettre à ces minoritaires de parler eux-mêmes de leurs systèmes de valeurs en dehors de leurs enceintes. Ils se sentiront alors sécurisés de toute déformation ou domination.

    - L'éducation: Revaloriser le changement dans notre système éducatif. Le présenter comme une condition d'épanouissement et non plus comme un facteur d'instabilité. Encourager les voyages, les contacts, l'hospitalité... traits qui ont caractérisé la société arabo-musulmane. Les grandes figures de l'Islam ont toujours appris à voir dans l'existence de l'autre une condition à sa propre existence, à accepter la différence de l'autre parce qu'à travers elle se définit sa propre identité. Quant à l'intégrisme politique, son seul remède réside dans la démocratie. On ne combat pas un intégrisme par un autre intégrisme.

    La démocratie se définit:

    - en tant que mode de gouvernement, c'est une mécanique de décision assise sur le vote, elle garantit le droit de l'autre, opposant soit-il ou partisan;

    - en tant que cadre de référence, les idées et les propositions votées acquièrent une force de loi, il n'y a point de vérité en dehors de la vérité votée.

    C'est en tant que cadre de référence qui rivalise les systèmes de valeurs que la démocratie est remise en cause. Les vérités ne se dégagent pas du scrutin. La vérité n'est pas toujours du côté de la majorité. Louis Pasteur avait contre lui tous les savants de l'époque qui soutenaient la théorie de la génération spontanée. Il avait pourtant raison.

    La démocratie n'a pas à se prononcer sur la véracité des systèmes de valeurs des hommes, mais à garantir le Droit des Hommes à coexister tout en ayant des systèmes de valeurs différents: tout en jouissant de leurs différences. Deux droits fondamentaux: le droit à l'expression sous toutes ses formes et le droit à la constitution d'associations ou de partis politiques.

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