Société

Safi: Le massacre des gazelles

Par L'Economiste | Edition N°:2415 Le 05/12/2006 | Partager

. Les Dorcas, espèces protégées, victimes des braconniers. La réserve de Msabih Talaâ fait l’objet de nombreuses convoitises. Des circuits touristiques et scolaires écologiques en projet Ils n’en dorment plus de la nuit. La dernière réserve des gazelles Dorcas est en danger. Les gardes forestiers de Sidi Chiker, dans la province de Safi, ont beau veiller jour et nuit, qu’il vente ou qu’il pleuve, les braconniers arrivent à leurs fins. D’une superficie de près de 2000 ha, la réserve de Msabih Talaâ relève de la commune rurale de Sidi Chiker. Elle est située à une centaine de km de la capitale des Abda, via une route secondaire qui borde le territoire de Marrakech. La réserve naturelle a été créée en 1952 après l’implantation du périmètre sylvo-pastoral dans la région. L’interdiction au pâturage (ou mise en défens) de ce périmètre a permis l’introduction d’une dizaine de couples de gazelles Dorcas, originaires de la région du Haouz. Aujourd’hui, on enregistre près de 600 têtes. Cette réserve a été classée, en 1996, par le plan directeur des aires protégées Site d’intérêt biologique et écologique (S.I.B.E). C’est l’une des plus anciennes réserves de la faune terrestre mise en place par le département des Eaux et Forêts. Elle est classée dans le bioclimat aride et chaud dont la moyenne des températures maximales du mois le plus chaud est de 42°C. Alors que la moyenne des températures minimales du mois le plus froid est de 5°C. La mise en défens prolongée a entraîné la réinstallation de l’écosystème disparu. Une végétation naturelle s’est reconstituée essentiellement d’eucalyptus, d’acacias, de pinus halepensis, rétama, monosperma, atriplex halimus et diverses graminées. C’est d’un contraste saisissant que de constater des terres désertiques et nues dans le voisinage immédiat de la réserve aux terrains boisés et herbeux. Un exemple édifiant montrant que l’exploitation outrancière et irraisonnée de l’homme contribue largement à l’appauvrissement des sols et à la sécheresse. En matière de faune, la gazelle Dorcas constitue l’espèce noble de la réserve. Elle est caractérisée par sa rusticité et son adaptation aux milieux aride et désertiques. Une quinzaine d’autres espèces de mammifères cohabitent en harmonie avec les gazelles. Et quelque 59 espèces d’oiseaux nichent dans le site. En tout et pour tout, on recense près de 108 espèces, migrateurs et sédentaires. Mais beaucoup sont menacées comme la cigogne blanche, l’élanion blanc, le faucon lanier, le faucon pèlerin, la courvite isabelle ou encore la ganga cata. Pourtant, de nombreux efforts ont été déployés pour préserver cette faune. «Le département des Eaux et Forêts et les autorités locales se sont beaucoup investis pour la reconstitution de la réserve», explique Mohamed Radi, chef provincial des Eaux et Forêts à Safi. Des puits, des abreuvoirs ont été installés pour assurer l’approvisionnement en eau, notamment en période de sécheresse. Malheureusement, les populations rurales et les braconniers continuent de décimer le patrimoine forestier et animalier. Et les gardes forestiers mènent une bataille quotidienne pour protéger le site. . Menaces permanentes Le premier «ennemi» de la réserve est certainement la population rurale riveraine, composée de quelque 1.200 habitants. Elle possède un cheptel de plus de 6.000 têtes ovines et caprines. Ce cheptel constitue un facteur qui affecte l’équilibre écologique de la réserve. Ces habitants pauvres considèrent que ce sont des terrains collectifs qui leur ont été spoliés. Ils convoitent surtout les terres herbeuses qu’ils usent pour le pâturage, et pillent le bois des arbres. Une lutte sans merci est engagée avec les gardes forestiers. Les clôtures en grillage sont constamment sabotées et même les murs en béton sont détériorés. «Nous avons toujours un stock de grillage pour colmater les brèches», souligne un technicien des Eaux et Forêts dépendant du district Chamaîa. De fait, les paysans n’hésitent pas à faire paître leurs troupeaux même la nuit. Certains se rendent même complices des braconniers dans la chasse à la gazelle. Des pièges artisanaux sont constamment déposés sur la route des Dorcas et même sur celle des gardes forestiers. «L’objectif est de nous effrayer et de nous dissuader de faire notre travail», raconte un garde forestier. Aujourd’hui, il devient très dangereux d’accomplir sa mission. Deux mobylettes ont été mises à la disposition des quatre gardes forestiers de la réserve. Mais ces derniers ont peur de les utiliser la nuit. Les braconniers les localisent grâce à la lumière et au bruit de la moto. Les gardes ont surtout peur d’essuyer des tirs ou de se faire prendre dans un piège. C’est pourquoi ils préfèrent se déplacer à pied à l’intérieur de la réserve. «C’est plus sûr», dit-on. Ces derniers jours, plus d’une soixantaine de pièges artisanaux ont été relevés. Des pattes de gazelles sectionnées par les dents en acier étaient encore accrochées aux pièges. Il y a quelques semaines, des braconniers ont été arrêtés en flagrant délit avec des gazelles égorgées. «Ils nous ont aussi menacés avec leurs fusils», racontent des gardes-chasse. Il faut dire que les gazelles sont prisées pour leur viande. Elles sont vendues à 400 DH la carcasse ou 30 à 40 DH le kilo, notamment à Sidi Zouine. Une localité rurale distante d’une vingtaine de kilomètres. Rien ne se perd chez la gazelle. La tête et la peau sont aussi vendues à prix fort, notamment à Marrakech. Ville où les bazaristes proposent, sans être inquiétés, ces macabres ornements. On raconte même que certains restaurateurs proposent à une clientèle privilégiée des mets à base de viande de gazelle. Les braconniers rivalisent d’imagination pour réaliser leurs sinistres forfaits. Et la période des pluies est la saison propice pour commettre leurs méfaits. Le vent et les précipitations masquent le bruit des déflagrations.


Fonctionnement 

LA réserve se compose de deux maisons de gardiens, d’une maison du responsable de la réserve et d’un centre de formation et d’accueil à l’entrée de la porte principale. Le centre à l’architecture engageante n’est cependant pas encore équipé. Pour la première fois cette année, un budget de fonctionnement de 560.000 DH a été alloué. Contre rien en 2005 et 10.000 DH en 2004. L’intervention du wali et la disponibilité du département des Eaux et Forêts ont permis de constituer des fonds pour terminer la clôture et pour se procurer des équipements, du carburant et du fourrage pendant la sécheresse, explique le chef provincial. Les autorités locales ont aussi établi un partenariat avec la région française Nord-Pas-de-Calais pour un futur projet de réhabilitation (cf. www.leconomiste.com). En projet également, la promotion de circuits touristiques et scolaires écologiques.De notre correspondant, Mohamed RAMDANI

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc