Affaires

Safi: La guerre du sable

Par L'Economiste | Edition N°:2065 Le 15/07/2005 | Partager

. Des traques pendant la nuit comme dans les films policiers . Feux éteints, plaques d’immatriculation arrachées… Ceux ou celles qui s’aventurent un peu loin des plages surveillées de Safi ne manqueront pas de voir ces gigantesques cratères creusés à quelques mètres de la mer. L’extraction sauvage de sable a complètement défiguré la côte par endroits. Résultat: des cordons dunaires saccagés et des plages vierges défigurées. Le sable suscite bien des convoitises. La demande est importante en raison des gros chantiers de construction au Maroc. Alors les exploitants des sablières multiplient les artifices pour accroître leurs bénéfices. Et les spéculateurs s’organisent dans le gangstérisme. Les pilleurs de sable agissent surtout pendant la nuit avec la complicité des habitants des douars avoisinants. Plus grave, les camionneurs des fraudeurs n’hésitent pas à attaquer ceux qui les traquent. Il existe quelque 39 carrières de sable autorisées au sud de Safi. Ces carrières sont situées sur le territoire de la commune rurale Lamaachate à une quarantaine de kilomètres de la route d’Essaouira. “Les sablières existent sur des terrains privés et sont autorisées par une commission provinciale ad hoc”, a expliqué un responsable de la province de Safi. Une commission provinciale présidée par le wali est la seule habilitée à délivrer le permis d’exploitation, selon un cahier des charges strict. La commission présidée par l’autorité provinciale est composée des membres de la direction de l’équipement, des Eaux et Forêts, de l’Agriculture, du service régional des mines et de l’environnement. Aucune autorisation par contre n’est délivrée au nord de Safi (vers la route d’Oualidia). Pourtant, le sable de cette région est de bonne qualité. Et il est très convoité par les constructeurs. Dans cette région, il existe encore des plages vierges. Elles contiennent un sable rugueux très sollicité car doté d’une granulométrie élevée, notamment pour la fabrication du béton armé et toutes sortes de revêtements comme la faïence ou la mosaïque. “C’est pourquoi la zone nord est exposée à des actes de vandalisme”, a ajouté ce responsable. Plusieurs réunions présidées par le wali ont été tenues avec les présidents de communes rurales pour mettre fin au phénomène du vol de sable dans les plages de la province de Safi. Ceci a abouti à la création de comités locaux et au renforcement du contrôle. Les exploitants des carrières de sable autorisées, et qui fonctionnent par roulement, sont tenus de délivrer un bon de sortie pour chaque chargement de camion. Ils sont aussi tenus d’inscrire toutes les opérations dans un registre pour les besoins de la vérification. Mais les camionneurs fraudeurs ont trouvé la parade en s’administrant de faux documents. “Les pilleurs de sable trouvent des subterfuges de plus en plus sophistiqués pour déjouer les surveillances”, est-il constaté. Ils rassemblent le sable à marée basse sous forme de dune. Le camion est rapidement chargé. Le chauffeur et son équipe changent la plaque d’immatriculation du véhicule pour fausser le contrôle des gendarmes. A multiples reprises, “la plaque d’identification a été arrachée”, raconte un membre de la commission de contrôle. Le camion chargé de sable volé roule avec les feux éteints. Mais il est équipé d’un phare puissant à l’arrière pour aveugler ceux qui le pourchassent. En cas de poursuite, le chauffeur, qui connaît bien les lieux, s’engage toujours sans phares sur les pistes rurales. Une Land-Rover de la province avait percuté de plein fouet un camion qui s’était brusquement arrêté. Heureusement que la voiture était solide. Des scènes comme on en trouve dans les films policiers! Parfois, quand le chauffeur se trouve coincé, il déverse toute sa cargaison derrière lui. Les opérations musclées avec l’aide de la gendarmerie ont permis d’arrêter 99 camions au cours de cette année. Des amendes sévères ont été infligées (400.000 DH de contraventions). Le département de l’Equipement a déboursé 460.000 DH pour la mise en place de bornes en béton à l’entrée des poches sablières. Considérant que le sable est leur seule ressource, des habitants de douars sont venus détruire les bornes. “Ils aménagent même des passages pour que le camion puisse accéder à la plage”, précise-t-on.Les membres des commissions de contrôle déplorent le manque des équipements. Ils doivent couvrir un large périmètre avec des côtes escarpées et difficiles d’accès. Au nord de la ville, les pillages ont lieu au Cap Baddouza, Jlidat, Bousaksou et Karram Daïf jusqu’à la frontière avec Oualidia et au sud à la plage de Sidi Daniane. “Les pilleurs de sable sont bien organisés et ont des complices bien placés au sein même des administrations”, assure notre source. Des mouchards avec des portables sont aux aguets dans la ville et le long des routes. Ils font le guet pour prévenir leurs complices en cas d’éventuelles descentes des gendarmes. Depuis le renforcement du contrôle, le prix du chargement est passé de 500 DH à 1.500 DH. Certains présidents de communes rurales n’adhèrent pas au programme de lutte contre le vol de sable. Pourtant, les recettes de leurs administrations respectives ont fortement augmenté depuis l’intensification des opérations de contrôle. Car les carrières autorisées sont tenues de payer des taxes d’exploitation à la commune dans les délais. De nouvelles mesures plus restrictives viennent d’être prises. En cas de barrages sur les routes, il est courant que les pilleurs écoulent leurs marchandises dans des dépôts à l’intérieur de la ville de Safi. Huit propriétaires de dépôts ont été arrêtés. Ils n’ont pas pu justifier l’origine de leur marchandise (bon d’entrée ou de sortie). Ils viennent donc d’écoper de 6 mois de prison ferme et de 50.000 DH d’amende chacun. De cette façon, les camionneurs ne trouveront plus un endroit pour écouler le produit de leur larcin. En effet, sans autorisation, les voleurs de sable ne peuvent pas se déplacer à cause des barrages de la gendarmerie.


D’autres carrières

Safi est très riche en sable et aussi en gypse. Elle abrite actuellement 29 carrières de gypse en exploitation, situées dans la zone de Sidi Tiji. Le gisement reconnu de qualité est vendu à 40 DH le m3. Il existe aussi des carrières de pierre sur 15 hectares à Ben Yefou, Moul Al Bergui ou Had Hrara. En plus d’une carrière d’argile utilisée pour la poterie et des briques de construction. De notre correspondant, Mohamed Ramdani

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